Blog littéraire 2020

Otages de Nina Bouraoui

Sylvie Meyer est une mère de famille comme il en existe des milliers, anonyme et vaillante, une ombre discrète qui se fond dans la société actuelle dont elle constitue l’un des rouages essentiels malgré ce manque de reconnaissance qui fait d’elle une otage. L’otage de sa propre vie, de sa solitude, du désir des autres, de la puissance des hommes et de la perte de ses désirs à elle.

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La case de l’Oncle Tom de Harriet Beecher-Stowe

La Case de l'oncle Tom par Beecher Stowe

C’est une chose de savoir que l’esclavage a existé, c’en est une autre de se confronter à son plus sordide réalisme à travers la crudité d’un récit qui malheureusement ne fait que retranscrire ce que son auteure a vu et entendu, comme elle l’explique en conclusion du livre (version intégrale je précise, et non celle adaptée aux plus jeunes).

Nous sommes au 19ème siècle au Kentucky, dans la propriété de M. Shelby qui possède de nombreux esclaves. Il n’est pas un mauvais maître mais il est criblé de dettes et doit se séparer de son meilleur élément, l’Oncle Tom, aussi dévoué qu’honnête et profondément bon. Peu importe que Tom ait une femme et trois jeunes enfants, il est envoyé dans les États du Sud, le cauchemar des esclaves, qui redoutent par-dessus tout de finir leurs jours dans une plantation de coton menée par des Blancs qui les considèrent ni plus ni moins comme des bêtes de sommes. L’idée, validée par les lois et l’Église, selon laquelle les esclaves sont une race inférieure, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, justifie toutes les cruautés et les abominations que certains justifient sans le moindre état d’âme. Fouet, torture, injures, séparation des mères et des enfants sont le lot quotidien de ces victimes d’un système aussi choquant que totalement arbitraire.

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La femme révélée de Gaëlle Nohant

La femme révélée par Nohant

La femme révélée – Poche 8,20€*

Dans le Paris des années 50 nous découvrons Violet Lee, une jeune américaine en fuite sous une fausse identité qui semble avoir laissé derrière elle toute sa vie.

J’ai mis du temps à entrer dans ce roman car je trouve que la raison de cette fuite nous est dévoilée un peu tardivement, ce qui personnellement m’a empêchée de vraiment m’attacher à cette héroïne mystérieuse. Cependant une fois dedans, j’ai beaucoup apprécié la succession de rencontres qui l’ont à la fois sortie de sa solitude et initiée à la vie parisienne.

Passionnée de photos, son Rolleiflex autour du cou d’un bout à l’autre de sa vie, Violet – ou plutôt Eliza – tente de se réinventer loin de Chicago où elle a pourtant laissé son enfant, sa raison d’être. Tim n’a pas mérité de perdre sa mère, ni celle d’apprendre qu’en fait son père faisait partie de ces hommes qui ont contribué à promouvoir la haine des Noirs et la ghettoïsation de grandes villes du Nord de l’Amérique, souvent au prix de la vie de ses habitants.

Violet se sent tellement menacée qu’elle accepte tant bien que mal la séparation déchirante mais lorsqu’elle revient à Chicago, vingt ans plus tard, elle veut retrouver ce fils perdu. Au printemps 1968 et comme un écho au printemps de Prague, la ville est alors aux prises d’un maire réactionnaire contre lequel Tim et ses amis s’insurgent ; ils promeuvent leurs convictions lors d’émeutes meurtrières, parmi lesquels l’opposition à la guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques.

Je ne m’attendais pas à ce que le contexte historique prenne tant de place et c’est plutôt une bonne surprise car j’ai appris beaucoup de choses, même si du coup le cœur de la vie de Violet passe au second plan tant le traitement de la crise afro-américaine prend en densité et dénonce la violence de la ségrégation existante. 

Un beau roman que je ne regrette pas d’avoir lu en tous cas ! 😉


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 À crier dans les ruines de Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruines - Poche - Alexandra Koszelyk - Achat Livre ou ebook  | fnac

La catastrophe de Tchernobyl est un événement assez peu exploré dans la littérature. Nous le redécouvrons ici sous l’angle de l’exil et de l’absurdité du monde des adultes vécu par Léna, une jeune fille de treize ans au moment du drame, qu’elle va d’abord subir sans le comprendre puisque ses parents ne lui expliquent pas grand-chose et posent rapidement un voile tabou sur leur vie d’avant.

26 avril 1986. Suite à une série d’erreurs et d’imprudences commises par les techniciens de la centrale, un réacteur nucléaire explose, provoquant un incendie monstrueux et l’évacuation progressive des populations locales sous une menace radioactive omniprésente.

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La douleur de Marguerite Duras

La douleur

J’ai démarré cette lecture à l’instinct, sans en connaître ni le thème ni le véritable sujet. De Marguerite Duras, je n’avais lu que L’amant et j’avais moyennement aimé.

