Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

L’oiseau bleu d’Erzeroum de Ian Manook

L’oiseau bleu d’Erzeroum – Poche 9,90€*

Quelle fresque flamboyante et quel voyage à travers le temps, les lieux, les évènements tragiques de l’Histoire…

Le récit débute en 1915 en Arménie, lorsque deux petites sœurs réchappent au massacre de leur famille par les kurdes et les turcs et que démarre pour elles un long exode qui les plongera au cœur de la tragédie épouvantable que fût le génocide arménien.

Araxie n’a que dix ans mais elle prend soin d’Haïganouch, sa petite sœur de six ans devenue aveugle, avec le soin d’une mère. Elles traverseront ensemble des péripéties innombrables, feront des rencontres qui marqueront leur vie et devront faire face à la cruauté la plus primaire et atroce dont sont capables les hommes entre eux. Massacres, tortures et assassinats sont le lot quotidien des malheureux soumis à la volonté de quelques hauts dignitaires sanguinaires dont le but est d’éradiquer la population arménienne afin de prendre sa place au sein de l’empire ottoman.

Araxie et Haïganouch échapperont au génocide à Alep en devenant les petites esclaves d’une maîtresse à peine plus âgée qu’elles, Assina, elle-même soumise à la tyrannie d’un mari musulman qu’elle n’a ni choisi ni aimé. Leur fuite sera le nouveau départ d’une vie qui, peut-être, leur offrira enfin la paix qu’elles méritent.

Entre Orient et Occident, des plaines de l’Anatolie au grand incendie de Smyrne, de l’Allemagne aux États-Unis en passant par l’URSS, la France ou le Liban, nous n’en finissons pas de nous évader et d’imaginer ce que fût la vie de ces êtres malmenés par l’Histoire, dont la trame ici fût largement inspirée par la vraie vie de la grand-mère de l’auteur, sans compter les innombrables recherches qu’il a probablement dû mener pour produire un roman aussi riche et foisonnant.

Bref, j’ai adoré ! ❤️


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Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

Le fils de Philip Meyer

Le fils – Poche 10,40€*

Éblouissant. Cette fresque américaine sur l’histoire du Texas, depuis les affrontements sanglants avec les Indiens jusqu’aux premiers puits de pétrole en passant par la guerre de Sécession, qui s’étend sur trois générations et plus d’un siècle, m’a tenue en haleine d’un bout à l’autre malgré ses 800 pages…

Eli McCullough, surnommé « Le Colonel » est le patriarche de la famille. Profondément marqué par trois années de séquestration parmi les Comanches durant son adolescence, le jeune homme cherchera toute sa vie à retrouver ses marques parmi les siens et ne craindra pas de bâtir son empire sur les cendres de ceux qu’il écrase. Sa tyrannie révolte son fils Peter, dont les valeurs à l’opposé de celles de son père lui feront faire des choix définitifs.

Quant à Jeannie, la digne arrière-petite-fille d’Eli, elle tentera sa vie durant de s’affirmer dans un monde d’hommes et prouver qu’elle mérite la fortune dont elle hérite et qu’elle s’emploie à faire fructifier, sacrifiant elle aussi au passage sa vie privée.

L’ensemble fourmille de détails et ancre l’ouvrage dans une réalité si tangible que l’on se sent réellement en immersion dans l’histoire, y compris lors des massacres en tous genres (âmes sensibles s’abstenir, il y a dans ce roman un nombre de morts incalculable !).

Bref, une épopée magistrale sur la conquête de l’Ouest et sur l’histoire des États-Unis, lorsqu’un arpent de terre avait plus de valeur qu’une vie humaine et où le seul moyen de posséder quelque chose était de le voler à quelqu’un d’autre, qu’il fût indien, mexicain, espagnol ou confédéré… Le rêve américain passé au crible de la cupidité et de la sauvagerie humaines, magnifiquement conté à travers le prisme de trois personnages hauts en couleurs dont les destins se croisent et illustrent en partie les maux dont souffre la société américaine d’aujourd’hui.


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Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

La mémoire de l’eau de Miranda Cowley Heller

La mémoire de l’eau – Poche 9,60€*

De toute beauté. Voilà un livre digne des grands auteurs américains, à la fois si réaliste, ancré dans une matérialité qui en densifie le climat, et hanté par un cheminement personnel, celui d’une femme sensible et forte confrontée à un choix fondateur, presque identitaire.

Ellie est en vacances au Cap Cod avec son mari et ses enfants, au sein de la maison familiale dans laquelle elle passe tous ses étés depuis l’enfance. Elle est bouleversée. La veille, lors d’une soirée un peu arrosée en compagnie de leurs familles respectives, elle a fait l’amour avec Jonas, son meilleur ami amoureux d’elle depuis leur adolescence. Leurs liens sont forts et précieux, la passion physique si longtemps contenue les déborde, mais Ellie aime profondément son mari Peter et tente de résister à ce tsunami qui menace de l’emporter.

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Blog littéraire 2022, Mes coups de coeurs ❤️

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra

Ce que le jour doit à la nuit – Poche 9€*

Quel beau livre, si bien écrit, enchanteur et tragique à la fois, comme beaucoup de récits mêlant l’orient et l’occident…

C’est l’histoire de Younes, alias Jonas, dans l’Algérie rurale des années trente. Son père vient de perdre sa ferme, son dernier espoir d’être un homme bien, un homme qui prend soin de sa famille. Rejoignant la ville pour ne pas mourir de faim dans une campagne devenue hostile, le père de Younes emmène sa femme et ses enfants se réfugier dans un ghetto d’Oran, où ils ne trouvent que la misère, la crasse et la violence. L’oncle de Younes propose alors de donner sa chance à ce neveu tombé du ciel, lui qui n’a pas d’enfants, et l’intègre à une vie privilégiée en lui permettant de faire des études et de côtoyer une population favorisée. Younes devient Jonas et ses yeux bleus lui permettent de se fondre au sein des riches quartiers occidentaux, même si ses proches savent qu’il est arabe.

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Blog littéraire 2022, Mes coups de coeurs ❤️

Betty de Tiffany McDaniel

Betty – Poche 13€

❤️ Coup de cœur pour ce roman à la fois enchanteur et tragique ❤️

C’est d’une plume authentique, poétique et crue que l’auteure nous emmène sur les traces de Betty Carpenter, la Petite Indienne. Sixième d’une fratrie de huit enfants, mais surtout fille de Landon Carpenter, Cherokee, et de Alka Lark, aussi blonde et blanche qu’elle-même a la peau foncée et les cheveux noirs et lisses hérités de son père, elle grandit bercée par la magie des histoires que lui raconte ce dernier, formidable conteur à l’imagination débordante et guérisseur aux multiples talents.

Mais nous sommes au début des années soixante dans l’Ohio et les familles mixtes sont considérées comme incarnant le péché, le mal ; l’ostracisme que Betty subit à l’école en est la parfaite illustration. Rejetés par leurs semblables, Betty et les siens n’ont pas leur place au cœur de la communauté de Breathed.

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Blog littéraire 2022, Mes coups de coeurs ❤️

Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Alabama 1963 – Poche 8,70€

J’ai adoré ce livre brut, sans fard, authentique et plein d’humanité.

Le contexte est dur, dès les premières pages nous sommes plongés au cœur d’un drame que va tenter d’élucider Bud, flic raté reconverti en détective privé à la petite semaine, ignorant encore qu’il ne sera que le premier d’une triste série.

Des fillettes noires disparaissent en effet les unes après les autres, et dans cette Amérique des années soixante rongée par la ségrégation, le meurtre d’enfants de couleur ne pèse pas bien lourd dans l’actualité. La police recherche sans conviction le tueur et violeur en série, forcément noir, qui sévit sur la petite localité de Birmingham, mais le manque d’efficacité des forces de l’ordre amène les parents désespérés à faire régulièrement appel aux bons services de Bud Larkin.

Adela Cobb, jeune veuve mère de deux enfants qui fait le ménage chez les Blancs pour gagner sa vie, se retrouve par hasard à travailler un jour chez Bud, dont les enquêtes s’enlisent sous les litres d’alcool qu’il ingurgite quotidiennement. Il comprend vite néanmoins à quel point Adela pourrait lui être utile pour s’introduire auprès de la communauté noire, et rapidement leur duo singulier donne naissance à une complicité aussi inattendue que drôle. La rencontre des deux univers est fascinante – entre le détective blanc bougon pétri de contradictions d’une part et la jeune femme noire vive, sensible et intelligente d’autre part – car totalement inédite à cette époque où régnait encore la terreur entretenue par le Ku Klux Klan, et démontre à quel point la curiosité de l’autre et le respect de la différence peuvent être vecteurs d’espoir.

Rien n’est en trop dans ce livre pétri de tendresse malgré l’âpreté du sujet ; chaque phrase, chaque répartie a du sens. L’ensemble est dosé à la perfection et forme une enquête haletante qui envoie bouler tous les préjugés.

« D’ailleurs, je me demandais : vous préférez que l’on dise de vous que vous êtes une femme noire ou que vous êtes une femme de couleur ?

Je préfère qu’on dise que je suis une femme bien. »


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Blog littéraire 2022, Livre reçu dans une box, Mes coups de coeurs ❤️

Stoner de John Williams

Stoner – Poche 9,90€*

Un bijou de littérature tout en finesse, en pudeur et en authenticité.

Ce livre qui retrace la vie d’un professeur de littérature anglais né en 1910 m’a bouleversée par son écriture délicate et sans fioriture. On lit entre les lignes, on devine les épreuves, les tempêtes émotionnelles, les doutes, les peurs de William Stoner plus qu’on ne les lit réellement, et c’est ce qui fait toute la beauté de cette œuvre.

Du jeune homme solitaire un peu taciturne à l’homme d’âge mûr, et jusqu’à la fin de sa vie, nous suivons le destin austère de cet homme bon, si émouvant pour cette passion qu’il éprouve envers son métier, pour sa patience magnifique face aux aléas que la vie lui impose, pour la tendresse et les émois d’une histoire d’amour qui lui donne enfin la douceur qu’il mérite…

Beaucoup d’abnégation, peu de rébellion. William commence tout jeune par travailler dur à la ferme de ses parents taiseux, puis chez des cousins éloignés afin de financer ses études à l’université, avant de s’engager corps et âme dans l’enseignement sur les conseils d’un vieux professeur charismatique qui ne lui voit pas d’autre destin.

Novice et solitaire, il épousera la première jeune femme qu’il trouvera charmante, mais c’est beaucoup plus tard qu’il découvrira l’éclat de l’amour véritable. Ces passages-là sont très beaux, très émouvants, tout comme la fin du livre qui m’a tiré quelques larmes.

Ne vous attendez à rien de spectaculaire, c’est la délicatesse de l’ensemble qui sublime le destin de ce professeur transcendé par son art d’enseigner et son amour pur pour la littérature, quitte à lui sacrifier la plus belle partie de sa vie.

Je suis heureuse qu’Anna Gavalda ait pris l’initiative de traduire ce très beau roman car il aurait été vraiment dommage de passer à côté.

Merci à la box littéraire My Book Box pour cette jolie découverte.

« L’amour n’est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre. »


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Blog littéraire 2022, Mes coups de coeurs ❤️

S’adapter de Clara Dupont-Monod

S’adapter – Poche 7,90€*

❤️ Coup de cœur ❤️ J’ai été bouleversée par ce livre à l’écriture magnifique qui lève un voile authentique et pudique sur le handicap lourd de l’enfant. Confrontée dans ma vie professionnelle à « l’envers du décor », voir cet enfant à travers les yeux de ses frères et sœur m’a aidée à comprendre mieux encore toutes les ambivalences et le bouleversement à long terme que peut représenter l’arrivée d’un enfant vraiment inadapté au sein d’une famille.

Le titre « S’adapter » est d’ailleurs d’une justesse terrible. Effectivement, apprendre que son bébé, son frère ne verra jamais, ne tiendra jamais debout, ne sera jamais dans les interactions attendues… ne laisse pas d’autre choix. En fonction de ses possibilités, de son tempérament, de la famille telle qu’elle préexistait avant ce séisme, chacun doit trouver sa voie jusqu’à cet enfant si particulier et s’adapter à lui, car lui ne fera pas le chemin inverse.

S’adapter signifie-t-il accepter ? pas forcément, et surtout ça ne veut pas dire que tout se fasse sans colère, sans révolte. Si le fils aîné fait preuve d’un dévouement et même d’une abnégation admirables et stupéfiants pour son jeune âge, la sœur cadette déteste ce petit frère qui lui a volé le bonheur de ses parents et le temps passé avec son grand frère. Il la dégoûte avec son palais creux, ses gouttes dans les yeux et son regard vide. Cette déshumanisation de l’enfant n’est ni méchante ni égoïste, c’est un réflexe de survie.

Enfin, nous découvrons aussi le point de vue de l’enfant qui vient après. Le dernier, celui qui répare et console, qui adoucit et renforce des liens abîmés mais non rompus ; et cette ombre persistante – ou cette lumière ? – de l’enfant inadapté qui accompagnera toujours ses pas. Il ne l’a pas connu mais il l’imagine et lui parle en secret, tentant de donner à son absence en creux la plénitude d’une présence.

Le parallèle lyrique effectué entre la nature sauvage des Cévennes et l’histoire de cette famille, de leur adaptation à l’enfant, est d’une grande beauté. Tout en délicatesse et en retenue, sans aucune sensiblerie ni voyeurisme, l’ensemble est vrai et extrêmement fort. J’ai eu les larmes aux yeux à de nombreuses reprises et cela ne m’arrive pas souvent en cours de lecture…

Bref, lisez ce livre absolument ❤️

« On parlait doux pour ne pas brusquer l’enfant si sage dans son transat. Il sentait bon la fleur d’oranger. Il semblait attentif et tranquille. Il avait les joues rondes et pâles, des cheveux bruns, de grands yeux noirs. Un bébé de la région, qui lui appartenait. Les montagnes ressemblaient à des matrones veillant sur le transat, les pieds dans les rivières et le corps nappé de vent. L’enfant était accepté, semblable aux autres. Ici les bébés avaient les yeux noirs, les vieux étaient minces et secs. Tout était dans l’ordre. »

« C’était un spectacle un peu étrange de voir ce garçon d’une dizaine d’années, en pleine santé, recueilli contre un autre, déjà étrange sans être encore bizarre : la taille d’un enfant de presque un an mais la bouche entrouverte, sans effort de contact, très calme, les yeux noirs vagabondant. Leur ressemblance physique sautait aux yeux et nul n’aurait su dire pourquoi cette similitude perçait le cœur. »

« Il aimait par-dessus tout l’impassible bonté, la primaire candeur de l’enfant. Le pardon était dans sa nature puisqu’il n’émettait aucun jugement. Son âme ignorait, de façon absolue, la cruauté. Son bonheur se réduisait à des choses simples, la propreté, la satiété, le moelleux de son pyjama violet ou une caresse. L’aîné comprenait qu’il tenait là l’expérience de la pureté. Il en était bouleversé. Aux côtés de l’enfant, il ne cherchait plus à brusquer la vie dans la crainte qu’elle ne lui échappe. La vie, elle était là, à portée de souffle, ni craintive ni combattante, juste là. »

« Jamais il ne pensa aux autres enfants qui, à cet âge, auraient effectué d’immenses progrès. Il ne le comparait pas. Moins par réflexe de protection qu’en vertu d’un bonheur plein, complet, si original que la norme lui paraissait fade. Par conséquent, il s’en désintéressait. »

« Cet être n’apprendrait jamais rien et, de fait, c’est lui qui apprenait aux autres. »

« Il ne se demandait pas, comme le faisaient ses parents la nuit, quelle aurait été sa voix s’il avait pu parler, quel caractère aurait été le sien, enjoué ou taciturne, casanier ou turbulent, quel aurait été son regard s’il avait pu voir. Il le prenait tel qu’il était. »

« L’inquiétude a planté en lui ses racines, germé comme le figuier des montagnes, coriace et résistant. Cela passera peut-être un jour. Peut-être pas. »

« Personne ne se doute que derrière ce cadre en costume, un enfant étrange laisse danser ses yeux noirs. » 

« En la cadette s’implanta la colère. L’enfant l’isolait. Il traçait une frontière invisible entre sa famille et les autres. Sans cesse, elle se heurtait à un mystère : par quel miracle un être diminué pouvait-il faire tant de dégâts ? »

« Si la cadette résumait, l’enfant avait pris la joie de ses parents, transformé son enfance et confisqué son frère aîné. »

« Dira-t-on un jour l’agilité que développent ceux que la vie malmène, leur talent à trouver chaque fois un nouvel équilibre, dira-t-on les funambules que sont les éprouvés ? »

« Il sentait bien que ce n’aurait pas dû être son rôle. Mais il sentait aussi que le sort aime défaire les rôles, et qu’il fallait s’adapter. Cela n’appelait ni réflexion, ni révolte. Les choses étaient ainsi données. »

« S’il avait pu connaître l’enfant, il aurait eu cela en commun avec lui, l’acceptation entière de la montagne. »


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Blog littéraire 2021, Mes coups de coeurs ❤️

Les lendemains de Mélissa Da Costa

Les lendemains par Da Costa

Les lendemains – Poche 8,90€*

Totalement charmée par la plume tendrement mélancolique de Mélissa Da Costa, qui possède un talent fou pour nous immerger délicatement dans l’univers de ses personnages par petites touches subtiles, comme un peintre impressionniste.

Le deuil est un sujet ultrasensible, surtout lorsqu’il concerne des sujets très jeunes comme c’est le cas ici. Amande s’apprêtait à devenir maman lorsqu’une double tragédie la frappe et la met à terre. Ne vous laissez pas effrayer par ce thème, car il n’y a aucun voyeurisme dans la manière dont il est traité, aucune sensiblerie, au contraire l’auteure réalise la prouesse de célébrer la vie malgré tout avec une justesse rare.

Nous suivons pas à pas Amande dans l’année qui suit la fin de son monde d’avant, nous trébuchons avec elle, nous espérons, nous retenons notre souffle…

Il y a quelque chose d’universel et de sacré, de sage presque dans Les lendemains, ce roman qui est tout sauf du feel good pour moi. Il n’en a ni la légèreté ni l’optimisme à tous crins et pourtant il fait tant de bien. Je lui ai trouvé un petit air de Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin et c’est un sacré compliment car j’avais vraiment adoré ce livre.

Une respiration dans le ciel encombré de nos vies, une invitation à faire une pause, une vraie, à se reconnecter à nos origines et aux racines du monde. Sous couvert de résilience, il s’agit pour moi d’un vrai questionnement, d’une invitation sensible et authentique à la réflexion, au retour sur soi, sur sa vie, à ce que l’on souhaite vraiment.

J’ai même préféré ce livre au best-seller Tout le bleu du ciel de la même auteure, que j’avais aimé bien sûr mais j’ai trouvé l’écriture ici beaucoup plus fluide et l’ensemble encore plus harmonieux.

Un vrai coup de cœur ♥

« J’ai été prise d’une urgence ce soir. La pleine lune. Un besoin de célébrer. Un besoin de sacré. Anne avait raison, bien sûr. Mais je n’ai pas besoin d’église, ni de prières, ni de chapelet pour célébrer mes morts. J’ai un saule pleureur qui porte le nom d’un défunt, un chat qui m’a adoptée, et des bougies que j’ai moulées moi-même. J’ai la pleine lune et la brise aussi, car sans elle les bougies ne valseraient pas… Et nos ombres alors… ? »

« Je suis bien ici. C’est ce que je dis à ma mère. Je ne lui dis pas que ce n’est pas juste une maison, mais que c’est un univers à part que je me suis construit, un univers fait de couleurs dans les arbres, de bougies à la pleine lune, d’un pin sacré et de petits rites mortuaires joyeux. Je ne lui dis pas qu’ici, tout ce que je fais est chargé de sens : les rituels pour mes morts et la vie que je fais naître dans mon jardin comme l’ont fait les hommes pendant des millénaires avant moi. »


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Blog littéraire 2021, Livre reçu dans une box, Mes coups de coeurs ❤️

Enrage contre la mort de la lumière de Futhi Ntshingila

Enrage contre la mort de la lumière par Ntshingila

Enrage contre la mort de la lumière – Poche 7,80€*

❤ Coup de cœur ❤ pour ce livre écrit avec les tripes, avec le cœur, avec la puissance d’une voix qui s’élève pour dénoncer les ravages du sida en Afrique et les conditions de vie déplorables des femmes et des enfants dans les taudis des banlieues, mais qui célèbre aussi le courage, la foi et la lumière persistant dans l’âme de ces femmes courageuses dont la beauté n’a d’égale que leur dignité.

Mvelo a juste quatorze ans se sent « vieille comme une chaussure usée », et pour cause… elle doit s’occuper de sa mère Zola trentenaire malade du VIH qui malgré tout son courage ne peut plus grand-chose pour protéger sa fille, victime comme elle de la barbarie des hommes. Le destin de Zola n’était pourtant pas parti pour être si dramatique : elle a été une ado amoureuse, athlétique, championne de course et aimée des siens, mais sa vie tourne au chaos lorsqu’elle apprend sa grossesse à tout juste 16 ans. Les viols, les tests de virginité, la maudite maladie aux « trois lettres » … les jeunes filles sont des proies faciles et l’histoire se répète, de génération en génération. Mais au milieu de la misère et du désespoir, contre la mort de la lumière, quelques voix émergent, de belles personnes surnagent et tirent les autres vers des lendemains meilleurs. Nonceba est de celles-là, jeune femme indépendante et forte qui prendra Mvelo sous son aile. À la mort de Sipho, le beau-père de Mvelo, les hasards de la vie rapprocheront les deux jeunes femmes d’une manière surprenante. Du côté de la lumière…

Ce très beau roman court se lit d’une seule traite, il serait réellement dommage de passer à côté…

Merci à la box Lumières pour cette très belle découverte !

« Mvelo regarda le visage de sa mère dans le cercueil. Il avait l’air paisible. Elle ne lui dirait plus jamais un seul mot. Mvelo s’imagina que si sa mère pouvait prononcer une dernière chose ce serait : « Chante, Mvelo, tu es née pour chanter. » Alors c’est ce qu’elle fit. »

« Le soleil brillait et le ciel était pur, du plus pur des bleus. Il était serein et clair comme l’esprit de Sipho à la fin de sa vie. Après la bénédiction du corps, le ciel s’effondra sur eux. Il se mit à pleuvoir à verse, de grosses gouttes rafraîchissantes. La terre et les femmes les absorbèrent. Du sol s’élevait une odeur délicieuse. Les femmes se tenaient debout sous la pluie, étendant leurs bras pour recevoir son baiser. Elles firent valser leurs talons hauts, riant et pleurant pieds nus pendant que les hommes le descendaient dans sa dernière demeure, la terre avide. »

« Ceux que l’on aime le plus ont le pouvoir de nous faire le plus de mal. »


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