LA NUIT SUR LES TOITS

La nuit sur les toits – Chapitre 3

Que le temps passe vite! Une semaine déjà depuis le chapitre 2, voilà donc la suite ❤

NB : Le chapitre 1 et le chapitre 2 sont disponibles sur le Blog en lecture gratuite

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LA NUIT SUR LES TOITS

Chapitre 3

Au petit matin, avant même d’ouvrir les yeux, je sens la présence de Grégoire à côté de moi, magnétique. Je me tourne vers lui, émerveillée de le sentir là, dans mon lit. Je n’ai qu’à étendre la main pour le toucher, caresser sa peau si douce qui m’émeut déjà. Il se rapproche aussi, entrouvre les yeux, me dit bonjour à voix basse, et me recouvre de son corps encore lourd de sommeil. Nous faisons l’amour aussitôt, et je m’envole aussi vite que la veille.

J’ai du mal à croire à ce bonheur plein, presque trop grand pour moi, je n’ai pas l’habitude de me sentir comblée à ce point. Confiante, je regarde amoureusement Grégoire se lever, se diriger vers ma salle de bains, les fesses à l’air, ses cheveux bouclés en désordre. Il est beau. Je le désire tellement.

J’entends l’eau couler, longtemps. Quand Grégoire sort de la douche, son visage est un peu préoccupé, je le sens déjà parti, ailleurs. Il doit sûrement réfléchir à sa journée, son emploi du temps, ses rendez-vous ? Je suis toujours allongée, il se penche vers moi et m’embrasse furtivement.

– Je t’appelle, me dit-il.

Il disparaît. Je reste seule, dans cette chambre encore pleine de sa présence et de nos ébats. Des images me reviennent, fortes, puissantes. Mon désir de lui semble ne jamais vouloir se tarir ! Pendant une heure au moins je me repasse en boucle les heures que nous venons de partager, j’ai l’impression de flotter, légère, si ureuse.

Un rayon de soleil franchit mes rideaux blancs et illumine la pièce, je me sens en phase avec cette humeur joyeuse, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine comme lorsque j’étais petite et qu’une nouvelle journée démarrait, pleine de promesses et d’imprévu. La vie, quoi !

Je finis par me lever, paresseuse, le parquet est doux sous mes pieds nus, et le thé que je bois ensuite absolument délicieux. Mes sens sont en alerte, hyper réceptifs. J’ai envie d’ouvrir ma fenêtre et de crier à tous mes voisins le bonheur que je ressens, la plénitude d’avoir fait l’amour toute la nuit avec l’homme que j’aime. Je ne me pose pas de questions, moi la reine du doute et des incertitudes, celui-là je l’ai dans la peau, et pour longtemps.

S’ouvre alors une période bénie, celle qui va fonder tous mes espoirs et concrétiser mes rêves de jeune femme. Grégoire est présent, attentionné, aimant. Il ne me laisse jamais longtemps sans nouvelles, se montre pressant pour venir passer la nuit chez moi, et même s’il se sauve au petit matin je me contente de ce qu’il m’offre. Je ne veux pas le brusquer ni l’effrayer, alors j’accepte tout. C’est lui qui cadence le rythme de nos soirées partagées, lui qui décide, qui impose, sans en avoir l’air mais quand même, je me rends bien compte que je n’ai pas souvent le dernier mot.

Toujours ce foutu manque de confiance en moi qui m’empêche de m’affirmer ! Et puis j’ai peur, peur que ça s’arrête, peur que les portes du paradis ne se referment juste devant mon nez. Peur d’être abandonnée. Je ne comprends pas encore que ce sentiment d’abandon vient de moi et de moi seule, de la façon dont je me positionne dans la vie. Il me faudra des années pour prendre conscience de cela, et pour le moment j’en suis bien loin !

Grégoire ne veut pas vivre notre histoire au grand jour. Il m’explique avec ses mots qu’il a vécu récemment une histoire compliquée et qu’il ne souhaite pas se réengager pour le moment. Il ne me dit pas cela brutalement, au contraire, j’ai presque envie de le consoler.

J’accepte bien sûr, de toute manière j’accepte tout.

– On a le temps, me dit-il, on a toute la vie pour vivre en couple, non ? Je veux profiter le plus longtemps possible de la magie qu’il y a entre nous. Je me sens si bien avec toi.

