Blog littéraire 2021, Mes coups de coeurs ❤️

Les demoiselles de Anne-Gaëlle Huon

Les demoiselles – Poche 8,90€*

♥ Coup de cœur pour ce roman qu’on ne présente plus ! ♥

Ce livre m’a fait beaucoup de bien, une très belle énergie, des personnages hauts en couleur et un rythme soutenu qui donnent presque envie de lire à reculons tant on n’a pas envie que la dernière page arrive !!

C’est l’histoire de Rosa, jeune espagnole de 15 ans en 1923, qui prend la décision de traverser les Pyrénées à pied avec sa sœur Alma pour rejoindre les Hirondelles en pays basque, leurs consœurs saisonnières à l’usine d’espadrilles de Mauléon. Le groupe de jeunes filles part l’espoir au cœur dans le but de se constituer une future dot, mais rien ne se passe vraiment comme prévu et même si elle obtient un poste à l’usine comme monteuse d’espadrilles sous la houlette de l’odieux Sancho, Rosa se retrouve rapidement mise à la porte de la petite pension qui abritait ses nuits à Mauléon.

C’est alors que démarre une vie nouvelle lorsqu’en désespoir de cause elle toque à la porte de la maison des Demoiselles, trio de femmes fortes et rebelles chacune à leur manière, fantasques et fascinantes dans un monde encore dominé par la gent masculine. Accueillie comme si elle était des leurs, Rosa se laisse emporter dans un tourbillon de fêtes, de livres, de discussions à n’en plus finir, de champagne et de tissus merveilleux… sans compter le majordome détonnant, un perroquet grossier et une cuisinière sympathique. Créative et déterminée, la jeune femme continuera néanmoins de travailler dur et saura se servir de son nouvel univers comme d’un tremplin pour mener une vie extraordinaire, dans tous les sens du terme.

La fin est à la hauteur de l’ensemble, flamboyante et inattendue.

Je ne peux que recommander cette lecture fraîche et très bien documentée, j’ai adoré !


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Les déracinés de Catherine Bardon

Les déracinés

Les déracinés – Poche 10,70€*

❤ Coup de cœur ❤ pour cette saga qui m’a tout de suite embarquée…

Une écriture sobre pour raconter l’histoire vibrante et bouleversante d’un homme et d’une femme qui se rencontrent dans les années 30 à Vienne, en pleine naissance du mouvement nazi. Ils sont beaux, jeunes, libres, fous amoureux. Et juifs. Pris dans la tourmente de l’histoire, ils découvrent alors la montée d’un antisémitisme insidieux puis une violence croissante qui les pousse à l’exil afin d’éviter le pire.

D’un premier camp en Suisse où leur présence reste tolérée par la communauté internationale alors aveugle à leur détresse, ils erreront ensuite à travers la France, l’Espagne, le Portugal, puis franchiront l’Atlantique en espérant poser leurs valises à New York.

Ils finiront par s’établir en République dominicaine, formant ainsi les premiers colons d’une sorte de kibboutz improvisé financé par une organisation internationale chargée de l’émigration juive. Ils devront alors s’adapter coûte que coûte à leurs nouvelles conditions de vie. Tout est à faire, à inventer sur cette île paradisiaque mais terriblement isolée du reste du monde. D’intellectuels urbains ils devront s’improviser fermiers et reconstruire tous leurs repères, toute leur vie.

Leur courage, les liens qu’ils tissent avec les autres membres de la colonie, la ferveur et la résilience dont ils font preuve imprègnent ce livre magnifique et nous fait voyager à travers le temps et l’espace. J’ai appris énormément de choses sans même m’en rendre compte et je vais de ce pas attaquer le second tome (pour les amateurs, il y en a 4 et le premier fait tout de même plus de 750 pages donc pas de frustration possible !).