Or sans vraiment le chercher c’est le troisième livre en suivant que je lis sur le thème de la seconde guerre mondiale et de l’occupation allemande ! Le récit principal – ce livre contient plusieurs histoires et nouvelles – concerne un couple de résistants dont l’époux a été déporté en 1944 dans les camps de la mort nazis. Dès le début nous nous immergeons avec Marguerite dans la douleur de l’attente et du désespoir de retrouver un jour son compagnon. Nous comprenons peu à peu que même s’il revient, lui-même sera enseveli sous d’autres formes de douleurs relatives à l’indicible horreur de tout ce qu’il aura vécu et à une déchéance physique telle qu’elle lui permettra à peine de survivre. Il ne pourra plus être le même quoi qu’il en soit.

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Blog littéraire 2020, Mes coups de coeurs ❤️

Les cerfs-volants de Romain Gary

Les cerfs-volants

Les cerfs-volants – Poche 10€*

Somptueux. Intense. Si profondément humain. Les dernières pages m’ont tiré des larmes et la hauteur que l’auteur nous fait prendre est au moins celle des cerfs-volants d’Ambroise Fleury dans le ciel bleu d’avant la 2ème guerre mondiale.

Oncle du narrateur, cet ancien facteur passe son temps dans son atelier à fabriquer de magnifiques cerfs-volants aux effigies diverses, de Blum et Pétain aux libellules et autres poissons volants… Il passe aux yeux de tous pour un tendre et bourru doux-dingue que son neveu Ludo adore et dont les créations volantes reflètent symboliquement les espérances et l’accablement d’une France coincée entre la botte des allemands et les têtes brûlées de la résistance.

Au milieu de tout cela, Ludo poursuit son rêve doté de cheveux blonds, d’un joli minois et d’une insolence rare : Lila, son amour depuis toujours, jeune polonaise aristocrate qui l’a foudroyé d’amour dès l’enfance et qu’il n’aura de cesse de poursuivre malgré les innombrables obstacles qui se dresseront entre eux, depuis les prétendants nombreux de la demoiselle jusqu’aux aléas de l’histoire et les tragédies de la seconde guerre mondiale.

À chaque page le talent, la fantaisie, l’humour et la tendresse de Romain Gary font mouche.

L’intensité dramatique monte tout au long du roman et dépeint magistralement la résistance qui s’organise ainsi que l’innombrable palette du cœur des hommes à ce moment-là. Entre petites et grandes lâchetés, héroïsme et instincts primaires, l’Humain se montre tel qu’il est. Changeant, attachant, détestable, universel. C’est là tout le talent de ce brillant et grand auteur, nous faire accéder à l’essence de ce que nous sommes tous au fond de nous.

Un récit magnifique où l’espérance et le rêve maintiennent en vie les disparus. Tant que dans sa tête on ne renonce pas, tout est permis. Faire exister les absents dans son cœur les fait revivre tout court. Pour toujours.

Je vous en livre beaucoup de citations, mais comment faire autrement ? Si je m’étais écoutée j’aurais écorné toutes les pages 😉

« Nous étions encore tous les cinq proches des naïvetés de l’enfance – de ces naïvetés qui sont peut-être la part la plus féconde que la vie nous donne et ensuite nous reprend. »

« L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude. »

« Peut-être faut-il avoir aimé plusieurs femmes pour apprendre à en aimer une seule ? Rien ne peut nous préparer à un premier amour. »

« Le bonheur avait une présence presque audible, comme si l’ouïe, rompant avec les superficies sonores, pénétrait enfin aux profondeurs du silence, cachées jusque-là par la solitude. »

« Je n’étais pas venu pour parler, mais pour me rasséréner ; ce couple qui ne s’était jamais quitté me rassurait par sa permanence ; j’avais besoin de cette durée, de cette vieillesse à deux, de cette promesse. »

« Eh bien, tout arrive, dit-il, ce qui prouve que les rêveurs ont parfois le dernier mot et que tous les rêves ne se cassent pas toujours la gueule. »

« Je n’éprouvai aucune émotion ; mon cœur ne s’affola pas ; j’avais toujours su que la vie n’était pas dépourvue de sens, et qu’elle faisait de son mieux, même s’il lui arrivait de faillir. »

« Je luttai. Je ne voulais pas trahir. Le désespoir est toujours une soumission. »

« Je ne me doutais guère que, de tous nos cerfs-volants perdus, il y en avait un, venu de Pologne, qui monterait plus haut et serait plus près de changer le cours de la guerre que tous les autres qui étaient partis à la poursuite du bleu. »

« La fraternité a parfois une drôle de sale gueule. »


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La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

La goûteuse d'Hitler

La goûteuse d’Hitler – Poche 8,90€*

♥ Coup de cœur ! ♥ Mais quel roman !! Impossible de le lâcher, plus on avance dans la lecture plus on est hameçonné…

Rosa Sauer est une jeune berlinoise née en 1917, amoureuse de son mari Gregor qui a choisi de combattre l’ennemi en s’engageant dans l’armée au tout début de la seconde guerre mondiale. En 1943, ses parents étant morts, elle choisit de rejoindre ses beaux-parents Joseph et Herta à la campagne, près du quartier général d’Hitler, pour attendre ensemble le retour de Gregor. C’est alors qu’elle est recrutée d’office par les nazis pour devenir une goûteuse du Führer, celui-ci craignant qu’on veuille l’empoisonner.

