Blog

Journal de bord 2020

Billet d’humeur

L’humain s’habitue à tout, parait-il. Nos capacités d’adaptation sont phénoménales et nous permettent d’habiter cette planète depuis la nuit des temps. Certes. Je pense au contraire que, cette fois-ci, il faudrait prendre garde à ne pas trop s’habituer.

On ne doit pas s’habituer à respirer dans la peur, à fuir le contact humain, à redouter de croiser nos parents de trop près, Lire la suite « Billet d’humeur »

Journal de bord 2020

Espérance

Sidérée j’ai été par cette étrangeté,

Annihilés mes sens, ma créativité,

Torpillés par un cri, une nécessité,

Soigner.

Je ne suis pas formée pour affronter ce mal,

Cette peur insidieuse, viscérale,

Contaminer les miens, ceux pour qui au contraire

Je donnerais ma vie, s’il le fallait.

Je ne suis pas un héros, encore moins un soldat.

Je suis mobilisée dans ce combat mené

Contre un hôte discret, invisible et fuyant

Qui nous rappelle aussi à quel point nous avons

Malmené le vivant.

Liberté de sortir et d’aller et venir,

Humer le nez au vent un air frais de printemps,

Sentir le sable sous ses pieds,

Et retrouver les êtres aimés,

Ne pas désespérer.

Tout reviendra.

Un jour probablement,

Nous dirons en souriant à nos petits-enfants

« Toi, tu n’as pas connu le corona… »

Et ils ignoreront avec légèreté

Ce qui j’espère aura fondé

Un monde digne et respecté.

Il n’est jamais trop tard

Pour changer.

Blog littéraire

Le consentement de Vanessa Springora, Grasset

Le consentementJ’ai lu ce livre pour trois raisons.

La première, parce que j’ai été une jeune fille de 14 ans mal dans sa peau vulnérable et influençable qui a eu la chance – elle – de ne pas croiser de prédateur sur sa route, objectivement je crois que j’aurais pu dériver aussi et je voulais comprendre de l’intérieur les mécanismes de cette emprise morale et physique totale. Lire la suite « Le consentement de Vanessa Springora, Grasset »

Blog littéraire

L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017

L'art de perdre

Quel livre puissant ! 600 pages que l’on dévore tant il apporte de réponses à des questions en suspens, ni franchement posées ni complètement éludées, tout comme le destin des Algériens qu’il explore et que pour ma part je n’imaginais pas autant lié à celui des français « de souche ».

Il s’agit d’une longue quête identitaire à travers trois générations de Kabyles, dont le grand-père Ali forme le premier maillon et qui sans en avoir conscience au moment des faits a tracé le chemin de sa descendance. Un chemin particulier, tortueux, sur lequel avancent à tâtons Hamid son fils et Naïma sa petite-fille, dont nous suivons les errances et l’espoir d’un enracinement. Lire la suite « L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017 »

Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°14

SUR LA PHOTO

Ma fille sautille gaiement autour de moi. J’ignore si elle a réellement saisi les enjeux de cette journée, l’émotion suscitée par le grand déplacement que nous venons d’accomplir, ses grands-parents et moi. Depuis le temps que je les sollicite, ils ont enfin accepté.

Il fait si chaud aujourd’hui ! Cette robe légère qui caresse mes jambes, ce doux pétillement de limonade que je sirote doucement en faisant tinter les glaçons…

Je savoure pleinement mon retour à la vie, dans tous les sens du terme. Je me remets à peine d’un grave accident de voiture, survenu l’hiver dernier, et depuis ma vie se colore sans cesse de nouveaux arcs-en-ciel. Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°14 »

Blog littéraire

L’âge de discrétion de Simone de Beauvoir, Folio

Quelle écrivaine, décidément. Je n’ai pas lu tous ses ouvrages, mais je trouve qu’elle a une modernité et une sincérité d’écriture qui permettent de la lire sans aucune lassitude à n’importe quelle époque, peu importe l’âge que l’on ait.

