Blog littéraire 2022

La vie rêvée des hommes de François Roux

La vie rêvée des hommes par Roux

De 1944 à nos jours, l’auteur retrace à travers le destin de Stanley et Paul l’évolution des mœurs et les luttes de la communauté homosexuelle pour vivre au grand jour, sans honte, sans stigmatisation, sans exclusion.

Du cercle familial le plus intime à la société toute entière, nous percevons l’intense détresse dans laquelle peuvent plonger ceux que les « bien-pensants » rejettent en les considérant comme des êtres pervertis, en déshumanisant cette partie indissociable d’eux-mêmes et qu’ils n’ont pourtant pas choisi d’incarner. Lorsque Luca, le petit protégé de Paul, se fait tabasser par son père et rejeter par sa mère à l’âge de seize ans parce qu’ils ont trouvé et lu son journal intime, on espère devant tant d’injustice qu’ils finiront par cheminer avec l’âge, mais il n’en sera rien. Combien d’hommes brisés vivront-ils le même rejet destructeur avant qu’enfin les mentalités s’ouvrent un peu ?

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Blog littéraire 2022, Mes coups de coeurs ❤️

S’adapter de Clara Dupont-Monod

S’adapter – Poche 7,90€*

❤️ Coup de cœur ❤️ J’ai été bouleversée par ce livre à l’écriture magnifique qui lève un voile authentique et pudique sur le handicap lourd de l’enfant. Confrontée dans ma vie professionnelle à « l’envers du décor », voir cet enfant à travers les yeux de ses frères et sœur m’a aidée à comprendre mieux encore toutes les ambivalences et le bouleversement à long terme que peut représenter l’arrivée d’un enfant vraiment inadapté au sein d’une famille.

Le titre « S’adapter » est d’ailleurs d’une justesse terrible. Effectivement, apprendre que son bébé, son frère ne verra jamais, ne tiendra jamais debout, ne sera jamais dans les interactions attendues… ne laisse pas d’autre choix. En fonction de ses possibilités, de son tempérament, de la famille telle qu’elle préexistait avant ce séisme, chacun doit trouver sa voie jusqu’à cet enfant si particulier et s’adapter à lui, car lui ne fera pas le chemin inverse.

S’adapter signifie-t-il accepter ? pas forcément, et surtout ça ne veut pas dire que tout se fasse sans colère, sans révolte. Si le fils aîné fait preuve d’un dévouement et même d’une abnégation admirables et stupéfiants pour son jeune âge, la sœur cadette déteste ce petit frère qui lui a volé le bonheur de ses parents et le temps passé avec son grand frère. Il la dégoûte avec son palais creux, ses gouttes dans les yeux et son regard vide. Cette déshumanisation de l’enfant n’est ni méchante ni égoïste, c’est un réflexe de survie.

Enfin, nous découvrons aussi le point de vue de l’enfant qui vient après. Le dernier, celui qui répare et console, qui adoucit et renforce des liens abîmés mais non rompus ; et cette ombre persistante – ou cette lumière ? – de l’enfant inadapté qui accompagnera toujours ses pas. Il ne l’a pas connu mais il l’imagine et lui parle en secret, tentant de donner à son absence en creux la plénitude d’une présence.

Le parallèle lyrique effectué entre la nature sauvage des Cévennes et l’histoire de cette famille, de leur adaptation à l’enfant, est d’une grande beauté. Tout en délicatesse et en retenue, sans aucune sensiblerie ni voyeurisme, l’ensemble est vrai et extrêmement fort. J’ai eu les larmes aux yeux à de nombreuses reprises et cela ne m’arrive pas souvent en cours de lecture…

Bref, lisez ce livre absolument ❤️

« On parlait doux pour ne pas brusquer l’enfant si sage dans son transat. Il sentait bon la fleur d’oranger. Il semblait attentif et tranquille. Il avait les joues rondes et pâles, des cheveux bruns, de grands yeux noirs. Un bébé de la région, qui lui appartenait. Les montagnes ressemblaient à des matrones veillant sur le transat, les pieds dans les rivières et le corps nappé de vent. L’enfant était accepté, semblable aux autres. Ici les bébés avaient les yeux noirs, les vieux étaient minces et secs. Tout était dans l’ordre. »

