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L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017

L'art de perdre

Quel livre puissant ! 600 pages que l’on dévore tant il apporte de réponses à des questions en suspens, ni franchement posées ni complètement éludées, tout comme le destin des Algériens qu’il explore et que pour ma part je n’imaginais pas autant lié à celui des français « de souche ».

Il s’agit d’une longue quête identitaire à travers trois générations de Kabyles, dont le grand-père Ali forme le premier maillon et qui sans en avoir conscience au moment des faits a tracé le chemin de sa descendance. Un chemin particulier, tortueux, sur lequel avancent à tâtons Hamid son fils et Naïma sa petite-fille, dont nous suivons les errances et l’espoir d’un enracinement. Lire la suite « L’art de perdre de Alice Zeniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017 »

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L’âge de discrétion de Simone de Beauvoir, Folio

Quelle écrivaine, décidément. Je n’ai pas lu tous ses ouvrages, mais je trouve qu’elle a une modernité et une sincérité d’écriture qui permettent de la lire sans aucune lassitude à n’importe quelle époque, peu importe l’âge que l’on ait.

Il s’agit ici d’un récit très court. L’âge de discrétion explore le passage des années lorsqu’on atteint la soixantaine, un âge délicat où l’on peut vite glisser du côté de ceux qui ne créent plus, qui n’ont symboliquement plus d’avenir, comme le laisse entendre André, son mari chercheur désabusé. Ou bien on peut aussi continuer d’y croire et se servir de son vécu pour transmettre encore et encore. Cette posture optimiste, celle de l’auteure au début de son livre, n’empêchera pas les écueils de la vie et sera mise à mal par celui en qui elle croyait le plus : son fils, qui désavoue littéralement ses valeurs.

Elle sombre alors, se bat, relève la tête et nous la suivons au gré de ses réflexions profondes et toujours d’actualité. Non, la vie n’est pas finie quand on a 60 ans 😉

« Autrefois je me berçais de projets, de promesses ; maintenant, l’ombre des jours défunts veloute mes émotions, mes plaisirs. »

« Mon passé donne de l’épaisseur au présent. Intellectuellement on domine mieux les questions ; on oublie beaucoup, d’accord, mais même ce qui est oublié reste à notre disposition, d’une certaine façon. »

« Au galop mes jours s’échappent et en chacun d’eux je languis. »

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En l’absence des hommes de Philippe Besson, 10/18

J’ai découvert Philippe Besson par Arrête avec tes mensonges, que j’avais lu en une soirée, happée par son écriture à la fois dense et urgente. En l’absence des hommes est son premier livre, mais déjà tout son univers et sa patte d’écrivain sont là.

Il s’agit d’une histoire d’amour particulière en été 1916, une passion entre Vincent de l’Étoile, jeune aristocrate de 16 ans qui tente d’échapper à la morosité de ses journées en ébauchant une relation affectueuse avec un grand écrivain mondain, et Arthur, jeune soldat en permission qui subit l’horreur des tranchées et la violence des armes au quotidien.

Le grand écrivain n’est autre que Marcel Proust, et les liens platoniques qui se nouent entre Vincent et lui relèvent à la fois d’un attachement authentique et d’une sorte de fascination réciproque, en contrepoint de la passion physique reliant Arthur et Vincent.

C’est un texte fort, travaillé, mêlant récit et échange épistolaire, qui retranscrit parfaitement l’état de tension alors inhérent à la Grande Guerre.

J’ai tout de même préféré Arrête avec tes mensonges, plus actuel et moins mélancolique à mon sens…

« J’aime ce siècle qui commence, qui porte mes espérances, qui sera le mien. »

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L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine

L'attrape-souciLes premières pages de ce livre m’ont stressée ! Un jeune français de 11 ans dont la mère se volatilise en plein Buenos Aires et qui erre en s’accrochant aux laissés-pour-compte qu’il rencontre sur son périple… j’avoue avoir continué ma lecture avant tout pour savoir ce qu’il adviendrait de lui ! Lire la suite « L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine »

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La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès

La femme qui ne vieillissait pas« La vieillesse est une victoire ». Et ce livre aussi, à coup sûr. J’ai été saisie par les mots de Grégoire Delacourt, et plus encore peut-être par la postface si touchante de son livre, car il semble alors répondre en temps réel aux interrogations qui jaillissent à peine la dernière phrase lue. Effectivement, comment fait-il pour « se mettre à ce point dans la peau d’une femme » ? La finesse des ressentis, des émotions qui traversent la jeune fille, la mère, l’épouse, le féminin à tous les âges de la vie est troublante, percutante de vérité.

Il répond alors par une phrase de Sagan (ma dernière chronique d’ailleurs, la boucle est bouclée) « aimer c’est comprendre ». Monsieur Delacourt, laissez-moi vous dire que vous nous comprenez bien… 😉 Lire la suite « La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès »

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Un certain sourire de Françoise Sagan, Pocket

Un certain sourireCe roman court se déguste comme une petite friandise sucrée salée, tendre et acidulée. Léger et profond à la fois, le ton moderne contraste avec certaines expressions désuètes et charmantes qui donnent à l’ensemble la classe et la distance d’une photo noir et blanc.