« Almah me démontrait chaque jour que l’être humain a une capacité de résilience inouïe, qui lui permet de surmonter toutes les douleurs, quelle que soit leur intensité, et toutes les pertes, aussi irréparables soient-elles. »

« Elle voulait de toutes ses forces que notre exil aboutisse à une nouvelle forme d’enracinement, car sans racines nous ne sommes que des ombres, disait-elle. »


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Le dernier des nôtres de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

               

Le dernier des nôtres par Clermont-Tonnerre

Le dernier des nôtres – Poche 9,40€*

❤️ Coup de cœur pour ce roman et cette plume ❤️

Comment dire, dès les premières lignes j’ai été happée et touchée au cœur, j’ai ri, tremblé, aimé bref j’ai ressenti toutes ces émotions, ces vacillements et ce bonheur intime que peuvent provoquer une lecture, un style qui vous emporte… Adélaïde de Clermont-Tonnerre vous êtes une magicienne des mots ! 🙂

 C’est l’histoire de Wern, jeune homme flamboyant et si attachant, dont nous découvrons la vie trépidante au cœur du Manhattan des années 60-70, et son coup de foudre pour Rébecca, une jeune artiste milliardaire au charme magnétique. Sur fond de secret de famille dont nous découvrons peu à peu les arcanes, l’auteure nous emmène alors dans un aller-retour spatio-temporel fascinant entre les ruines de Dresde au cœur de la seconde guerre mondiale et le rêve américain du New York éblouissant de 1969. Nous suivons ces trajectoires parallèles haletantes en attendant le moment où forcément, les deux mondes s’entremêleront.

La fougue et les emportements du jeune et beau Werner sont impayables (à l’image de son chien Shakespeare qui m’a fait bien rire), et c’est là tout le charme de ce roman puissant, parvenir à mêler aux drames bouleversants une pointe de rire, en somme la vie… une vie nimbée d’aura romanesque évidemment 😉

Merci à la box littéraire Kube et son libraire Aymeric pour m’avoir fait découvrir cette précieuse pépite !


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Le tatoueur d’Auschwitz de Heather Morris

Le tatoueur d'Auschwitz par Morris

Le tatoueur d’Auschwitz – Poche 7,90€*

Coup de cœur pour ce livre à mi-chemin entre réalité et fiction… Inspiré d’une histoire vraie, celle de Lale et Gita, juifs déportés en 1942 dans le camp de la mort tristement célèbre et qui malgré le contexte abominable parviennent à vivre une histoire d’amour au cœur de l’enfer.

Lale est intelligent, polyglotte, rusé et généreux. Rapidement formé pour être le nouveau Tätowierer d’Auschwitz et Birkenau, il est chargé de tatouer un numéro de matricule sur l’avant-bras des nouveaux arrivants destinés au travail, les autres étant tués directement. C’est ainsi qu’il croise pour la première fois le regard de Gita.

Malgré la barbarie et les atrocités quotidiennes qui sont décrites sans complaisance tout au long du récit, Lale parvient à nouer de nombreuses relations au sein des détenus et tâche de ne pas se mettre à dos les SS tous plus froids et impitoyables les uns que les autres. Lale est convaincu que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité, aussi il prend tous les risques pour obtenir des rations supplémentaires de nourriture ou des médicaments pour lui et ses semblables et bien sûr pour marchander de précieux moments avec Gita dont il est éperdument amoureux. Malheureusement rattrapés par la réalité des camps de la mort, les deux jeunes gens devront faire face plus d’une fois à l’insoutenable… Mais Lale a promis à Gita qu’un jour ils seront libres et pourront vivre leur amour où et quand ils l’entendent.

