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L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017

L'art de perdre

Quel livre puissant ! 600 pages que l’on dévore tant il apporte de réponses à des questions en suspens, ni franchement posées ni complètement éludées, tout comme le destin des Algériens qu’il explore et que pour ma part je n’imaginais pas autant lié à celui des français « de souche ».

Il s’agit d’une longue quête identitaire à travers trois générations de Kabyles, dont le grand-père Ali forme le premier maillon et qui sans en avoir conscience au moment des faits a tracé le chemin de sa descendance. Un chemin particulier, tortueux, sur lequel avancent à tâtons Hamid son fils et Naïma sa petite-fille, dont nous suivons les errances et l’espoir d’un enracinement. Lire la suite « L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017 »

Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°14

SUR LA PHOTO

Ma fille sautille gaiement autour de moi. J’ignore si elle a réellement saisi les enjeux de cette journée, l’émotion suscitée par le grand déplacement que nous venons d’accomplir, ses grands-parents et moi. Depuis le temps que je les sollicite, ils ont enfin accepté.

Il fait si chaud aujourd’hui ! Cette robe légère qui caresse mes jambes, ce doux pétillement de limonade que je sirote doucement en faisant tinter les glaçons…

Je savoure pleinement mon retour à la vie, dans tous les sens du terme. Je me remets à peine d’un grave accident de voiture, survenu l’hiver dernier, et depuis ma vie se colore sans cesse de nouveaux arcs-en-ciel. Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°14 »

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L’âge de discrétion de Simone de Beauvoir, Folio

Quelle écrivaine, décidément. Je n’ai pas lu tous ses ouvrages, mais je trouve qu’elle a une modernité et une sincérité d’écriture qui permettent de la lire sans aucune lassitude à n’importe quelle époque, peu importe l’âge que l’on ait.

Il s’agit ici d’un récit très court. L’âge de discrétion explore le passage des années lorsqu’on atteint la soixantaine, un âge délicat où l’on peut vite glisser du côté de ceux qui ne créent plus, qui n’ont symboliquement plus d’avenir, comme le laisse entendre André, son mari chercheur désabusé. Ou bien on peut aussi continuer d’y croire et se servir de son vécu pour transmettre encore et encore. Cette posture optimiste, celle de l’auteure au début de son livre, n’empêchera pas les écueils de la vie et sera mise à mal par celui en qui elle croyait le plus : son fils, qui désavoue littéralement ses valeurs.

Elle sombre alors, se bat, relève la tête et nous la suivons au gré de ses réflexions profondes et toujours d’actualité. Non, la vie n’est pas finie quand on a 60 ans 😉

« Autrefois je me berçais de projets, de promesses ; maintenant, l’ombre des jours défunts veloute mes émotions, mes plaisirs. »

« Mon passé donne de l’épaisseur au présent. Intellectuellement on domine mieux les questions ; on oublie beaucoup, d’accord, mais même ce qui est oublié reste à notre disposition, d’une certaine façon. »

« Au galop mes jours s’échappent et en chacun d’eux je languis. »

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En l’absence des hommes de Philippe Besson, 10/18

J’ai découvert Philippe Besson par Arrête avec tes mensonges, que j’avais lu en une soirée, happée par son écriture à la fois dense et urgente. En l’absence des hommes est son premier livre, mais déjà tout son univers et sa patte d’écrivain sont là.

Il s’agit d’une histoire d’amour particulière en été 1916, une passion entre Vincent de l’Étoile, jeune aristocrate de 16 ans qui tente d’échapper à la morosité de ses journées en ébauchant une relation affectueuse avec un grand écrivain mondain, et Arthur, jeune soldat en permission qui subit l’horreur des tranchées et la violence des armes au quotidien.

Le grand écrivain n’est autre que Marcel Proust, et les liens platoniques qui se nouent entre Vincent et lui relèvent à la fois d’un attachement authentique et d’une sorte de fascination réciproque, en contrepoint de la passion physique reliant Arthur et Vincent.

C’est un texte fort, travaillé, mêlant récit et échange épistolaire, qui retranscrit parfaitement l’état de tension alors inhérent à la Grande Guerre.

J’ai tout de même préféré Arrête avec tes mensonges, plus actuel et moins mélancolique à mon sens…

« J’aime ce siècle qui commence, qui porte mes espérances, qui sera le mien. »

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L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine

L'attrape-souciLes premières pages de ce livre m’ont stressée ! Un jeune français de 11 ans dont la mère se volatilise en plein Buenos Aires et qui erre en s’accrochant aux laissés-pour-compte qu’il rencontre sur son périple… j’avoue avoir continué ma lecture avant tout pour savoir ce qu’il adviendrait de lui ! Lire la suite « L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine »

Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°13

AU BOUT DE NOS RÊVES

« Et elle court toute la journée 
Elle court de décembre en été
De la nourrice à la baby-sitter
Des paquets de couches au biberon de quatre heures
Et elle fume, fume, fume même au petit déjeuner…
 »

(Jean-Jacques Goldman)

J’écoute d’une oreille distraite cette rengaine de mes treize ans, apprise alors par cœur tant j’aimais son auteur. Je fredonne encore la mélodie de ma jeunesse.

