Blog littéraire 2021, Mes coups de coeurs ❤️

Le tatoueur d’Auschwitz de Heather Morris

Le tatoueur d'Auschwitz par Morris

Le tatoueur d’Auschwitz – Poche 7,90€*

Coup de cœur pour ce livre à mi-chemin entre réalité et fiction… Inspiré d’une histoire vraie, celle de Lale et Gita, juifs déportés en 1942 dans le camp de la mort tristement célèbre et qui malgré le contexte abominable parviennent à vivre une histoire d’amour au cœur de l’enfer.

Lale est intelligent, polyglotte, rusé et généreux. Rapidement formé pour être le nouveau Tätowierer d’Auschwitz et Birkenau, il est chargé de tatouer un numéro de matricule sur l’avant-bras des nouveaux arrivants destinés au travail, les autres étant tués directement. C’est ainsi qu’il croise pour la première fois le regard de Gita.

Malgré la barbarie et les atrocités quotidiennes qui sont décrites sans complaisance tout au long du récit, Lale parvient à nouer de nombreuses relations au sein des détenus et tâche de ne pas se mettre à dos les SS tous plus froids et impitoyables les uns que les autres. Lale est convaincu que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité, aussi il prend tous les risques pour obtenir des rations supplémentaires de nourriture ou des médicaments pour lui et ses semblables et bien sûr pour marchander de précieux moments avec Gita dont il est éperdument amoureux. Malheureusement rattrapés par la réalité des camps de la mort, les deux jeunes gens devront faire face plus d’une fois à l’insoutenable… Mais Lale a promis à Gita qu’un jour ils seront libres et pourront vivre leur amour où et quand ils l’entendent.

La lecture est addictive car le rythme du roman est rapide et dense, l’écriture descriptive très facile à suivre et l’ascenseur émotionnel fonctionne à plein régime…

J’ai juste regretté une fin très survolée par rapport aux nombreux événements qui s’y produisent et qui contraste par rapport à la densité du reste, mais qui n’enlève en rien mon coup de cœur – pour vous dire, j’ai été tellement happée par mon récit que j’en ai oublié de relever des citations comme je le fais d’habitude ! 😉


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« Suis-je hypersensible ? Enquête sur un pouvoir méconnu » de Fabrice Midal

Suis-je hypersensible ?

Touchée en plein cœur par ce livre qui m’accompagnera longtemps… merci infiniment à son auteur philosophe et écrivain pour avoir posé de tels mots sur un sujet qui pour moi est identitaire. Je me définis par essence comme tout ce qu’il décrit des hypersensibles, et se sentir légitimé(e) à ce point fait un bien fou. J’avais déjà pas mal progressé sur ce chemin, en ce sens que je ne cherche pas à camoufler mon hypersensibilité, de toute façon je n’aurais jamais pu elle se voit trop ! 🙂 mais là ce sont des pistes en or qui nous sont proposées, des chemins qu’on pressentait mais qui nous semblaient hasardeux… et Fabrice Midal nous convainc d’y aller parce que oui, c’est bien par là que se trouve notre bonheur et notre paix intérieure !!

Pour la plupart des gens, être hypersensible signifie simplement « être plus sensible que la normale » mais pas du tout ! Déjà, qu’est-ce que la norme ? Ce concept est fallacieux car personne n’est « normal ». Pour reprendre une citation du livre « Il n’y a pas de normes, tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas ».

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Les années de Annie Ernaux

Les années

Ce livre singulier publié en 2008 chez Gallimard a obtenu le prix Marguerite-Duras, le prix François-Mauriac de la région Aquitaine, le prix de la langue française et le prix Strega européen. Rien que ça !

Je n’avais encore jamais lu d’œuvre de cette grande auteure et je suis heureuse de l’avoir découverte à travers ces mémoires qui ne sont pas seulement les siennes mais celles de toute une génération. Il s’agit d’une sorte d’autobiographie commune, un long déroulé de tous les âges traversés par une femme née durant la seconde guerre mondiale, vu par le prisme de l’évolution sociétale et des grands événements qui ont jalonné ces années-là, de 1940 à 2008.

Pour ma part il s’agit plutôt de la génération de mes parents et j’y vois un bel éclairage de leurs tendres années, ainsi qu’une plongée dans mes propres souvenirs des années 80 et 90 qui paraissent à la fois si loin et si proches !

À partir de photos d’elle prises à différents âges et époques de sa vie, Annie Ernaux retrace les marqueurs troublants de l’évolution de la société, des mœurs, des codes vestimentaires, mais aussi la politique, le féminisme, la naissance de la société de consommation qu’elle décrit vraiment très bien … 

Nous suivons son chemin depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence tourmentée, la découverte de la maternité, l’embourgeoisement, la lassitude, les envies de renouveau, et peu importe notre année de naissance chacune (chacun ?) pourra y retrouver un petit peu de son histoire, de son expérience de vie.