Pas d’entraves, pas d’obligations. Le vieux cliché du mâle qui veut rester ouvert à tous les possibles ? Sur le moment je ne le vis pas comme cela, je patiente, je comprends ses doutes, ses questionnements, ses hésitations. Et puis il me dit de si jolies choses, j’ai tellement envie d’y croire, malgré tout. Je me perds dans sa volonté, dans son désir, je m’oublie. C’est tellement tentant aussi de ne plus être tout à fait soi-même, de donner les clés de son âme et de s’abandonner. Vas-y, fais de moi ce que tu veux ! Je suis à toi, et tu le sais. Je suis au bord d’un abîme et je ne m’en rends même pas compte.

Seuls Lucie et Martin sont au courant de notre liaison. C’est déjà trop pour Grégoire, mais j’ai quand même réussi à obtenir cela, car ne rien dire à Lucie aurait condamné à jamais notre amitié ! Elle apprécie Grégoire et comprend que je sois amoureuse de lui, mais elle cache à peine une méfiance qui me blesse.

– C’est quand même étrange de ne se voir qu’en cachette, de passer des nuits ensemble et de ne rien partager la journée, non ? Enfin, je veux dire, au début c’est romantique et tout, d’accord, mais maintenant vous pourriez officialiser, ça fait deux mois Elisa ! Ou alors il y a autre chose, il ne te dit pas tout ?

Ses questionnements finissent par s’insinuer en moi et me perturbent au point que je m’en ouvre à Grégoire. Qui le prend très mal. C’est notre premier conflit, et je crois n’avoir jamais autant pleuré de ma vie.

J’aborde à peine le sujet qu’il se ferme, devient dur, cassant. Il n’a encore jamais été comme cela avec moi, et je sens une onde de panique et d’angoisse monter comme une eau trouble dans ma poitrine. Qu’est-ce qu’il se passe ? Où est l’homme tendre et chaleureux qui me fait grimper aux rideaux depuis deux mois ? Que j’attends avec fièvre, qui occupe absolument toutes mes pensées, le jour, la nuit ? Pour qui je vis et respire ?

– J’ai été clair dès le début Elisa, tu ne peux pas me reprocher ça ! Il crie. Je ne sais pas ce que tu attends de moi, mais visiblement je ne peux pas te le donner ! Ça ne te suffit pas ? Je ne te suffis pas ? Je veux qu’on me foute la paix, putain, tu comprends ??

Il s’emporte, ne me regarde plus, dit qu’il en a marre, que personne ne veut son bien-être à lui, qu’on est tous des égoïstes, et puisque c’est comme ça il se tire. Salut. Il claque la porte, j’ai envie de courir derrière lui mais je suis figée, tétanisée. La violence me fait peur, même verbale.

Ça n’a pourtant pas duré longtemps, mais cette dispute soudaine, ou plutôt son monologue vindicatif, m’a fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Souffle coupé, jambes qui se dérobent, tremblements. Et puis les larmes, rapidement, en flot continu, désespéré. Je me laisse glisser par terre, contre le mur près de la porte par laquelle il est parti, et je pleure mon amour que je pense perdu, je pleure ma déception de le savoir si dur, définitif, moi qui pensais être l’élue, celle qu’il voulait préserver, aimer, chérir, protéger. Non, il m’a traitée comme si je ne comptais pas, comme si ce n’était pas grave de me blesser, de m’insulter. Vision binaire d’une hypersensible, mais c’est la mienne à ce moment-là et je souffre, je souffre tellement !

Est-ce qu’il a raison ? Est-ce que dans ma rage de ce bonheur avec lui j’en oublie ses désirs et son bien-être pour ne voir que les miens ? Il y a tout un pan de sa vie, de sa personnalité, qui m’échappe complètement. Et je sens intuitivement qu’il s’est senti menacé ce soir, traqué, il a réagi comme une bête prise au piège. Alors que je lui demandais simplement de partager un peu plus son quotidien, et surtout de venir enfin dormir chez lui. Je ne connais même pas son appartement. C’est cette demande-là qui a cristallisé sa colère. Comme si vouloir venir chez lui le menaçait, mais de quoi ?

Après avoir épuisé mes réserves de larmes, je me traîne jusqu’à mon lit, triste à mourir. Je m’endors rapidement, en cherchant son odeur dans mes draps.