La lecture est addictive car le rythme du roman est rapide et dense, l’écriture descriptive très facile à suivre et l’ascenseur émotionnel fonctionne à plein régime…

J’ai juste regretté une fin très survolée par rapport aux nombreux événements qui s’y produisent et qui contraste par rapport à la densité du reste, mais qui n’enlève en rien mon coup de cœur – pour vous dire, j’ai été tellement happée par mon récit que j’en ai oublié de relever des citations comme je le fais d’habitude ! 😉


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La Vraie Vie de Adeline Dieudonné

La Vraie Vie par Dieudonné

La vraie vie – Poche 7,90€*

♥ Gros coup de cœur pour ce livre bouleversant !! ♥

Entre un père chasseur de gros gibier ultra violent et une mère aussi effacée qu’une amibe, la jeune narratrice âgée de 10 ans ne trouve de réconfort qu’auprès de son petit frère Gilles, ses six ans et son rire plein de dents de lait qu’elle aime tant provoquer. Ensemble, ils ont moins peur et parviennent à s’évader dans un monde acceptable.

Mais dans ce vieux lotissement, un drame se produit devant les enfants, choquant le petit Gilles au point qu’il ne parvient plus ni à parler ni à rire, devenant comme absent de lui-même. Il change tant que sa sœur ne vit plus que dans l’espoir d’inventer une machine à remonter le temps pour effacer cet accident de leur mémoire.

Lorsqu’elle réalisera que ce projet est impossible, elle construira son « royaume » autrement, à la fois pour échapper aux griffes de son père et pour ramener son petit frère à la vie. Nous la suivons alors jusqu’à ses 15 ans, le cœur serré d’angoisse et de compassion, admiratifs de cette force intérieure qui la pousse à se dépasser pour entrer à pieds joints dans la « vraie vie ».

Un roman d’apprentissage sur fond de cruauté et d’espoir, d’une densité à couper le souffle, si juste, profond et authentique dans la restitution des émotions de sa jeune héroïne qu’il m’a fait plusieurs fois monter les larmes aux yeux…

A lire absolument ! En une soirée pour moi 😉

« Tout me semblait irréel. Le jardin, la piscine, le romarin, la nuit qui tombait. Ou plutôt, nimbé d’une réalité nouvelle. La réalité sauvage de la chair et du sang, de la douleur et de la marche du temps, linéaire, impitoyable. Mais surtout, la réalité de cette force que j’avais entendue rire quand le corps du vieux s’était effondré. Ce rire qui n’était ni en moi ni à l’extérieur. Ce rire qui était partout, en tout, comme cette force. Elle pouvait me trouver n’importe où. Nulle part où me cacher. Et si je ne peux pas me cacher, rien n’existe. Rien d’autre que le sang et la terreur. »

« Il y a des choses qu’on ne peut pas accepter. Sinon on meurt. Et je n’avais pas envie de mourir. »

« Puis, sous ses gros sourcils, il a fait quelque chose de curieux. Il n’a pas bougé. Et, en même temps, il m’a prise dans ses bras. Avec ses yeux. »

« J’ai fait un effort pour pleurer, je sentais que c’était nécessaire, un réflexe de survie. Je donnais de grands coups de pioche pour dégager ma source intérieure. Je n’ai pas eu besoin de creuser longtemps. Les larmes ont jailli en un déluge salé sur mon oreiller. »


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Petit pays de Gaël Faye

Petit pays – Poche 7,90€*

❤️ Coup de cœur ❤️ pour ce livre poignant, brut et poétique, dont l’intensité dramatique n’en finit plus de nous prendre aux tripes…Gaby est heureux. Comme tous les petits garçons du monde, rien ne lui fait plus plaisir que de profiter de joies simples en compagnie de ses parents et de sa petite sœur Ana.

Ils vivent au Burundi et rapidement nous comprenons qu’entre son père français et sa mère rwandaise réfugiée politique, rien ne va plus.

La grande force de ce livre est de nous faire partager le point de vue d’un enfant de 10 ans qui tente de comprendre la vie, celle de ses parents, de sa famille, de son pays…

Rien n’est simple mais au fond de la petite impasse où ses copains et lui vivent, ce petit monde préservé du malheur et des guerres, il se fabriquera des souvenirs inoubliables, à coup de mangues dérobées, de baignades dans la rivière, de fous rires et d’engueulades. La vie, comme elle devrait être. Malgré la séparation de ses parents, Gaby profite des joies de son âge.

