Blog littéraire 2020

Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq

(nc) extension du domaine de la lutte

Bon. Je voulais découvrir cet auteur depuis longtemps, mais avec toutes les polémiques qui entourent son œuvre je ne savais pas par où commencer. J’ai donc décidé de lire son premier roman, Extension du domaine de la lutte, court récit désabusé d’un informaticien solitaire de 30 ans qui observe à la loupe ses congénères et élabore des théories sur la marche du monde.

Une chose est à peu près sûre : je ne réitérerai pas l’expérience, qui malheureusement confirme tous mes a priori. Alors bien sûr, l’écriture est talentueuse, les descriptions percutantes, et parfois même dans les meilleurs moments du livre j’ai aimé sa façon faussement naïve de croquer les personnages, un peu à la façon de David Foenkinos (mais la comparaison s’arrête vraiment là!!). Quelques rires, donc, lorsqu’il caricature des chefs d’entreprise ou des personnages de société qui nous ont tous agacés à un moment ou à un autre… Si le cynisme en était resté à ce second degré tout au long du livre, j’aurais pu l’aimer.

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Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita – Poche 9,40€*

♥ Coup de coeur ! ♥ Un livre envoûtant, d’une puissance rare, où les mots percutent autant qu’ils caressent, mêlant l’insoutenable à l’espoir d’un avenir meilleur.

C’est l’histoire bouleversante et vraie d’une petite fille enlevée à 7 ans dans son village du Darfour à la fin du 19ème siècle, berceau d’une enfance paisible, un paradis perdu qu’elle essaiera de se remémorer durant sa vie entière. Malheureusement le traumatisme est trop grand, le choc lui ôtera jusqu’à la mémoire de son vrai prénom. Bakhita, c’est celui que lui donneront les marchands d’esclaves, ceux qui maltraitent ces hommes et femmes d’Afrique arrachés à leur terre d’origine d’une façon qu’il serait impossible de concevoir sans lire les sévices et l’inhumanité totale et absolue dont ils font preuve. C’est une lecture difficile de ce point de vue-là, tant les détails crus et l’injustice brutale et barbare, la bêtise alliée à la cruauté sont présents à chaque page ou presque.

La deuxième partie du livre nous permet de respirer un peu mieux, grâce à l’irruption de certaines personnes dans la vie de Bakhita qui enfin la considèrent comme ce qu’elle est, une victime solitaire et perdue dans un monde hostile. Peu à peu, elle passe du statut d’esclave à celui de domestique, même si on sent bien que la frontière est mince pour certains… Nous suivons son émouvant cheminement en admirant sa capacité de résilience malgré la souffrance, et cet élan naturel vers les plus faibles et les plus démunis qu’elle conserve intact toute sa vie, jusqu’à se dévouer entièrement à l’humanité en choisissant d’entrer dans les ordres.

« Les enfants l’aiment comme on aime celle qui ne vous trahira jamais. Elle sent le chaud et sa voix est lente et grave. Elle est noire comme une nuit douce, elle est celle que l’on trouve tout de suite au milieu des autres, la pas-pareille, une enfant géante, et ceux qui rentrent chez eux le soir n’en parlent pas, ils gardent pour eux la découverte de leur Moretta Bella et serrent les lèvres quand leurs parents leur demandent si la négresse a le mauvais œil. »


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White de Bret Easton Ellis

White

Le pitch était alléchant… « Une analyse décapante de la société américaine qui ressasse ses obsessions : dictature des réseaux sociaux, culture du like, politiquement correct, victimisation érigée en art, hystérisation du débat public, surtout autour de Trump… » Tout cela est vrai, mais il faut attendre une bonne moitié du livre avant d’y arriver, durant laquelle si on n’a pas de solides connaissances en cinéma et processus de réalisation de films, on s’ennuie prodigieusement, ce qui a été mon cas 🙄😉

La seconde partie m’a plus captivée, même si j’ai regretté un jugement que je trouve facile et erroné envers la jeune génération.

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J’irais nager dans plus de rivières, de Philippe Labro

J'irais nager dans plus de rivières

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en démarrant ce livre, qui au départ m’a d’ailleurs désarçonnée, je trouvais que les souvenirs de l’auteur arrivaient en désordre, sans réel enchaînement, un peu comme une compilation de tous les personnages célèbres qu’il a rencontrés dans sa vie et quelques moments personnels suffisamment forts pour être racontés ici. Ce n’est pas vraiment une autobiographie car il ne s’agit pas d’un déroulé précis de la vie de Philippe Labro, et puis il donne tant d’importance aux autres !