« C’était un spectacle un peu étrange de voir ce garçon d’une dizaine d’années, en pleine santé, recueilli contre un autre, déjà étrange sans être encore bizarre : la taille d’un enfant de presque un an mais la bouche entrouverte, sans effort de contact, très calme, les yeux noirs vagabondant. Leur ressemblance physique sautait aux yeux et nul n’aurait su dire pourquoi cette similitude perçait le cœur. »

« Il aimait par-dessus tout l’impassible bonté, la primaire candeur de l’enfant. Le pardon était dans sa nature puisqu’il n’émettait aucun jugement. Son âme ignorait, de façon absolue, la cruauté. Son bonheur se réduisait à des choses simples, la propreté, la satiété, le moelleux de son pyjama violet ou une caresse. L’aîné comprenait qu’il tenait là l’expérience de la pureté. Il en était bouleversé. Aux côtés de l’enfant, il ne cherchait plus à brusquer la vie dans la crainte qu’elle ne lui échappe. La vie, elle était là, à portée de souffle, ni craintive ni combattante, juste là. »

« Jamais il ne pensa aux autres enfants qui, à cet âge, auraient effectué d’immenses progrès. Il ne le comparait pas. Moins par réflexe de protection qu’en vertu d’un bonheur plein, complet, si original que la norme lui paraissait fade. Par conséquent, il s’en désintéressait. »

« Cet être n’apprendrait jamais rien et, de fait, c’est lui qui apprenait aux autres. »

« Il ne se demandait pas, comme le faisaient ses parents la nuit, quelle aurait été sa voix s’il avait pu parler, quel caractère aurait été le sien, enjoué ou taciturne, casanier ou turbulent, quel aurait été son regard s’il avait pu voir. Il le prenait tel qu’il était. »

« L’inquiétude a planté en lui ses racines, germé comme le figuier des montagnes, coriace et résistant. Cela passera peut-être un jour. Peut-être pas. »

« Personne ne se doute que derrière ce cadre en costume, un enfant étrange laisse danser ses yeux noirs. » 

« En la cadette s’implanta la colère. L’enfant l’isolait. Il traçait une frontière invisible entre sa famille et les autres. Sans cesse, elle se heurtait à un mystère : par quel miracle un être diminué pouvait-il faire tant de dégâts ? »

« Si la cadette résumait, l’enfant avait pris la joie de ses parents, transformé son enfance et confisqué son frère aîné. »

« Dira-t-on un jour l’agilité que développent ceux que la vie malmène, leur talent à trouver chaque fois un nouvel équilibre, dira-t-on les funambules que sont les éprouvés ? »

« Il sentait bien que ce n’aurait pas dû être son rôle. Mais il sentait aussi que le sort aime défaire les rôles, et qu’il fallait s’adapter. Cela n’appelait ni réflexion, ni révolte. Les choses étaient ainsi données. »

« S’il avait pu connaître l’enfant, il aurait eu cela en commun avec lui, l’acceptation entière de la montagne. »


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Un automne en clair-obscur de Martine Delomme

Claire est une jeune femme à qui tout réussit. Issue d’un milieu modeste et après une brève carrière dans l’enseignement, elle s’est reconvertie dans le commerce au sein de l’entreprise de cartonnage de son époux Henri, puissant homme d’affaires qui lui a ouvert les portes d’un univers luxueux.

Tout bascule par un froid matin d’automne, lorsque Henri est victime d’un accident de chasse et plongé dans un coma profond. Les épreuves surgissent alors les unes après les autres, au rythme de révélations qui font douter Claire au sujet de la vraie personnalité de son mari. Le connaissait-elle vraiment? Son ex-épouse Olivia, aussi belle que machiavélique, est omniprésente et la harcèle de menaces en tous genres, allant jusqu’à la chasser de sa maison et de l’entreprise d’Henri.