Elle partagera désormais son quotidien avec neuf autres femmes, chacune avec son caractère et son histoire. Leur sort commun les contraindra à s’aimer, se détester, se soutenir ou se trahir, la peur de mourir à chaque coup de fourchette en toile de fond.

L’irruption du lieutenant SS Ziegel à la caserne et dans la vie de Rosa bouscule alors ses certitudes et introduit dans sa vie des nuances qu’elle n’aurait jamais envisagé auparavant.

Ce livre est difficile à résumer tant sa richesse est grande. L’auteure décrit à merveille les émotions de Rosa en guidant le lecteur suffisamment pour qu’il ne se perde pas mais en lui laissant une liberté d’interprétation qui lui permet de construire ses propres représentations à travers les yeux de l’héroïne, et c’est ce qui la rend si profondément humaine. En pointillés surgissent aussi les grands questionnements de cette période si sombre de l’Allemagne, la culpabilité et l’héroïsme, le pire et le meilleur. L’Humain, donc.

Une œuvre foisonnante réellement fascinante, je vous le recommande sans hésitation, même si vous n’aimez pas les livres historiques tant la « petite histoire » domine la grande…

« Nous avons vécu douze ans sous une dictature, presque sans nous en apercevoir ? Qu’est-ce qui permet à des êtres humains de vivre sous une dictature ? Il n’y avait pas d’autre voie, voilà notre alibi. »

« La capacité d’adaptation est la principale ressource des êtres humains, mais plus je m’adaptais et moins je me sentais humaine. »

« Enfermées dans la caserne, nous étions des soldats sans armes, des esclaves de rang supérieur, nous étions quelque chose qui n’existe pas et en effet, hors de Rastenburg, personne n’a jamais su que nous existions. »


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Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir

Petit traité de vie intérieure

À mi-chemin entre philosophie, spiritualité et développement personnel, voilà un petit livre qui fait beaucoup de bien ! Frédéric Lenoir prône la sagesse au sens noble du terme, la « Voie du milieu » de Bouddha…  et nous incite à faire un pas de côté par rapport aux tunnels de nos obligations, au quotidien, à nos rapports parfois compliqués aux autres, au poids de nos émotions qui envahissent tout, à un passé compliqué ou un avenir effrayant… et nous rappelle que « exister est un fait, vivre est un art ».

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La petite fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel

La petite fille de Monsieur Linh – Poche 7,90€*

Merveilleux livre, un portrait tout en finesse et la pudeur d’une écriture simple pour décrire sobrement et magnifiquement la nostalgie, la douleur, le deuil mais aussi la beauté de l’être humain dans ce qu’il a de plus vrai, presque de sacré.

Monsieur Linh est un vieux monsieur qui fuit son pays en guerre, sa petite-fille de six semaines sous le bras, tous deux presque seuls rescapés de leur village en ruines. Au bout d’un long voyage en mer, une terre d’accueil, étrangère et hostile. Mais au milieu de la dévastation et de la peine d’avoir tout perdu, une petite lueur brille. La rencontre avec un autre être humain, qui ne parle pas la même langue que lui, ou plutôt si, le langage universel des déracinés sur terre, des êtres ébréchés qui laissent passer la lumière.

Cette rencontre va permettre à Monsieur Linh de se raccrocher à l’essentiel finalement, le lien à l’autre. Et de ne jamais perdre totalement espoir malgré la vie qui va et lui enlève peu à peu tout ce en quoi il espérait.

La fin m’a tiré des larmes mais je ne peux en dire plus…

Extrêmement touchant, poétique et surprenant, ce court récit m’a enchantée.

Un livre qui me donne envie d’écrire, c’est toujours très bon signe en ce qui me concerne 😉

♥ Bref, vous l’aurez compris, un gros gros coup de cœur ! ♥

« Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes vers le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement sur des épaules. »

« Les mots viennent sur les lèvres de Monsieur Linh, ses vieilles lèvres, minces et craquelées. Et les mots sont un baume qui adoucit ses lèvres, ainsi que son âme. »


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La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun

La Nuit sacrée

La nuit sacrée est un roman de Tahar Ben Jelloun publié en 1987 qui a obtenu le prix Goncourt la même année.

On y découvre le destin d’Ahmed, une jeune fille marocaine dont le père a falsifié l’identité afin de la faire passer pour un homme aux yeux de tous, y compris au sein de sa propre famille.

C’est Ahmed devenue Zahra qui narre son histoire à partir du moment où à 20 ans, lors de la 27ème nuit du ramadan, son père meurt et la libère involontairement de sa prison.

Elle s’enfuit alors, quittant sa mère à moitié folle et ses sœurs inexistantes, et son périple commence. Il y sera question d’identité bien sûr, mais surtout de la place de la femme et du poids des traditions dans la société marocaine, tout au long d’une sorte de quête initiatique au cours de laquelle l’héroïne rencontrera bien des épreuves.

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