C’est ce qui fait l’originalité de ces confessions un peu mélancoliques, impersonnelles et pourtant si touchantes.

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Le dernier enfant de Philippe Besson

Le dernier enfant par Besson

La discrète et déchirante douleur d’une mère qui voit son dernier enfant quitter la maison est le thème principal de ce joli récit construit autour de personnages très simples en apparence, et dont on lit entre les lignes que tout ne l’est pas autant que ce que l’on pourrait croire.

L’auteur fait le choix de décrire point par point la banalité d’un quotidien et de petits événements qui ne soulèvent pas les passions.  Anne-Marie est une femme de la cinquantaine plutôt terre-à-terre, raisonnable, sans rêves excessifs, heureuse de pouvoir compter sur un mari dont les valeurs correspondent aux siennes.

Leur petit pavillon est modeste mais bien entretenu, les deux aînés ont déjà quitté le nid il y a quelques années, et voilà qu’en ce dimanche morne de fin d’été c’est au tour de Théo de faire ses valises pour aller étudier dans la ville voisine.

Depuis la petite cuisine où elle observe pour la dernière fois son fils beurrer ses tartines en caleçon, jusqu’à sa petite silhouette qui s’éloigne dans le rétroviseur du Kangoo, nous suivons l’installation de Théo comme si on y était. Le départ, la route, les cartons, le petit studio, le repas dans un snack, les adieux dans la rue, le retour dans la maison vide.

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La Vraie Vie de Adeline Dieudonné

La Vraie Vie par Dieudonné

La vraie vie – Poche 7,90€*

♥ Gros coup de cœur pour ce livre bouleversant !! ♥

Entre un père chasseur de gros gibier ultra violent et une mère aussi effacée qu’une amibe, la jeune narratrice âgée de 10 ans ne trouve de réconfort qu’auprès de son petit frère Gilles, ses six ans et son rire plein de dents de lait qu’elle aime tant provoquer. Ensemble, ils ont moins peur et parviennent à s’évader dans un monde acceptable.

Mais dans ce vieux lotissement, un drame se produit devant les enfants, choquant le petit Gilles au point qu’il ne parvient plus ni à parler ni à rire, devenant comme absent de lui-même. Il change tant que sa sœur ne vit plus que dans l’espoir d’inventer une machine à remonter le temps pour effacer cet accident de leur mémoire.

Lorsqu’elle réalisera que ce projet est impossible, elle construira son « royaume » autrement, à la fois pour échapper aux griffes de son père et pour ramener son petit frère à la vie. Nous la suivons alors jusqu’à ses 15 ans, le cœur serré d’angoisse et de compassion, admiratifs de cette force intérieure qui la pousse à se dépasser pour entrer à pieds joints dans la « vraie vie ».

Un roman d’apprentissage sur fond de cruauté et d’espoir, d’une densité à couper le souffle, si juste, profond et authentique dans la restitution des émotions de sa jeune héroïne qu’il m’a fait plusieurs fois monter les larmes aux yeux…

A lire absolument ! En une soirée pour moi 😉

« Tout me semblait irréel. Le jardin, la piscine, le romarin, la nuit qui tombait. Ou plutôt, nimbé d’une réalité nouvelle. La réalité sauvage de la chair et du sang, de la douleur et de la marche du temps, linéaire, impitoyable. Mais surtout, la réalité de cette force que j’avais entendue rire quand le corps du vieux s’était effondré. Ce rire qui n’était ni en moi ni à l’extérieur. Ce rire qui était partout, en tout, comme cette force. Elle pouvait me trouver n’importe où. Nulle part où me cacher. Et si je ne peux pas me cacher, rien n’existe. Rien d’autre que le sang et la terreur. »

« Il y a des choses qu’on ne peut pas accepter. Sinon on meurt. Et je n’avais pas envie de mourir. »

« Puis, sous ses gros sourcils, il a fait quelque chose de curieux. Il n’a pas bougé. Et, en même temps, il m’a prise dans ses bras. Avec ses yeux. »

« J’ai fait un effort pour pleurer, je sentais que c’était nécessaire, un réflexe de survie. Je donnais de grands coups de pioche pour dégager ma source intérieure. Je n’ai pas eu besoin de creuser longtemps. Les larmes ont jailli en un déluge salé sur mon oreiller. »


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1984 de George Orwell

S’il faut lire une dystopie, c’est évidemment celle-ci ! J’ai profité d’avoir les deux exemplaires, en texte et version graphique, pour me lancer enfin 😉

Effrayant, glaçant, à la fois réaliste et visionnaire dans ce que pourrait être un régime totalitariste poussé à l’extrême, nous suivons avec épouvante les tribulations de Winston Smith, citoyen d’Oceania rattaché au Parti Extérieur. Cette société est fondée sur trois castes, le Parti Intérieur au sommet, cerveau de Big Brother, cette figure symbolique et incarnée par un visage moustachu placardé partout ; le Parti extérieur qui est en quelque sorte le bras exécutant du Parti Intérieur, et les prolétaires, sous-caste presque assimilée à des animaux incapables de réfléchir et tout juste bonne à survivre dans des conditions matérielles déplorables.