Et puis comme il dit, les choses commencent, il ne sait pas trop de quelle manière. À 10 ans, et même à 11, on ne sait pas comment ces choses là arrivent. On ne sait même pas que c’est possible. Alors on apprend, vite. On décille les yeux sur la violence et les douleurs, sur l’indicible.

Entre deux coups d’état, la vie bascule peu à peu de l’autre côté du miroir, une vie auparavant impensable dans la petite impasse tranquille. Une vie où il faut dormir dans le couloir pour éviter les balles perdues. Une vie qui ne vaudrait plus grand chose selon que l’on est un Hutu ou un Tutsie.

La fracture vécue par ceux qui ont traversé de telles épreuves ne peut qu’être terriblement profonde. L’auteur restitue les événements avec une humanité si puissante que j’ai réellement lu les dernières pages en immersion totale, sans pouvoir m’arrêter.

Encore une preuve magnifique du pouvoir de la littérature, tellement plus fort et plus parlant que les images de l’actualité. 🙏

« On l’écoutait sans bouger, ou alors seulement les oreilles comme les hippopotames qui flottent dans les eaux du port. »

« Un vent chaud nous enveloppait, s’enroulait un instant autour de nous et repartait au loin, enroulant avec lui de précieuse promesses. Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas sur terre, un carré d’exil ou ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

« Gino comprenait toujours ce que disaient les grandes personnes. C’était son handicap. »

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »


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Les cerfs-volants de Romain Gary

Les cerfs-volants

Les cerfs-volants – Poche 10€*

Somptueux. Intense. Si profondément humain. Les dernières pages m’ont tiré des larmes et la hauteur que l’auteur nous fait prendre est au moins celle des cerfs-volants d’Ambroise Fleury dans le ciel bleu d’avant la 2ème guerre mondiale.

Oncle du narrateur, cet ancien facteur passe son temps dans son atelier à fabriquer de magnifiques cerfs-volants aux effigies diverses, de Blum et Pétain aux libellules et autres poissons volants… Il passe aux yeux de tous pour un tendre et bourru doux-dingue que son neveu Ludo adore et dont les créations volantes reflètent symboliquement les espérances et l’accablement d’une France coincée entre la botte des allemands et les têtes brûlées de la résistance.

Au milieu de tout cela, Ludo poursuit son rêve doté de cheveux blonds, d’un joli minois et d’une insolence rare : Lila, son amour depuis toujours, jeune polonaise aristocrate qui l’a foudroyé d’amour dès l’enfance et qu’il n’aura de cesse de poursuivre malgré les innombrables obstacles qui se dresseront entre eux, depuis les prétendants nombreux de la demoiselle jusqu’aux aléas de l’histoire et les tragédies de la seconde guerre mondiale.

À chaque page le talent, la fantaisie, l’humour et la tendresse de Romain Gary font mouche.

L’intensité dramatique monte tout au long du roman et dépeint magistralement la résistance qui s’organise ainsi que l’innombrable palette du cœur des hommes à ce moment-là. Entre petites et grandes lâchetés, héroïsme et instincts primaires, l’Humain se montre tel qu’il est. Changeant, attachant, détestable, universel. C’est là tout le talent de ce brillant et grand auteur, nous faire accéder à l’essence de ce que nous sommes tous au fond de nous.

Un récit magnifique où l’espérance et le rêve maintiennent en vie les disparus. Tant que dans sa tête on ne renonce pas, tout est permis. Faire exister les absents dans son cœur les fait revivre tout court. Pour toujours.