Le lendemain matin le miroir me renvoie une image catastrophique. J’ai les yeux rouges et gonflés, les paupières luisantes, je me trouve horrible. Heureusement que je ne travaille pas. Je m’asperge le visage d’eau fraîche mais ça ne me fait aucun effet. Je n’ai plus envie de pleurer, je me sens vide à l’intérieur, sèche.

Et maintenant ? Je fais quoi ? Je pourrais l’appeler, mais à la seule idée qu’il ignore mon appel j’ai le ventre qui se contracte douloureusement. Attendre, c’est tout ce que je peux faire. C’est angoissant et terriblement inutile, car je sais qu’on ne devait pas se voir ce soir. Au mieux puis-je espérer un signe de sa part demain, mais il était tellement en colère !

Je soupire, un fond d’angoisse au creux de moi ne me quitte plus depuis hier soir.

Il pleut, une petite bruine qui correspond parfaitement à mon humeur du jour. Je ne m’habille pas, je ne déjeune pas, je reste inerte, prostrée dans mon lit. J’attends. Je bondis quand la sonnette retentit, portée par un espoir fou. Bonjour Madame, vous avez un colis. J’ai envie de lui retourner le paquet dans la figure à ce pauvre facteur. Les malheureux qui essaient d’entrer en contact avec moi aujourd’hui reçoivent le même accueil, froid et désagréable.

Pauvre fille frustrée. Tu t’attendais à quoi de toute manière ? Un homme comme lui, brillant, séduisant, il est déjà peut-être dans les bras d’une autre, il n’a qu’à se pencher pour les ramasser toutes ces filles qui lui tournent autour. Insupportable vision, les larmes remontent.

Ça suffit bon sang ! Allez, je me secoue, la douche tiède me fait un bien fou finalement. Il est 18h, il serait temps. Je n’ai toujours pas mangé ni bu. Déjà que je ne suis pas épaisse, mon ventre est si creux qu’il rentre à l’intérieur. Mes seins aussi semblent tristes, on dirait qu’ils savent que personne ne viendra les aimer. Deux petites poches rondes qui ne servent à rien. J’enfile le tee-shirt que Grégoire laisse ici pour dormir, je ne peux pas m’en empêcher. Sentir son odeur me fait à nouveau monter les larmes aux yeux, mais ça y est, elles ne coulent plus. Je me rends dans ma petite cuisine, j’ouvre le frigo et me coupe une tomate et un morceau de fromage. Rien ne me fait envie, je mange comme une automate, presque avec dégoût.

Demain je reprends le boulot, aussi j’essaie de programmer dans mon cerveau tout ce que je vais devoir jouer, surjouer, sourire de façade et mensonges civilisés. Tu as une petite mine dis-donc ! Celle-là je l’attends, je sais déjà que Fanny la secrétaire va me l’envoyer. Elle me gonfle prodigieusement, toujours à guetter sur le visage des autres une misère qui pourrait la distraire de la sienne. Et ça ne loupe pas, évidemment. Le lendemain matin, dès que je pousse la porte, elle se tourne vers moi et me scrute.

– Bonjour Elisa ! Tu as passé un bon week-end ? Ma pauvre chérie, tu as vu tes cernes ?

Elle pouffe, limitée par sa bêtise. Je l’ignore totalement et elle me regarde passer avec des yeux ronds, elle n’a pas l’habitude. Pourtant je m’étais préparée mais je suis vraiment à marée basse, rien à faire. Je n’ai pas envie de parler, de faire semblant, foutez-moi la paix. Heureusement aujourd’hui peu de clients me dérangent. Je travaille sur des dossiers en cours, fais quelques recherches, et ce temps me semble un peu moins lourd, moins plombé, puisqu’il me permet de m’extraire de Grégoire, de ma souffrance indicible, du manque cruel que je ressens déjà de lui, dans ma chair, dans mon âme, je crie en silence et il ne m’entend pas, bien sûr.

La journée finit par s’étirer mollement, et j’en viens à regarder ma montre toutes les dix minutes. La dernière heure me paraît interminable, je n’ai plus d’énergie ni de motivation. Et puis je n’ai pas encore de copines ici, je me sens seule, les commerciaux ne font que passer devant mon bureau, l’œil indifférent ou dragueur, selon leur tempérament, la secrétaire est aussi creuse que son pot à crayons, le directeur est invisible. J’ai bien repéré l’équipe des comptables, des filles assez jeunes, qui ont l’air sympa, dynamiques, mais elles sont à l’autre bout de l’étage et on se croise peu.