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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Né d'aucune femme

Amateurs de littérature sombre, foncez ! Les autres, comme moi, si vous êtes curieux allez-y mais respirez un grand coup avant… Franchement je ne m’attendais pas du tout à autant de noirceur mais après tout de temps en temps il faut bien aussi sortir de sa zone de confort 😉

Dans ce monde rural ancien, la vie est rude, austère voire misérable. Le père de Rose, l’aînée d’une fratrie de quatre sœurs, a bien du mal à nourrir toute la famille et il commet alors l’irréparable ; pour quelques pièces sonnantes et trébuchantes il vend sa fille au maître du domaine des forges. Il regrettera son geste et culpabilisera mais le mal est fait. Agée de quatorze ans à peine, la jeune fille découvre alors l’enfer sur terre et le diable en personne incarné par ce maître abominable et « la vieille », sa mère aussi cruelle que lui.

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Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils

Un roman subtil et rare sur un thème pourtant éculé de la littérature, voilà pour moi ce qu’est parvenue à réaliser l’auteure de Histoire du fils, livre court et dense qui se lit d’une seule traite (en deux fois pour moi).

Au-delà de la relation entre une mère et son fils, il s’agit avant tout de l’histoire d’une famille issue du monde rural sur plusieurs générations que nous suivons de 1908 à 2008. La brièveté du roman est d’ailleurs surprenante au regard de cette longue durée – 100 ans !- mais l’auteure saisit les moments clés avec tant de grâce et de force qu’on se laisse happer au cœur du destin de chacun des personnages. Nous suivons particulièrement celui d’André, né de père inconnu, et de sa mère Gabrielle qui a confié à sa sœur Hélène le soin de l’élever.

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Petit pays de Gaël Faye

Petit pays – Poche 7,90€*

❤️ Coup de cœur ❤️ pour ce livre poignant, brut et poétique, dont l’intensité dramatique n’en finit plus de nous prendre aux tripes…Gaby est heureux. Comme tous les petits garçons du monde, rien ne lui fait plus plaisir que de profiter de joies simples en compagnie de ses parents et de sa petite sœur Ana.

Ils vivent au Burundi et rapidement nous comprenons qu’entre son père français et sa mère rwandaise réfugiée politique, rien ne va plus.

La grande force de ce livre est de nous faire partager le point de vue d’un enfant de 10 ans qui tente de comprendre la vie, celle de ses parents, de sa famille, de son pays…

Rien n’est simple mais au fond de la petite impasse où ses copains et lui vivent, ce petit monde préservé du malheur et des guerres, il se fabriquera des souvenirs inoubliables, à coup de mangues dérobées, de baignades dans la rivière, de fous rires et d’engueulades. La vie, comme elle devrait être. Malgré la séparation de ses parents, Gaby profite des joies de son âge.

Et puis comme il dit, les choses commencent, il ne sait pas trop de quelle manière. À 10 ans, et même à 11, on ne sait pas comment ces choses là arrivent. On ne sait même pas que c’est possible. Alors on apprend, vite. On décille les yeux sur la violence et les douleurs, sur l’indicible.

Entre deux coups d’état, la vie bascule peu à peu de l’autre côté du miroir, une vie auparavant impensable dans la petite impasse tranquille. Une vie où il faut dormir dans le couloir pour éviter les balles perdues. Une vie qui ne vaudrait plus grand chose selon que l’on est un Hutu ou un Tutsie.

La fracture vécue par ceux qui ont traversé de telles épreuves ne peut qu’être terriblement profonde. L’auteur restitue les événements avec une humanité si puissante que j’ai réellement lu les dernières pages en immersion totale, sans pouvoir m’arrêter.

Encore une preuve magnifique du pouvoir de la littérature, tellement plus fort et plus parlant que les images de l’actualité. 🙏

« On l’écoutait sans bouger, ou alors seulement les oreilles comme les hippopotames qui flottent dans les eaux du port. »

« Un vent chaud nous enveloppait, s’enroulait un instant autour de nous et repartait au loin, enroulant avec lui de précieuse promesses. Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas sur terre, un carré d’exil ou ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

« Gino comprenait toujours ce que disaient les grandes personnes. C’était son handicap. »

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »


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