Et pourtant, le fond de l’histoire est universel. Une jeune étudiante qui s’ennuie avec son petit ami tombe amoureuse d’un séduisant quadragénaire, marié et comptant bien le rester, tout en profitant des charmes de cette relation joyeuse et (parce que ?) éphémère. Trouver un équilibre dans cette situation, par nature faite pour ne pas durer, est impossible. Et puis les attentes ne sont pas les mêmes, les espérances et les désillusions non plus. On n’aime plus de la même façon à 40 ans qu’à 20… et la petite Dominique va l’apprendre à ses dépens.

J’aime bien la plume de Françoise Sagan, sa sensibilité à fleur de peau, sa sincérité. Et je pense que nous pouvons tous nous retrouver à un moment donné dans les tourments délicats de cette vie « tranquille et déchirante » qu’elle décrit. Rien de grave, aurait-on envie d’ajouter à la dernière ligne de son roman… Vraiment ?

« Je souffrais. Je me disais que je souffrais, avec curiosité, ironie, n’importe quoi, pour éviter cette évidence lamentable d’un amour malheureux. »

« Le désespoir, c’était ce grelottement, ce demi-rire intérieur, cette apathie obsédée. Je n’ai jamais tant souffert. Je me disais que c’était le dernier sursaut, mais qu’il était dur. »

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Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin, Albin Michel

Résultat de recherche d'images pour "les oubliés du dimanche"Gros coup de cœur ! Ce roman m’a bouleversée, une montée en puissance rare qui prend aux tripes et vous coupe le souffle sur les dernières pages…

Au départ j’ai acheté ce livre uniquement parce que j’avais adoré Changer l’eau des fleurs de la même auteure, avec la crainte de ne pas retrouver cet univers familier qui m’avait séduite, mais rapidement l’envoûtement a fonctionné à nouveau, grâce notamment à un scénario riche, des personnages hauts en couleur et une trame foisonnante. Tout comme dans Changer l’eau des fleurs, on ne s’y perd pas, au contraire même on s’attache à tout ce petit monde, aux rituels, aux habitudes, aux détails de la vie quotidienne qui donnent du relief aux grands rebondissements des destinées individuelles. Lire la suite « Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin, Albin Michel »

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Les choses humaines de Karine Tuil, Gallimard – Prix Interallié et Goncourt des Lycéens 2019

Fascinant ! Une étude de mœurs contemporaine, sans concessions ni prise de position qui laisse la liberté au lecteur de se construire ses propres représentations de la société actuelle et ses élites parisiennes.

Claire et Jean Farel forment un couple médiatique, lui surtout, célèbre journaliste politique à l’antenne d’émissions phares depuis des décennies, elle dans son sillage, brillante intellectuelle et essayiste féministe, tous deux intégrés de longue date dans le tout-Paris élitiste où l’entre-soi règne en maître. Les jalousies, querelles de pouvoir et relations d’intérêt sont la norme, les sentiments authentiques menacés de toute part. C’est la force de ce livre à mon sens, dans lequel transparaissent autant la superficialité des rapports humains que le besoin viscéral de reconnaissance et d’amour, tout simplement. Lire la suite « Les choses humaines de Karine Tuil, Gallimard – Prix Interallié et Goncourt des Lycéens 2019 »

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Avec toutes mes sympathies de Olivia de Lamberterie, Stock – Prix Renaudot Essai 2018

Ce récit autobiographique est le premier livre d’Olivia de Lamberterie, elle-même critique littéraire de haut vol. On pourrait croire qu’après avoir lu et commenté des centaines, voire des milliers de livres, l’auteure prendrait la plume de façon presque attendue. Et pourtant concernant cet ouvrage, le premier mot qui me vient est :  authenticité.

La force qui se dégage de ce livre est celle du cri que l’on pousse pour sortir de soi l’indicible, le trop, l’impossible à exprimer autrement que par le biais des mots couchés sur la page, ceux qui font du mal et du bien en même temps, ceux qui sortent presque malgré soi, parce que c’est trop dur, trop injuste, trop intense. Ceux qui déchirent et qui libèrent. Lire la suite « Avec toutes mes sympathies de Olivia de Lamberterie, Stock – Prix Renaudot Essai 2018 »

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Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois, Éditions de l’Olivier – Prix Goncourt 2019

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon Quel livre étrange. La plume de Jean-Paul Dubois ne m’est pas familière, son univers encore moins. J’ai mis du temps à y entrer, à m’imprégner de ses pages au point d’avoir envie de les retrouver entre deux temps de lecture. Cela a fini par venir, mais il m’a fallu attendre la moitié du livre.

Un récit construit sur l’analepse qui permet au lecteur de comprendre en douceur la problématique de Paul Hansen, le personnage principal, en prison depuis deux ans pour un fait que l’on ignore, et l’histoire de ses fantômes. Ses parents y tiennent une place prépondérante, surtout son père, un pasteur danois qui a perdu la foi… Le couple atypique qu’il forme alors avec la mère de Paul – une soixante-huitarde athée reprenant le petit cinéma d’art et d’essai de ses parents – bat de l’aile lorsqu’elle programme des films scandaleux pour les années 70. Lire la suite « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois, Éditions de l’Olivier – Prix Goncourt 2019 »