La perspective de retrouver mon appartement vide et sombre achève de me ruiner le moral.

Je ne vais quand même pas finir seule dans un bar ! Et pourtant si, pour la première fois de ma vie, entre mon travail et chez moi, je pousse la porte d’un café que je ne connais pas et m’installe, seule à une petite table ronde.

Il est 19h, et je me dis que regarder la vie des autres me distraira un peu de la mienne. C’est pathétique, je ris presque intérieurement de me savoir si bas. J’observe surtout la ronde des couples, des hommes et des femmes qui s’observent, se cherchent, se parlent, se quittent.

A ce moment-là le serveur pose une coupe de champagne devant moi. Je lève la tête, les yeux interrogateurs. De la part du jeune homme, là-bas, me dit-il d’un air blasé, sans même me regarder. Je découvre une silhouette inconnue, un visage que je ne reconnais pas. La petite trentaine, bien habillé, sûr de lui, il me fait un signe de la main et me sourit. Reprenez-le, je n’en veux pas. Mais le serveur a déjà tourné les talons, pas son problème. Je décide d’ignorer à la fois la coupe et l’homme à l’origine de ce geste, voilà pourquoi il ne faut pas venir seule dans un bar quand on veut être tranquille. Il s’imagine quoi ?

– Elisa ?

Cette voix par contre, je la reconnais. Pitié, non.

Je lève la tête, c’est David, mon ex petit ami, que j’ai enfin réussi à quitter définitivement. J’espérais en tous cas qu’il avait compris, mais son air abattu m’indique qu’il attend encore, même des miettes, un rien lui suffirait… Je le plains mais il me fatigue déjà, et mon propre chagrin me rend méchante.

– Tu es seule ? Je peux m’assoir ? J’aimerais te parler Elisa, j’ai des choses à te dire, j’ai changé tu sais.

J’ai l’impression d’être le maître qui refuse à son chien une caresse malgré son regard implorant. La comparaison est de mauvais goût mais c’est réellement ce à quoi je pense. Je préfère mettre fin à tout ça rapidement, une fois de plus.

– Non, je suis désolée mais je ne suis plus libre, David.

Je me lève et rejoins le jeune inconnu qui m’a offert cette coupe de champagne. Je ne sais pas ce qu’il me prend, je suis un peu étourdie par la situation, et mon désarroi me fait oser des comportements que je ne n’ai pas habituellement.

Quand j’arrive à sa hauteur, l’homme me sourit, visiblement très content. Calme-toi, je ne vais pas non plus me jeter dans tes bras…

– Bonsoir, je m’appelle Laurent, et toi ?

– Elisa, merci pour la coupe mais je ne bois pas, en tout cas pas maintenant. Vous pouvez me rendre un petit service ?

– Tout ce que tu veux.

  Il sourit toujours largement.

– Voilà, mon ex petit ami est là et…

– Et tu veux le rendre jaloux ? Pas de problème, c’est comme si c’était fait.

Il se penche vers moi et m’enlace en m’embrassant dans le cou. J’ai un mouvement de dégoût à son contact, je recule instinctivement, mais au moins je pense que David a compris. Il me regarde encore, de loin, attristé. Mais il devrait me détester, me fuir ! Qu’est-ce qu’il fait encore là ?

L’homme sourit, toujours plus sûr de lui, insupportable.

– On n’a peut-être pas été assez crédibles ? Je peux t’embrasser si tu veux…

– Non, ça suffit.

Le ton de ma voix est suffisamment incisif pour qu’il efface enfin ce sourire arrogant. Je lui lance un regard noir, en coin.

– Tu sais pas ce que tu veux, toi…

Il me tourne légèrement le dos, boit une gorgée de bière, vexé dans son orgueil de petit mec minable. Tout d’un coup j’ai pitié de David, je suis vraiment une garce ! Lui ne m’a jamais fait de mal, je lui reproche juste son inconsistance, son côté petit garçon qui m’insupporte, je lui reproche le fait de ne pas m’avoir permis de tomber plus fort amoureuse de lui.