Je vous en livre beaucoup de citations, mais comment faire autrement ? Si je m’étais écoutée j’aurais écorné toutes les pages 😉

« Nous étions encore tous les cinq proches des naïvetés de l’enfance – de ces naïvetés qui sont peut-être la part la plus féconde que la vie nous donne et ensuite nous reprend. »

« L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude. »

« Peut-être faut-il avoir aimé plusieurs femmes pour apprendre à en aimer une seule ? Rien ne peut nous préparer à un premier amour. »

« Le bonheur avait une présence presque audible, comme si l’ouïe, rompant avec les superficies sonores, pénétrait enfin aux profondeurs du silence, cachées jusque-là par la solitude. »

« Je n’étais pas venu pour parler, mais pour me rasséréner ; ce couple qui ne s’était jamais quitté me rassurait par sa permanence ; j’avais besoin de cette durée, de cette vieillesse à deux, de cette promesse. »

« Eh bien, tout arrive, dit-il, ce qui prouve que les rêveurs ont parfois le dernier mot et que tous les rêves ne se cassent pas toujours la gueule. »

« Je n’éprouvai aucune émotion ; mon cœur ne s’affola pas ; j’avais toujours su que la vie n’était pas dépourvue de sens, et qu’elle faisait de son mieux, même s’il lui arrivait de faillir. »

« Je luttai. Je ne voulais pas trahir. Le désespoir est toujours une soumission. »

« Je ne me doutais guère que, de tous nos cerfs-volants perdus, il y en avait un, venu de Pologne, qui monterait plus haut et serait plus près de changer le cours de la guerre que tous les autres qui étaient partis à la poursuite du bleu. »

« La fraternité a parfois une drôle de sale gueule. »


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La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

La goûteuse d'Hitler

La goûteuse d’Hitler – Poche 8,90€*

♥ Coup de cœur ! ♥ Mais quel roman !! Impossible de le lâcher, plus on avance dans la lecture plus on est hameçonné…

Rosa Sauer est une jeune berlinoise née en 1917, amoureuse de son mari Gregor qui a choisi de combattre l’ennemi en s’engageant dans l’armée au tout début de la seconde guerre mondiale. En 1943, ses parents étant morts, elle choisit de rejoindre ses beaux-parents Joseph et Herta à la campagne, près du quartier général d’Hitler, pour attendre ensemble le retour de Gregor. C’est alors qu’elle est recrutée d’office par les nazis pour devenir une goûteuse du Führer, celui-ci craignant qu’on veuille l’empoisonner.

Elle partagera désormais son quotidien avec neuf autres femmes, chacune avec son caractère et son histoire. Leur sort commun les contraindra à s’aimer, se détester, se soutenir ou se trahir, la peur de mourir à chaque coup de fourchette en toile de fond.

L’irruption du lieutenant SS Ziegel à la caserne et dans la vie de Rosa bouscule alors ses certitudes et introduit dans sa vie des nuances qu’elle n’aurait jamais envisagé auparavant.

Ce livre est difficile à résumer tant sa richesse est grande. L’auteure décrit à merveille les émotions de Rosa en guidant le lecteur suffisamment pour qu’il ne se perde pas mais en lui laissant une liberté d’interprétation qui lui permet de construire ses propres représentations à travers les yeux de l’héroïne, et c’est ce qui la rend si profondément humaine. En pointillés surgissent aussi les grands questionnements de cette période si sombre de l’Allemagne, la culpabilité et l’héroïsme, le pire et le meilleur. L’Humain, donc.

Une œuvre foisonnante réellement fascinante, je vous le recommande sans hésitation, même si vous n’aimez pas les livres historiques tant la « petite histoire » domine la grande…

« Nous avons vécu douze ans sous une dictature, presque sans nous en apercevoir ? Qu’est-ce qui permet à des êtres humains de vivre sous une dictature ? Il n’y avait pas d’autre voie, voilà notre alibi. »

« La capacité d’adaptation est la principale ressource des êtres humains, mais plus je m’adaptais et moins je me sentais humaine. »

« Enfermées dans la caserne, nous étions des soldats sans armes, des esclaves de rang supérieur, nous étions quelque chose qui n’existe pas et en effet, hors de Rastenburg, personne n’a jamais su que nous existions. »


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La petite fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel

La petite fille de Monsieur Linh – Poche 7,90€*

Merveilleux livre, un portrait tout en finesse et la pudeur d’une écriture simple pour décrire sobrement et magnifiquement la nostalgie, la douleur, le deuil mais aussi la beauté de l’être humain dans ce qu’il a de plus vrai, presque de sacré.