– On peut changer ? C’est nul les vieilles chansons.

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La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès

La femme qui ne vieillissait pas« La vieillesse est une victoire ». Et ce livre aussi, à coup sûr. J’ai été saisie par les mots de Grégoire Delacourt, et plus encore peut-être par la postface si touchante de son livre, car il semble alors répondre en temps réel aux interrogations qui jaillissent à peine la dernière phrase lue. Effectivement, comment fait-il pour « se mettre à ce point dans la peau d’une femme » ? La finesse des ressentis, des émotions qui traversent la jeune fille, la mère, l’épouse, le féminin à tous les âges de la vie est troublante, percutante de vérité.

Il répond alors par une phrase de Sagan (ma dernière chronique d’ailleurs, la boucle est bouclée) « aimer c’est comprendre ». Monsieur Delacourt, laissez-moi vous dire que vous nous comprenez bien… 😉 Lire la suite « La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès »

Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°12

LES ANGES AU PETIT JOUR

Ma vie d’infirmière est pleine de surprises. Je peux croiser en une seule journée plus de destins brisés ou d’histoires merveilleuses que vous n’en verrez peut-être jamais au cours de votre vie.

Tenez, aujourd’hui par exemple, en pédiatrie. On m’annonce l’entrée d’un bébé de six mois qui aurait fait un arrêt respiratoire. On ne sait pas encore pourquoi, aussi je m’étonne de l’expression radieuse de ses parents. Ce petit garçon est la copie conforme de son père. Mêmes oreilles en pointe, mêmes fossettes, mêmes yeux noirs et longs cils recourbés. C’est tellement saisissant que je m’en ouvre aux parents. Nouveaux sourires aux anges. Devant mon air dubitatif, ils s’excusent, s’expliquent, mi-gênés, mi-ravis. Le papa surtout, qui semble en adoration devant son fils, me regarde, ému. Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°12 »

Journal de bord 2020

Chronique Et entendre ton rire

les lectures de Meuraie

et entendreCe livre m’a été proposée par son auteure, après ma lecture du premier tome. Je la remercie pour cette nouvelle lecture.

Résumé de l’auteure :

Mathieu et Clémence partent en mission humanitaire au Burkina Faso en tant que médecin et infirmière. Le danger terroriste est partout, et lorsque Clémence s’attache à un nouveau-né orphelin, elle ignore ce que la vie lui réserve.
Dans le Sud de la France, leurs amis Paul et Julia obtiennent un agrément pour être famille d’accueil et reçoivent Alice, une enfant qui ne parle plus.
Rien à priori ne semble réunir ces deux petites filles blessées, chacune sur un continent, qui croisent sur leur chemin de belles âmes. Et pourtant…
Comment l’amour se mesure-t-il face à la violence et aux risques du monde ? Les couples y survivront-ils ? Les enfants pourront-ils rire à nouveau ?

Mon avis :

J’ai tout bonnement adoré ce roman!

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Un certain sourire de Françoise Sagan, Pocket

Un certain sourireCe roman court se déguste comme une petite friandise sucrée salée, tendre et acidulée. Léger et profond à la fois, le ton moderne contraste avec certaines expressions désuètes et charmantes qui donnent à l’ensemble la classe et la distance d’une photo noir et blanc.

Et pourtant, le fond de l’histoire est universel. Une jeune étudiante qui s’ennuie avec son petit ami tombe amoureuse d’un séduisant quadragénaire, marié et comptant bien le rester, tout en profitant des charmes de cette relation joyeuse et (parce que ?) éphémère. Trouver un équilibre dans cette situation, par nature faite pour ne pas durer, est impossible. Et puis les attentes ne sont pas les mêmes, les espérances et les désillusions non plus. On n’aime plus de la même façon à 40 ans qu’à 20… et la petite Dominique va l’apprendre à ses dépens.

J’aime bien la plume de Françoise Sagan, sa sensibilité à fleur de peau, sa sincérité. Et je pense que nous pouvons tous nous retrouver à un moment donné dans les tourments délicats de cette vie « tranquille et déchirante » qu’elle décrit. Rien de grave, aurait-on envie d’ajouter à la dernière ligne de son roman… Vraiment ?

« Je souffrais. Je me disais que je souffrais, avec curiosité, ironie, n’importe quoi, pour éviter cette évidence lamentable d’un amour malheureux. »

« Le désespoir, c’était ce grelottement, ce demi-rire intérieur, cette apathie obsédée. Je n’ai jamais tant souffert. Je me disais que c’était le dernier sursaut, mais qu’il était dur. »