Et entendre ton rire

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Résumé

Les attentats terroristes se multiplient au Burkina Faso. Mathieu voudrait rentrer en France, mais Clémence fait tout pour rester au milieu de ces terres hostiles sur lesquelles elle se sent enfin en paix avec elle-même, d’autant plus lorsqu’elle s’attache à un nouveau-né orphelin dans le cadre de leur mission.

En parallèle, dans le Sud de la France, Paul et Julia accueillent Alice, une petite fille de sept ans qui ne parle plus.

Rien à priori ne semble réunir ces deux petites filles blessées, chacune sur un continent, qui croisent sur leur chemin de belles âmes. Et pourtant… leurs destins vont s’emmêler de manière inattendue.

Comment l’amour se mesure-t-il face à la violence et aux risques du monde ? Les couples y survivront-ils ? Les enfants pourront-ils rire à nouveau ?

NB : Il s’agit de la suite de mon précédent roman À faire voler nos âmes, mais il peut aussi se lire indépendamment.

Ce roman puissant rend hommage à tous ceux, hommes ou femmes, qui croient encore aux valeurs de l’amour et du partage, sans omettre toute la complexité de l’âme humaine et ses versants les plus tourmentés.

Nous suivons donc le destin de deux couples que l’on connaît déjà, pour les avoir accompagnés dans le premier opus « A faire voler nos âmes », mais aussi de deux enfants, deux petites filles, chacune sur un continent différent, qu’en théorie tout sépare …

Petites fleurs d’humanité menacées par la brutalité du monde, elles rencontrent sur leur chemin de belles âmes. Cela suffira-t-il à les ramener vers la lumière ?

Nous sommes à la croisée des chemins entre des destinées fracassées par la violence et l’absurdité du monde, et l’espoir, ténu, d’un monde meilleur.

Une ode à la tolérance, et à l’humanité tout entière.

 

 Extrait :

La musique enfle autour d’elles, les danseuses ondulent, le buffet se dévoile. La magie burkinabé est en route, et monte vers le ciel étoilé comme une fumée nourrie de toutes leurs espérances.

 

Chapitre 1

Ouagadougou – Burkina Faso, dimanche 13 août 2017 à 21h (heure locale)

Une chaleur moite enveloppe la ville. Clémence se surprend à rêver d’une bonne pluie fraîche, d’un vent léger. Elle aimerait avoir froid de temps en temps, retrouver l’alternance des saisons. Depuis huit mois qu’ils sont arrivés dans ce pays enclavé de l’Afrique de l’Ouest, pas un seul jour elle n’a eu besoin de se couvrir.

Elle se rapproche néanmoins de Mathieu, qui lui serre instinctivement les épaules lorsqu’ils passent devant un groupe d’hommes noirs appuyés contre un mur. Elle n’a plus peur maintenant, elle a appris à connaître les Burkinabés, et même s’ils la dévisagent avec insistance pour percevoir l’extraordinaire éclat de ses yeux bleus, elle sait que la plupart du temps, une grande bienveillance accompagne leurs paroles et leurs gestes envers elle et les autres occidentaux installés dans le coin. Les femmes et les enfants, surtout, lui témoignent une gentillesse hors du commun, ancestrale, profondément humaine.

Dès le début, Clémence a senti qu’elle était à sa place ici, au milieu de ces terres arides. Cette quête éperdue d’elle-même, cette soif jamais étanchée de perfection, d’absolu, ici elles ne la tourmentent plus. Ses angoisses existentielles ont disparu, et la question de son amour pour Mathieu est devenue aussi évidente que l’apaisement de sa soif par une eau claire. Seuls comptent les autres, ceux qui ont besoin d’eux, ceux qui vivent dans le dénuement et la misère, ou simplement qui n’ont pas accès aux soins les plus élémentaires.

Au départ, l’objectif de leur mission était surtout de participer à une grande campagne locale de vaccination dans la province de Kadiogo, au centre du Burkina Faso. Compte tenu des qualifications professionnelles de Mathieu, il lui a été demandé de repérer les enfants atteints de graves pathologies cardiaques et d’organiser leur rapatriement sanitaire en France pour les faire opérer.

Sur place, ils se sont vite rendu compte que les besoins locaux dépassaient largement les soins prévus. Et que leurs moyens étaient dérisoires. Mais peu importe, ils s’adaptent, chaque jour, chaque nuit, et se sentent quoi qu’il arrive récompensés au centuple.

Mathieu se félicite d’avoir eu ce courage de partir, de quitter son petit confort, sa belle maison, ses chères collines, sa femme, ses enfants. Son année 2016, l’année maudite entre toutes, lui aura permis de prendre peut-être la meilleure décision de sa vie. Il regarde amoureusement Clémence serrée tout contre lui. Quelle jeune femme étonnante, courageuse, entière ! Il se sent tellement heureux de l’avoir récupérée, malgré toutes les épreuves qu’ils ont dû traverser. Il lui embrasse doucement la tempe, quand tous deux tressaillent.

L’Avenue Kwame-Nkrumah, bien éclairée par ses lampadaires orange et ses enseignes lumineuses, résonne de bruits inquiétants. Course de motos, coups de fusils… Mathieu et Clémence s’immobilisent non loin de la devanture du Café Capuccino, où ils envisageaient d’aller boire un dernier verre avant de rentrer sur leur base de Boassa.

Des éclairs zèbrent la nuit en même temps que des coups de feu assourdissants se répercutent dans l’artère principale de la ville. De là où ils sont, impossible de comprendre ce qu’il se passe, mais les hurlements qui accompagnent le bruit des tirs glacent les âmes des passants. Le petit groupe d’hommes qui avait regardé passer Clémence et Mathieu deux minutes plus tôt se disperse comme une volée d’oiseaux, des femmes courent en sens inverse du tapage, une expression d’épouvante figeant leurs traits, agrandissant leurs yeux.