J’aimerais le rattraper, m’excuser, mais je reste là, comme une potiche, à le regarder s’éloigner, pour de bon sûrement cette fois-ci. Pas une seule de mes cellules ne s’en émeut cependant, alors qu’il y a deux mois à peine je n’arrivais pas à le quitter.

Laurent me regarde à nouveau, il ne sourit pas mais semble s’être radouci.

– Bon alors, tu me racontes ? Entre nous tu mérites mieux que ce type …

– Je n’ai pas du tout envie de parler de ça. Je dois rentrer, je suis désolée.

– Attends, viens on s’assoit deux minutes, j’y suis allé un peu fort, mais bon, regarde-toi aussi.

Il me dévisage des pieds à la tête, l’air sérieux.

– Tu es vraiment très jolie. Mince, blonde, un visage de poupée, tout à fait mon genre.

Il fait une petite moue ridicule avec sa bouche, comme pour s’excuser. Quel naze.

– Non, vraiment je suis désolée mais non. Je rentre chez moi.

– Attends, je te raccompagne un bout de chemin, ne t’inquiète pas je veux juste faire un peu connaissance ! Tu fais quoi dans la vie Elisa ?

Je soupire, il ne m’inspire vraiment rien, à part une sensation de vide sidéral. Il incarne en creux tout ce qu’il me manque de Grégoire. Si j’avais su, finalement je serais rentrée directement. Mon instinct me dit de ne pas l’emmener jusque dans ma rue, ce type me plaît de moins en moins, je ne sais plus comment m’en débarrasser.

Je bifurque vers chez Lucie, c’est un peu loin mais peut-être que ça le découragera ? Je me sens si faible, si triste, je n’arrive pas à trouver l’énergie de lui dire stop, dégage !

Arrivés en bas de chez mon amie, je mens et lui dis que je suis en colocation, qu’il faut vraiment qu’il parte.

– Donne-moi au moins ton téléphone Elisa !

Il insiste, lourdement. J’inverse les chiffres pour ne pas avoir à me justifier de refuser, et lui dit au revoir avec un signe de la main.

Mais il se rapproche, l’œil prédateur, attrape rapidement mon cou et m’embrasse sur le coin des lèvres avant que j’aie pu reculer. Il essaie de me plaquer contre le mur. J’aimerais le gifler mais il me tient les mains, je ne sais plus quoi faire, il me dégoûte ce type !

– Laisse-moi, je n’ai pas envie de te revoir !

– Mais si, tu as envie…

Il se colle un peu plus à moi, une main sur le bas de ma cuisse, comme s’il allait soulever ma jupe. Mais je rêve ou quoi, il est malade ! J’essaie de le repousser mais je n’y arrive pas, il s’accroche cet enfoiré, et il tente à nouveau de m’embrasser. Je vais hurler.

La porte s’ouvre, enfin. Et je sens mon agresseur soulevé du sol, comme dans les films.

La pression intolérable qu’il faisait peser sur moi cesse, je respire, et dans un voile de larmes je vois la silhouette de Grégoire se ruer sur le type, je crois qu’il lui met un coup de poing dans le nez, l’autre part en se tenant le visage, courbé sur sa peur et sa douleur.

Les sentiments qui me traversent à ce moment-là sont tellement divers et intenses que je reste statufiée contre le mur, à part mes larmes qui coulent je ne bouge pas d’un millimètre.

Grégoire se rapproche de moi, prend mon visage entre ses mains.

– Ça va ? Elisa parle-moi, qu’est-ce qu’il t’a fait ce connard ? C’est qui ?

J’arrive à hoqueter une réponse, réchauffée de l’intérieur par ses mains sur moi, sa présence, son regard si intense.

– Un type qui m’a suivie en rentrant du boulot, il a voulu faire connaissance avec moi, et ça a dégénéré…

Je le regarde aussi, et je veux qu’il m’embrasse, maintenant, malgré mon nez qui coule et mes mains qui tremblent. Grégoire semble lire ma supplique silencieuse, ses traits se relâchent très légèrement, il s’adoucit en une fraction de seconde. Il tient toujours mon visage entre ses mains, et se rapproche encore de moi pour poser ses lèvres sur les miennes. La cage qui me serrait la poitrine depuis deux jours s’ouvre d’un seul coup, et même si je me sens encore un peu blessée, convalescente, je me dis à cet instant que je l’aime à en mourir.

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