Blog littéraire

Petit pays de Gaël Faye

❤️ Coup de cœur ❤️ pour ce livre poignant, brut et poétique, dont l’intensité dramatique n’en finit plus de nous prendre aux tripes…

Gaby est heureux. Comme tous les petits garçons du monde, rien ne lui fait plus plaisir que de profiter de joies simples en compagnie de ses parents et de sa petite sœur Ana.

Ils vivent au Burundi et rapidement nous comprenons qu’entre son père français et sa mère rwandaise réfugiée politique, rien ne va plus.

La grande force de ce livre est de nous faire partager le point de vue d’un enfant de 10 ans qui tente de comprendre la vie, celle de ses parents, de sa famille, de son pays…

Rien n’est simple mais au fond de la petite impasse où ses copains et lui vivent, ce petit monde préservé du malheur et des guerres, il se fabriquera des souvenirs inoubliables, à coup de mangues dérobées, de baignades dans la rivière, de fous rires et d’engueulades. La vie, comme elle devrait être. Malgré la séparation de ses parents, Gaby profite des joies de son âge.

Et puis comme il dit, les choses commencent, il ne sait pas trop de quelle manière. À 10 ans, et même à 11, on ne sait pas comment ces choses là arrivent. On ne sait même pas que c’est possible. Alors on apprend, vite. On décille les yeux sur la violence et les douleurs, sur l’indicible.

Entre deux coups d’état, la vie bascule peu à peu de l’autre côté du miroir, une vie auparavant impensable dans la petite impasse tranquille. Une vie où il faut dormir dans le couloir pour éviter les balles perdues. Une vie qui ne vaudrait plus grand chose selon que l’on est un Hutu ou un Tutsie.

La fracture vécue par ceux qui ont traversé de telles épreuves ne peut qu’être terriblement profonde. L’auteur restitue les événements avec une humanité si puissante que j’ai réellement lu les dernières pages en immersion totale, sans pouvoir m’arrêter.

Encore une preuve magnifique du pouvoir de la littérature, tellement plus fort et plus parlant que les images de l’actualité. 🙏

« On l’écoutait sans bouger, ou alors seulement les oreilles comme les hippopotames qui flottent dans les eaux du port. »

« Un vent chaud nous enveloppait, s’enroulait un instant autour de nous et repartait au loin, enroulant avec lui de précieuse promesses. Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas sur terre, un carré d’exil ou ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

« Gino comprenait toujours ce que disaient les grandes personnes. C’était son handicap. »

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »

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