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Par amour de Valérie Tong Cuong

Par amour

Par amour – Poche 8,20€*

♥ Coup de coeur ! ♥ J’en ai eu les larmes aux yeux, plusieurs fois… Quel beau livre, un page turner pour moi, dès les premières lignes j’ai été embarquée par l’histoire de cette famille prise dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, avec le point de vue des femmes et des enfants, des résistants, des civils, des sacrifiés. L’histoire démarre par l’exode des havrais dont la ville fut massacrée par les alliés, et se poursuit par le long cauchemar des bombardements et de l’invasion allemande. J’ai particulièrement aimé la description du quotidien des personnages, leurs préoccupations, leurs liens et la peur primaire que chacun ressent pour les siens. C’est toute la beauté du livre. Qu’il s’agisse de l’amour de Joseph pour sa petite sœur Marline devenue muette, de celui de Muguette pour ses enfants, de sa sœur Émélie pour les siens, de celui qui unit ces deux dernières ou bien encore de l’amour conjugal, les drames que tous vivent subliment les liens qui les unissent. Malgré les horreurs de la guerre, il n’y a pas de renoncement, pas d’abdication. Les âmes sont fortes.

Le récit est enlevé, très vivant, et l’écriture est belle ! Un livre qui fait du bien à tous les niveaux, en ce moment c’est précieux 😉


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Les déraisons de Odile d’Oultremont

Les déraisons par d'Oultremont

Un beau livre original et fantasque, comme Louise, artiste peintre loufoque convaincue qu’il faut continuer à danser, sourire et colorer le quotidien malgré son Honey Pops comme elle le surnomme, autrement dit son cancer des poumons qui la grignote jour après jour, au grand désespoir d’Adrien, son amoureux éperdu aussi raisonnable et rangé qu’elle est anticonformiste et joyeusement chaotique.

L’union de ces deux-là fait partie des arcs-en-ciel que la vie propose. À l’aide d’une plume riche et d’images contrastées, l’auteure nous ouvre la porte de l’univers d’un couple résolument atypique. Poétique et tendre, ce texte aborde avec finesse et originalité des thèmes universels, la vie, la maladie, l’amour, l’absurdité d’un certain monde du travail…

Le rapport à la mort quant à lui est dessiné de telle sorte que malgré sa dimension dramatique, grâce à l’amour, elle devient – un peu plus – acceptable. Peut-être.

« Il s’approcha de son visage, la flaira à coups d’inspirations brèves et saccadées, l’odeur de sa peau inchangée, le velouté du derme aussi régulier qu’une surface aqueuse, le dos bombé de l’océan quand l’aube débarque sa lumière. »

« Alors, se tatouer ainsi, en lieu et place de ses anciens cheveux, une panoplie botanique inspirée de ses souvenirs d’enfance, et la partager avec des mouflets du bout d’un pastel lui offrait la certitude qu’au caractère insensé du cancer se mêlait aussi de la joie. »

« On dirait qu’il devient comme Louise, et puis comme lui aussi, chacun à un moment de sa vie, destiné à ne plus tourner très rond ou à tourner autrement, il y a tant de manières de tracer des cercles. »

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Un jour viendra couleur d’orange de Grégoire Delacourt

Un jour viendra couleur d'orange

Un livre comme un cri, pour réveiller les hommes et les jeter hors d’une vision étroite de l’existence qui les mine lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. Les désillusions sont rudes, alors la colère gronde.

Nous sommes en pleine révolte des gilets jaunes, la France d’en bas se soulève, réclame des comptes et la justice sociale à coups de barricades sur les ronds-points et de manifs destructrices.

Et au milieu, deux enfants purs tentent de s’extraire de cette folie des hommes. Geoffroy est un être à part et sa différence résonne comme un espoir. C’est ce qui fait toute la force de ce livre et qui lui donne sa beauté. Au lieu de victimiser un enfant harcelé, inadapté, l’auteur s’empare de ses richesses et nous les offre en cadeau. Djamila, une belle jeune fille aux yeux verts véronèse, s’éprend de ce garçon étrange qui la rassure et l’apaise. Deux âmes pures qui tentent de s’extraire ensemble de la violence insoutenable des agressions et de la stigmatisation.

Une belle leçon d’amour maternel aussi, sans conditions, immense, aussi beau que le monde est fou. Le père de Geoffroy à l’inverse devra cheminer avant d’accepter son enfant différent. Il usera sa colère sur fond de revendications sociales et finira peut-être par comprendre que l’essentiel est ailleurs. Dans les yeux de son fils ?

La plume de Grégoire Delacourt est toujours aussi percutante et vive, les phrases courtes claquent et nous emportent… j’ai été extrêmement touchée par cette histoire, que je vous recommande chaudement.

« Geoffroy aimait mille, dix mille morceaux d’elle. Le tout, c’était impossible puisqu’il ne percevait pas la beauté d’un ensemble. Djamila adorait être comme un puzzle à ses yeux. Cela rendait chaque millimètre d’elle infiniment plus précieux. »

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Solénoïde de Mircea Cartarescu

Solénoïde

Quelle claque ! Ce livre hypnotique est un monument et son auteur un grand écrivain, un maître de la littérature, j’en suis toute éblouie !