Claire est sous le choc mais elle s’entoure de précieux alliés ; entre Charles l’avocat providentiel, et sa grand-mère Maminette, elle trouve le soutien nécessaire pour faire face à l’adversité.

Une histoire sans prétention mais très prenante et très ancrée dans le réel grâce à une immersion dans la région de Brive et ses usines de cartonnage…

Bref, un bon moment de lecture, entre roman du terroir et thriller psychologique 😉

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Le meilleur est à venir de Françoise Bourdin

Le meilleur est à venir par Bourdin

Une lecture simple et agréable mais qui manquait de piquant à mon goût…

Margaux est une décoratrice d’intérieur attachée à la vie parisienne. Mariée et mère de deux enfants, elle a néanmoins accepté pour son mari Axel de déménager en Normandie afin que toute la famille s’installe aux Engoulevents, un joli manoir en piteux état auquel ce dernier est particulièrement attaché à la fois en tant qu’historien et parce que cette noble bâtisse un peu délabrée appartient à ses ancêtres depuis plusieurs générations.

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À la lumière de nos jours de Clarisse Sabard

À la lumière de nos jours par Sabard

Centrée sur les femmes, cette longue fresque familiale se lit toute seule.

Un classique aller-retour entre les années 20 et les années 2000, des personnages féminins au caractère fort, quelques secrets de famille, tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment en compagnie de Julia, Eugénie, Suzette et les autres.

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Feu de Maria Pourchet

Feu par Pourchet

Lu d’un trait, ce livre crû et corrosif sur l’adultère à l’écriture percutante, aux phrases courtes et suggestives m’a tenue en haleine…

Laure, quadra enseignante à l’université en perte de vitesse, remariée à un médecin généraliste plan-plan et mère de deux filles dont une ado rebelle née de père inconnu, rencontre Clément lors d’un déjeuner professionnel autour d’un projet de colloque. Cadre sup dans la haute finance, il navigue dans des sphères à 300k l’année, où la valeur des individus se mesure autant à leur potentiel de requin qu’à l’aspect de leur bronzage au retour des vacances d’été. Un monde creux mis à mal par la pandémie, dont il cherche vainement le sens, mais ne cherche-t-il pas plutôt à le fuir au fond ? Il vit seul avec un gros Bouvier Bernois surnommé Papa, n’a pas ou si peu de vie sociale, des relations amoureuses épisodiques, pas d’enfant et s’en félicite.

Lorsque surgit Laure dans sa vie, ce sont deux mondes, deux solitudes, deux quêtes qui se reconnaissent et tentent de s’accorder malgré tout ce qui les oppose. Avec une plume acérée, Maria Pourchet décortique les rouages d’une relation passionnelle vouée à l’échec, volontairement analysée sous un prisme sombre et trivial. Pourtant les sentiments affleurent, dérangent, finissent même par convaincre avant que les protagonistes ne s’y brûlent.

Un Houellebecq au féminin ? je ne le pense pas car cette lecture du genre humain ne m’a pas laissée autant d’amertume que celle dudit auteur. Malgré un certain cynisme et une ironie à fleur de page, j’y ai perçu d’authentiques passions.

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La nuit de feu de Eric-Emmanuel Schmitt

La Nuit de Feu par Schmitt

J’ignorais le véritable thème de ce court livre avant de le commencer, ce qui m’a permis de vivre sur le même tempo que l’auteur la révélation qu’il a vécue en plein désert du Sahara, il y a plus de vingt ans.

Car il s’agit en fait d’un témoignage autobiographique romancé, ça aussi je l’ai découvert a postériori, ce qui rend le livre d’autant plus touchant et singulier.

