Blog littéraire

La nuit de feu de Eric-Emmanuel Schmitt

La Nuit de Feu par Schmitt

J’ignorais le véritable thème de ce court livre avant de le commencer, ce qui m’a permis de vivre sur le même tempo que l’auteur la révélation qu’il a vécue en plein désert du Sahara, il y a plus de vingt ans.

Car il s’agit en fait d’un témoignage autobiographique romancé, ça aussi je l’ai découvert a postériori, ce qui rend le livre d’autant plus touchant et singulier.

Le chemin vers la foi, la quête de sens, la spiritualité que chacun met dans sa vie sont des thèmes si personnels qu’il est difficile de donner un avis objectif ou « éclairé » sur la question. Aussi lorsque ce jeune philosophe écrivain de 28 ans entreprend une expédition dans le Hoggar afin de se documenter pour l’écriture d’un scénario sur la vie de Charles de Foucauld, ancien militaire reconverti en prêtre après avoir été touché par la grâce, il était difficile d’imaginer que lui aussi allait vivre une expérience qui bouleverserait sa vie entière.

Sur une imprudence, le jeune homme s’égare et se retrouve seul toute une nuit, sans vivres ni feu, loin de la caravane et d’Abayghur, le Touareg rassurant qui les accompagne. Au lieu de céder à la panique et à l’inconfort, c’est un improbable bien-être qu’il ressent alors, une béatitude profonde indescriptible que l’auteur décrit sans rien affirmer ni justifier, simplement en relatant les choses telles que lui les a vécues. Comme il le dit si bien, son souhait n’est pas de convaincre mais simplement de partager.

Au-delà de toute la poésie du livre, j’ai profondément aimé ce témoignage lumineux, sage et humble sur notre condition humaine et l’espoir d’un ailleurs, d’une puissance qui nous dépasse et nous transcende, quelles que soient nos croyances.

« Sur terre, ce ne sont pas les occasions de s’émerveiller qui manquent, mais les émerveillés. »

« L’esprit, qui appréhende l’inconnu autant que le corps craint le vide, fabule en permanence pour détruire le sentiment d’isolement ou d’impuissance. Proposer vaut mieux qu’ignorer. Même bancale, une élucidation l’emporte sur son absence. Le besoin de comprendre ne se résume pas à un appétit de rationnalité, c’est le besoin de se rassurer en identifiant les ténèbres, en mettant de l’ordre dans le chaos. Au fond, tous les éclaircissements renvoient à une origine : la peur de ne pas en avoir. »

« Un à un, le désert pointait mes défauts. »

« Qui suis-je? Une chandelle qui veille au sein des ténèbres et que le vent éteindra. Dérisoire! Pour l’instant, je peux crier « J’existe » mais mon affirmation s’enrobe de terreur car, hurlerais-je, mobiliserais-je en moi une fougue démentielle, je n’existerais pas toujours. Je ne suis qu’une seconde entre deux éternités, l’éternité d’avant moi, l’éternité d’après moi. Je ne suis qu’un bout de vie entre deux néants, le néant qui m’a précédé, le néant qui me succèdera. Et si l’éternité me laisse tranquille, les deux néants, eux, me grignotent. Dire « Je suis », c’est dire « Je ne serai plus ». Vivant n’a qu’un synonyme : mortel. Ma grandeur devient mon indigence, ma force mon imperfection. Et la fierté se mêle à l’effroi. »

« La mort ne m’apporterait pas une fin mais un changement de forme; j’échapperais à cette terre pour gagner une patrie, l’unité première inconnue. En toute sérénité, j’aborderais le mystère de la mort comme le mystère de la vie : avec confiance! »

« Si l’angoisse m’avait fait trop grand, la joie m’avait ramené à de justes proportions : pas grand par moi-même, plutôt grand par la grandeur qui s’était déposée en moi. L’infini constituait le fond de mon esprit fini, comme un bol qui aurait contenu mon âme. »

« Le hasard existe-t-il? N’est-il pas plutôt le nom que collent à la réalité ceux qui veulent ignorer le destin? »

« Abayghur se planta devant moi. Nous nous contemplâmes interminablement en silence. Nous savions que nous ne nous reverrions jamais. Il sourit. Je lui souris en retour. Dans cet adieu, malgré l’émotion qui mouillait nos yeux, la joie l’emportait sur le chagrin : à la douleur de nous quitter, nous substituions le bonheur de nous être connus. »

« Nous devons reconnaître et cultiver notre ignorance. L’humanisme pacifique coûte ce prix-là. »

« Une nuit sur terre m’a mis en joie pour l’existence entière.

Une nuit sur terre m’a fait pressentir l’éternité.

Tout commence. »

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