Monsieur Linh est un vieux monsieur qui fuit son pays en guerre, sa petite-fille de six semaines sous le bras, tous deux presque seuls rescapés de leur village en ruines. Au bout d’un long voyage en mer, une terre d’accueil, étrangère et hostile. Mais au milieu de la dévastation et de la peine d’avoir tout perdu, une petite lueur brille. La rencontre avec un autre être humain, qui ne parle pas la même langue que lui, ou plutôt si, le langage universel des déracinés sur terre, des êtres ébréchés qui laissent passer la lumière.

Cette rencontre va permettre à Monsieur Linh de se raccrocher à l’essentiel finalement, le lien à l’autre. Et de ne jamais perdre totalement espoir malgré la vie qui va et lui enlève peu à peu tout ce en quoi il espérait.

La fin m’a tiré des larmes mais je ne peux en dire plus…

Extrêmement touchant, poétique et surprenant, ce court récit m’a enchantée.

Un livre qui me donne envie d’écrire, c’est toujours très bon signe en ce qui me concerne 😉

♥ Bref, vous l’aurez compris, un gros gros coup de cœur ! ♥

« Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes vers le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement sur des épaules. »

« Les mots viennent sur les lèvres de Monsieur Linh, ses vieilles lèvres, minces et craquelées. Et les mots sont un baume qui adoucit ses lèvres, ainsi que son âme. »


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Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita – Poche 9,40€*

♥ Coup de coeur ! ♥ Un livre envoûtant, d’une puissance rare, où les mots percutent autant qu’ils caressent, mêlant l’insoutenable à l’espoir d’un avenir meilleur.

C’est l’histoire bouleversante et vraie d’une petite fille enlevée à 7 ans dans son village du Darfour à la fin du 19ème siècle, berceau d’une enfance paisible, un paradis perdu qu’elle essaiera de se remémorer durant sa vie entière. Malheureusement le traumatisme est trop grand, le choc lui ôtera jusqu’à la mémoire de son vrai prénom. Bakhita, c’est celui que lui donneront les marchands d’esclaves, ceux qui maltraitent ces hommes et femmes d’Afrique arrachés à leur terre d’origine d’une façon qu’il serait impossible de concevoir sans lire les sévices et l’inhumanité totale et absolue dont ils font preuve. C’est une lecture difficile de ce point de vue-là, tant les détails crus et l’injustice brutale et barbare, la bêtise alliée à la cruauté sont présents à chaque page ou presque.

La deuxième partie du livre nous permet de respirer un peu mieux, grâce à l’irruption de certaines personnes dans la vie de Bakhita qui enfin la considèrent comme ce qu’elle est, une victime solitaire et perdue dans un monde hostile. Peu à peu, elle passe du statut d’esclave à celui de domestique, même si on sent bien que la frontière est mince pour certains… Nous suivons son émouvant cheminement en admirant sa capacité de résilience malgré la souffrance, et cet élan naturel vers les plus faibles et les plus démunis qu’elle conserve intact toute sa vie, jusqu’à se dévouer entièrement à l’humanité en choisissant d’entrer dans les ordres.

« Les enfants l’aiment comme on aime celle qui ne vous trahira jamais. Elle sent le chaud et sa voix est lente et grave. Elle est noire comme une nuit douce, elle est celle que l’on trouve tout de suite au milieu des autres, la pas-pareille, une enfant géante, et ceux qui rentrent chez eux le soir n’en parlent pas, ils gardent pour eux la découverte de leur Moretta Bella et serrent les lèvres quand leurs parents leur demandent si la négresse a le mauvais œil. »


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