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Les Feux de Noël de Marie-Bernadette Dupuy

Les feux de Noël par Dupuy

Une belle histoire, une écriture classique, un fond historique, du suspense et une jolie romance…

Lisel Schmitt est une jeune alsacienne de 22 ans, couturière pleine de talent et de projets qui voit sa vie basculer le jour où le commis de l’atelier met accidentellement le feu à l’atelier qui l’emploie en essayant de l’agresser. De sa rencontre avec Heinrich, jeune et beau pompier volontaire qui vient la secourir ce soir-là, aux accusations et lettres anonymes haineuses qu’elle reçoit, les événements s’enchaînent, tous liés les uns aux autres ainsi que nous le découvrons au fil des pages.

Quelqu’un en veut à la famille Schmitt, mais qui ? Est-ce un corbeau malveillant, une vieille histoire de famille, des jalousies entre commerçants ? On l’ignore, mais la jeune Lisel est prise dans une machination infernale dont les rouages lui feront perdre peu à peu tout ce en quoi elle tient. Heureusement, elle peut encore compter sur Sofia, sa petite main dévouée qui devient vite une amie, sur Heinrich qui se débat au sein d’une belle-famille aussi toxique que dangereuse, et sur Stein, son avocat.

Je me suis laissée emporter dans cette Alsace des années 20, fort joliment contée, en regrettant juste que les personnages soient si peu ambivalents ; les gentils d’un côté, les méchants de l’autre…

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Une joie féroce de Sorj Salandon

Une joie féroce par Chalandon

Le combat d’une femme pour survivre à la maladie, si fort qu’il la révèle à elle-même, est ici finement saisi par l’auteur, qui présente le cancer dont elle est atteinte comme une épreuve à surmonter, mais pas que, loin de là.

Jeanne est une jolie libraire rousse de 40 ans, mariée à Matt, dix ans de plus qu’elle, séduisant mais un peu taciturne, surtout depuis qu’ils ont perdu leur enfant de sept ans des suites d’une maladie dégénérative. La douleur de la perte, Jeanne connaît. Ce qu’elle ignore encore, c’est à quel point les atteintes physiques peuvent impacter sa vie intime, au point de mettre à terre sa vie de couple et de la fragiliser dans ce qu’elle est au plus profond d’elle-même.

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Blog littéraire 2022, Livre reçu dans une box

Seul l’avenir le dira de Jeffrey Archer

Chroniques des Clifton, tome 1 : Seul l'avenir le dira par Archer

Harry Clifton est né en 1920 en Angleterre. Fils d’un docker et d’une serveuse, ses origines modestes le complexent lorsqu’il entre à la prestigieuse école de Saint-Bède, où se côtoient essentiellement les fils de bonne famille de l’Angleterre snob de l’entre-deux-guerres.

Le parcours de Harry est complexe. Son père étant mort à la guerre, il est élevé par sa mère qui tente par tous les moyens de subvenir à ses besoins et de lui donner les meilleures chances possibles pour son avenir. Durant sa petite enfance, Harry est peu assidu en cours et sait à peine lire et écrire tant il préfère fréquenter les docks en compagnie de son oncle plutôt que les bancs de l’école. La découverte de sa voix exceptionnelle de soprano au hasard des messes dominicales le propulse dans la chorale de la paroisse et lui donnent enfin la motivation nécessaire pour travailler à l’école. Il fait alors partie des meilleurs élèves, et son talent conjugué à son intelligence lui ouvrent les portes de St-Bède.

Harry y forgera son amitié avec Giles Barrington, le fils de Hugo Barrington qu’avait croisé dans sa jeunesse sa mère Maisie. La famille Barrington est riche, puissante, et cache de lourds secrets qui viendront bouleverser le destin de Harry. Lorsqu’il tombe amoureux d’Emma, la jeune sœur de Giles, des tensions inédites apparaissent et menacent le bonheur naissant des jeunes gens. Mais le vieux Jack Tar veille dans l’ombre. Singulier ami d’Harry depuis toujours et devenu son mentor au fil du temps, il tentera par tous les moyens de sortir le jeune homme et sa mère des pièges que le destin leur tend.

Il s’agit du premier volet d’une saga de 4 tomes, que j’ai découvert grâce à la box littéraire Kube.

J’ai passé un très bon moment de lecture, et si l’occasion s’en présente je n’hésiterai pas à lire la suite.