Il s’agit ici d’un récit très court. L’âge de discrétion explore le passage des années lorsqu’on atteint la soixantaine, un âge délicat où l’on peut vite glisser du côté de ceux qui ne créent plus, qui n’ont symboliquement plus d’avenir, comme le laisse entendre André, son mari chercheur désabusé. Ou bien on peut aussi continuer d’y croire et se servir de son vécu pour transmettre encore et encore. Cette posture optimiste, celle de l’auteure au début de son livre, n’empêchera pas les écueils de la vie et sera mise à mal par celui en qui elle croyait le plus : son fils, qui désavoue littéralement ses valeurs.

Elle sombre alors, se bat, relève la tête et nous la suivons au gré de ses réflexions profondes et toujours d’actualité. Non, la vie n’est pas finie quand on a 60 ans 😉

« Autrefois je me berçais de projets, de promesses ; maintenant, l’ombre des jours défunts veloute mes émotions, mes plaisirs. »

« Mon passé donne de l’épaisseur au présent. Intellectuellement on domine mieux les questions ; on oublie beaucoup, d’accord, mais même ce qui est oublié reste à notre disposition, d’une certaine façon. »

« Au galop mes jours s’échappent et en chacun d’eux je languis. »

Blog littéraire

En l’absence des hommes de Philippe Besson, 10/18

J’ai découvert Philippe Besson par Arrête avec tes mensonges, que j’avais lu en une soirée, happée par son écriture à la fois dense et urgente. En l’absence des hommes est son premier livre, mais déjà tout son univers et sa patte d’écrivain sont là.

Il s’agit d’une histoire d’amour particulière en été 1916, une passion entre Vincent de l’Étoile, jeune aristocrate de 16 ans qui tente d’échapper à la morosité de ses journées en ébauchant une relation affectueuse avec un grand écrivain mondain, et Arthur, jeune soldat en permission qui subit l’horreur des tranchées et la violence des armes au quotidien.

Le grand écrivain n’est autre que Marcel Proust, et les liens platoniques qui se nouent entre Vincent et lui relèvent à la fois d’un attachement authentique et d’une sorte de fascination réciproque, en contrepoint de la passion physique reliant Arthur et Vincent.

C’est un texte fort, travaillé, mêlant récit et échange épistolaire, qui retranscrit parfaitement l’état de tension alors inhérent à la Grande Guerre.

J’ai tout de même préféré Arrête avec tes mensonges, plus actuel et moins mélancolique à mon sens…

« J’aime ce siècle qui commence, qui porte mes espérances, qui sera le mien. »

Blog littéraire

L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine

L'attrape-souciLes premières pages de ce livre m’ont stressée ! Un jeune français de 11 ans dont la mère se volatilise en plein Buenos Aires et qui erre en s’accrochant aux laissés-pour-compte qu’il rencontre sur son périple… j’avoue avoir continué ma lecture avant tout pour savoir ce qu’il adviendrait de lui ! Lire la suite « L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine »

Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°13

AU BOUT DE NOS RÊVES

« Et elle court toute la journée 
Elle court de décembre en été
De la nourrice à la baby-sitter
Des paquets de couches au biberon de quatre heures
Et elle fume, fume, fume même au petit déjeuner…
 »

(Jean-Jacques Goldman)

J’écoute d’une oreille distraite cette rengaine de mes treize ans, apprise alors par cœur tant j’aimais son auteur. Je fredonne encore la mélodie de ma jeunesse.

– On peut changer ? C’est nul les vieilles chansons.

Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°13 »

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La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès

La femme qui ne vieillissait pas« La vieillesse est une victoire ». Et ce livre aussi, à coup sûr. J’ai été saisie par les mots de Grégoire Delacourt, et plus encore peut-être par la postface si touchante de son livre, car il semble alors répondre en temps réel aux interrogations qui jaillissent à peine la dernière phrase lue. Effectivement, comment fait-il pour « se mettre à ce point dans la peau d’une femme » ? La finesse des ressentis, des émotions qui traversent la jeune fille, la mère, l’épouse, le féminin à tous les âges de la vie est troublante, percutante de vérité.

Il répond alors par une phrase de Sagan (ma dernière chronique d’ailleurs, la boucle est bouclée) « aimer c’est comprendre ». Monsieur Delacourt, laissez-moi vous dire que vous nous comprenez bien… 😉 Lire la suite « La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès »