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Les cerfs-volants de Romain Gary

Les cerfs-volants

Somptueux. Intense. Si profondément humain. Les dernières pages m’ont tiré des larmes et la hauteur que l’auteur nous fait prendre est au moins celle des cerfs-volants d’Ambroise Fleury dans le ciel bleu d’avant la 2ème guerre mondiale.

Oncle du narrateur, cet ancien facteur passe son temps dans son atelier à fabriquer de magnifiques cerfs-volants aux effigies diverses, de Blum et Pétain aux libellules et autres poissons volants… Il passe aux yeux de tous pour un tendre et bourru doux-dingue que son neveu Ludo adore et dont les créations volantes reflètent symboliquement les espérances et l’accablement d’une France coincée entre la botte des allemands et les têtes brûlées de la résistance.

Au milieu de tout cela, Ludo poursuit son rêve doté de cheveux blonds, d’un joli minois et d’une insolence rare : Lila, son amour depuis toujours, jeune polonaise aristocrate qui l’a foudroyé d’amour dès l’enfance et qu’il n’aura de cesse de poursuivre malgré les innombrables obstacles qui se dresseront entre eux, depuis les prétendants nombreux de la demoiselle jusqu’aux aléas de l’histoire et les tragédies de la seconde guerre mondiale.

À chaque page le talent, la fantaisie, l’humour et la tendresse de Romain Gary font mouche.

L’intensité dramatique monte tout au long du roman et dépeint magistralement la résistance qui s’organise ainsi que l’innombrable palette du cœur des hommes à ce moment-là. Entre petites et grandes lâchetés, héroïsme et instincts primaires, l’Humain se montre tel qu’il est. Changeant, attachant, détestable, universel. C’est là tout le talent de ce brillant et grand auteur, nous faire accéder à l’essence de ce que nous sommes tous au fond de nous.

Un récit magnifique où l’espérance et le rêve maintiennent en vie les disparus. Tant que dans sa tête on ne renonce pas, tout est permis. Faire exister les absents dans son cœur les fait revivre tout court. Pour toujours.

Je vous en livre beaucoup de citations, mais comment faire autrement ? Si je m’étais écoutée j’aurais écorné toutes les pages 😉

« Nous étions encore tous les cinq proches des naïvetés de l’enfance – de ces naïvetés qui sont peut-être la part la plus féconde que la vie nous donne et ensuite nous reprend. »

« L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude. »

« Peut-être faut-il avoir aimé plusieurs femmes pour apprendre à en aimer une seule ? Rien ne peut nous préparer à un premier amour. »

« Le bonheur avait une présence presque audible, comme si l’ouïe, rompant avec les superficies sonores, pénétrait enfin aux profondeurs du silence, cachées jusque-là par la solitude. »

« Je n’étais pas venu pour parler, mais pour me rasséréner ; ce couple qui ne s’était jamais quitté me rassurait par sa permanence ; j’avais besoin de cette durée, de cette vieillesse à deux, de cette promesse. »

« Eh bien, tout arrive, dit-il, ce qui prouve que les rêveurs ont parfois le dernier mot et que tous les rêves ne se cassent pas toujours la gueule. »

« Je n’éprouvai aucune émotion ; mon cœur ne s’affola pas ; j’avais toujours su que la vie n’était pas dépourvue de sens, et qu’elle faisait de son mieux, même s’il lui arrivait de faillir. »

« Je luttai. Je ne voulais pas trahir. Le désespoir est toujours une soumission. »

« Je ne me doutais guère que, de tous nos cerfs-volants perdus, il y en avait un, venu de Pologne, qui monterait plus haut et serait plus près de changer le cours de la guerre que tous les autres qui étaient partis à la poursuite du bleu. »

« La fraternité a parfois une drôle de sale gueule. »

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