Pourtant ce n’était pas gagné au départ : un pavé de 800 pages présenté comme le « journal halluciné d’un homme ayant renoncé à devenir écrivain », entre univers kafkaïen, allégories, métaphysique et réalisme, je ne savais pas si j’accrocherais tellement la frontière entre rêve et réalité est poreuse tout au long du livre.

J’ai pourtant accédé à un autre monde littéraire et je vois ce livre comme une porte d’entrée vers des univers que jusqu’ici je n’avais encore jamais exploré.

Cette phrase résume assez bien la longue quête existentielle qui torture l’auteur tout au long du livre (et de sa vie ?…) : « Qu’est ce monde ? Dans quelle folie solidifiée et étrange m’est-il donné de vivre ? Vais-je survivre assez longtemps pour trouver la réponse ? Pour trouver la sortie ? Comprendrai-je un jour, du fond de ma solitude, cet appareil d’un autre monde qu’est ma vie ? »

Dès le début, malgré l’étrangeté du récit, l’écriture de Mircea Cartarescu m’a percutée par sa force et sa virtuosité. La maîtrise des mots est stupéfiante, amateurs de belles lettres foncez ! Certains passages sont un peu ardus car l’auteur se perd dans les circonvolutions de son monde intérieur, mais il nous y entraîne le bougre ! Et parfois nous égare pour mieux nous rattraper à la page d’après… pour vraiment apprécier il faut accepter l’immersion.

Faire un pas de côté et s’interroger sur le sens de l’existence, échapper au tunnel d’obligations qui nous font tourner en rond comme une souris dans un labyrinthe, voilà probablement quelques unes des pistes que nous apporte la lecture de ce livre majeur.

Ça a été pour moi une réelle découverte, fortuite qui plus est, puisque ce livre au départ a été offert à mon fils, mais je suis ravie d’avoir été curieuse. Comme le dit M. Cartarescu les livres sont des fentes magiques à travers lesquelles on peut apercevoir le cerveau des autres (il le dit bien mieux mais c’est l’idée!) : il en fait lui-même une belle illustration.

NB : je souligne aussi l’extrême finesse de la traduction.

« Le fait que je ne sois pas devenu écrivain, que je n’aie aucune importance dans le monde extérieur, que rien de lui ne m’intéresse, que je n’aie pas d’ambitions ni de besoins, que je ne me leurre pas moi-même en dessinant « avec sensibilité et talent » sur les murs lisses du labyrinthe des portes qui ne s’ouvriront jamais, me donne une chance unique, ou peut-être la chance de tous ceux qui sont seuls et oubliés : celle d’explorer les vestiges étranges de mon propre cerveau tels qu’ils m’apparaissent au fil interminable des soirées où, dans l’ombre qui descend progressivement sur ma chambre silencieuse, mon cerveau se lève comme la lune et rayonne avec de plus en plus de force. Je vois alors à sa surface des palais et des mondes cachés, qui restent invisibles à ceux qui trottent dans le labyrinthe, obsédés par le petit morceau de fromage, sans un moment de répit, convaincus que c’est tout ce qui leur est échu en ce monde et qu’il n’y a rien, de l’autre côté des parois blanches et courbes. »

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Gatsby le magnifique, de F. Scott Fitzgerald

Un classique de la littérature américaine qui ne m’a pas plus emballée que ça… probablement un manque de disponibilité de ma part, mais quand même, les premiers chapitres m’ont perdue à travers tous ces personnages frivoles qui à mon sens manquaient vraiment de consistance. On s’attache un tout petit peu au narrateur, puisque c’est à travers ses yeux que l’on découvre le monde de Gatsby, cet homme fortuné qui organise des soirées somptueuses pour une société américaine privilégiée dans le New York des années 20, au cours desquelles malgré sa qualité d’hôte il reste plus spectateur qu’acteur…

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Un petit carnet rouge, de Sofia Lundberg

Quel beau livre! Malgré son destin tragique, Doris a fait front toute sa vie. Nous la découvrons au gré de ses rencontres et de la narration de son épopée entre la Suède, la France et les États-Unis, des années 30 à nos jours.

À 96 ans, elle vit seule à Stockholm et poursuit l’écriture de sa vie à partir de son petit carnet rouge, qui contient le nom des gens ayant compté pour elle, en bien ou en mal, et dont la plupart sont rayés aujourd’hui, accompagnés de la mention « décès ».

Elle est d’un courage à toute épreuve et d’une ténacité hors pair. Une vraie héroïne!

Lorsqu’elle rencontre Allan, sa vie bascule. Je ne ne peux en dévoiler plus à ce sujet sans révéler l’intrigue, alors je vous livrerai juste les derniers mots que j’en ai lus et qui résument si bien cette histoire poignante :

« L’Amour.

Ce n’est qu’un mot. Mais il contient tant de choses.

Finalement il n’y a que l’amour qui compte.

As-tu aimé assez? »

Et vous? Avez-vous aimé assez?………. 😉