Le café Capuccino vient tout juste de rouvrir ses portes après un terrible attentat survenu l’année précédente. La guerre du Sahel, qui oppose les Etats limitrophes du Burkina à des groupes salafistes djihadistes liés à al-Qaïda, est dans tous les esprits. Encore une attaque ?

Mathieu n’a pas le temps de se poser de questions, un instinct primaire lui dit de fuir, vite, loin, de mettre à l’abri la femme qu’il aime, de sauver sa peau. Mais il y a aussi des vies à sauver, là, juste devant ses yeux, à portée de main. Les feux nourris ne cessent pas, il semblerait que la cible des assaillants soit la terrasse du café-restaurant Aziz-Istanbul.

De loin, Mathieu peut apercevoir la silhouette d’un homme armé d’une kalachnikov, puis un deuxième. Après avoir semé la panique parmi les badauds et les clients d’un soir, malheureuses victimes de l’absurdité du monde, les assaillants s’engouffrent dans le restaurant en courant, l’arme au poing.

Clémence est tétanisée. Elle ne pensait pas devoir faire face à cette horreur de si près, ce n’est pas pour ça qu’elle a suivi Mathieu dans cette mission. Elle ne se sent pas l’âme d’une infirmière militaire. Les blessures de guerre, les armes à feu, la violence extrême, ce n’est pas pour elle. Une aide sanitaire, un soutien humain, une aventure extraordinaire, voilà ce qu’elle est venue chercher en Afrique. Et, bien sûr, l’amour de sa vie. Est-ce que tout va s’arrêter ce soir, sous les tirs des kalachnikovs ? Est-ce que son bonheur actuel ne tient qu’à la folie meurtrière et au destin aveugle qui se joue, là, devant ses yeux ? Les siens se remplissent de larmes, des larmes d’effroi, de peur extrême, pour sa vie et celle de Mathieu. Des larmes de colère, aussi, quand elle commence à compter les corps allongés sous les tables.

Mathieu et elle se sont rapprochés, insidieusement, de la scène épouvantable. Ils n’arrivent pas à fuir. C’est leur rôle de soignants d’être là parmi les victimes, en première ligne. Dans un ultime réflexe protecteur, Mathieu tente de convaincre Clémence de l’attendre derrière un camion garé non loin, elle refuse catégoriquement. Hors de question qu’il prenne tous les risques, et qu’elle reste là, dehors, à le regarder se faire tuer ! C’est leur destinée, s’ils doivent en finir cette nuit, ce sera ensemble.

Il n’insiste pas, il connaît maintenant le caractère de Clémence, depuis tous ces mois à vivre côte à côte dans des conditions pour le moins précaires et inconfortables. Au début, c’est surtout le manque d’hygiène qui les a déroutés. L’habitude de prendre une douche tous les jours, de changer de vêtements, de sentir bon… Ils ont dû revoir leurs exigences, s’acclimater, s’adapter le plus rapidement possible à cette nouvelle vie tellement insolite et différente de tout ce qu’ils avaient connu jusqu’alors ! Sans compter leur relation, toute neuve elle aussi, qui prend ses racines dans un environnement si particulier. Elle serait sûrement différente s’ils étaient restés en France, elle n’aurait peut-être même jamais commencé.

Lorsque Mathieu a annoncé à Clémence son départ en mission humanitaire, il a d’abord craint qu’elle ne le rejette. Sa décision immédiate de le suivre l’a rempli de joie, mais il ne pensait pas qu’elle donnerait réellement suite, qu’elle quitterait tout pour lui, presque sur un coup de tête. Il sait aussi que son soutien lors du dérapage extrême de Julia a été déterminant dans la genèse de leur relation. Elle a alors compris qu’il n’était pas seulement ce médecin brillant mis en examen pour harcèlement sexuel… et que derrière tous ces errements se cachait un autre homme. Si seulement elle savait à quel point son rôle a été capital dans l’émergence de ce nouveau Mathieu ! Il ne sait pas trop s’il est complètement guéri de l’ancien, si ses ambitions ne vont pas ressurgir un jour, et avec elles ses vieux démons… Pour le moment, leur histoire est suffisamment belle, riche, exceptionnelle pour le nourrir et soigner ses déceptions passées. Il s’en tient à cela.

L’odeur du fer et du sang les prend à la gorge quand ils s’approchent des corps étendus à terre. Ça sent la mort, l’enfer n’est pas loin. Pour la première fois de leur vie, le médecin et l’infirmière sont confrontés à un carnage, une scène d’horreur. Clémence se concentre sur les yeux des victimes quand elle leur parle, pour ceux qui sont encore en vie. Ne pas regarder ces blessures terribles, contre lesquelles elle ne peut rien, ou presque, sans matériel. Ils fabriquent des garrots de fortune, éloignent les morts des vivants, courbés en avant, presque à genoux, dans l’espoir d’éviter les balles qui risquent à tout moment de les atteindre. Une peur animale étreint la gorge de Clémence, elle se rend compte qu’elle craint autant pour sa vie que pour celle de Mathieu.

Elle lève les yeux vers lui, son repère, son amour. Elle l’a choisi, et elle accepte tous les recoins de son âme complexe. Elle sait de quoi il est capable, dans tous les sens du terme, et elle prend le risque. D’aimer, fort, et de s’y perdre aussi. Pour la première fois de sa vie, elle accepte de se jeter à corps perdu dans une histoire d’amour, elle remet une partie de son destin entre ses mains, elle se sent enfin un peu vulnérable. Son cœur n’est plus cette forteresse imprenable, Mathieu y est entré et a tout bouleversé.