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La vie rêvée des hommes de François Roux

La vie rêvée des hommes par Roux

De 1944 à nos jours, l’auteur retrace à travers le destin de Stanley et Paul l’évolution des mœurs et les luttes de la communauté homosexuelle pour vivre au grand jour, sans honte, sans stigmatisation, sans exclusion.

Du cercle familial le plus intime à la société toute entière, nous percevons l’intense détresse dans laquelle peuvent plonger ceux que les « bien-pensants » rejettent en les considérant comme des êtres pervertis, en déshumanisant cette partie indissociable d’eux-mêmes et qu’ils n’ont pourtant pas choisi d’incarner. Lorsque Luca, le petit protégé de Paul, se fait tabasser par son père et rejeter par sa mère à l’âge de seize ans parce qu’ils ont trouvé et lu son journal intime, on espère devant tant d’injustice qu’ils finiront par cheminer avec l’âge, mais il n’en sera rien. Combien d’hommes brisés vivront-ils le même rejet destructeur avant qu’enfin les mentalités s’ouvrent un peu ?

Au moment de leur rencontre, Paul le français et Stanley l’américain sont deux jeunes soldats qui vivent une histoire d’amour aussi brève qu’intense au moment de la libération à Paris. Ils n’auront de cesse toute leur vie de vouloir revivre les sensations si fortes qu’ils ont alors éprouvées, sans jamais les retrouver tout à fait. Chacun mènera de son côté l’existence qui lui semble la plus juste ou la moins destructrice mais que ce soit dans le mariage conventionnel avec enfants ou dans une certaine débauche, tous deux s’abîmeront irrémédiablement.

L’ensemble du récit est émaillé de références historiques concernant la lutte pour la défense des droits homosexuels, de la répression policière et des violentes émeutes des années soixante jusqu’aux premières gays prides, à la problématique du sida, aux avancées sociales avec le pacs etc… nous suivons décennie après décennie la lente progression d’une reconnaissance qui ne semble pas toujours acquise malgré les appels à la tolérance et au respect de chacun dans sa singularité et son universalité.

Car cette histoire touche à quelque chose d’universel, et c’est ce qui m’a peut-être le plus touchée (hormis les souffrances intimes liées au rejet et à la honte) : l’amour véritable entre deux êtres qui perdure au-delà des années malgré l’éloignement et le carcan des conventions sociales.

« D’une certaine façon, c’est souvent l’empêchement des choses qui apporte du relief à leur vérité. »

« – La mort nous tient en éveil, reprit Stanley en fixant le point où le soleil venait de disparaître. Toute notre vie, nous ne cessons de trembler devant elle, nous ne cessons de redouter l’unique vérité qui existe en ce monde : l’absolue certitude de notre finitude. Au lieu de nous habituer à cette idée, au lieu de la rendre plus douce et finalement plus admissible, nous passons notre temps à nous en détourner, à nous divertir d’elle par tous les moyens possibles et imaginables. Un jour, quand elle survient, nous nous retrouvons perdus, décontenancés, en colère : « Quoi, elle est déjà là ? Mais ça ne va pas, je ne suis pas prêt ». N’est-ce pas exactement les mots que j’ai employés ? Pauvre imbécile que je suis, ce n’est pas faute de savoir, pourtant, n’ai-je pas eu tout le temps pour me préparer à ce qui m’arrive aujourd’hui ? »

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