Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°14

SUR LA PHOTO

Ma fille sautille gaiement autour de moi. J’ignore si elle a réellement saisi les enjeux de cette journée, l’émotion suscitée par le grand déplacement que nous venons d’accomplir, ses grands-parents et moi. Depuis le temps que je les sollicite, ils ont enfin accepté.

Il fait si chaud aujourd’hui ! Cette robe légère qui caresse mes jambes, ce doux pétillement de limonade que je sirote doucement en faisant tinter les glaçons…

Je savoure pleinement mon retour à la vie, dans tous les sens du terme. Je me remets à peine d’un grave accident de voiture, survenu l’hiver dernier, et depuis ma vie se colore sans cesse de nouveaux arcs-en-ciel. Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°14 »

Blog littéraire 2020

L’âge de discrétion de Simone de Beauvoir, Folio

Quelle écrivaine, décidément. Je n’ai pas lu tous ses ouvrages, mais je trouve qu’elle a une modernité et une sincérité d’écriture qui permettent de la lire sans aucune lassitude à n’importe quelle époque, peu importe l’âge que l’on ait.

Il s’agit ici d’un récit très court. L’âge de discrétion explore le passage des années lorsqu’on atteint la soixantaine, un âge délicat où l’on peut vite glisser du côté de ceux qui ne créent plus, qui n’ont symboliquement plus d’avenir, comme le laisse entendre André, son mari chercheur désabusé. Ou bien on peut aussi continuer d’y croire et se servir de son vécu pour transmettre encore et encore. Cette posture optimiste, celle de l’auteure au début de son livre, n’empêchera pas les écueils de la vie et sera mise à mal par celui en qui elle croyait le plus : son fils, qui désavoue littéralement ses valeurs.

Elle sombre alors, se bat, relève la tête et nous la suivons au gré de ses réflexions profondes et toujours d’actualité. Non, la vie n’est pas finie quand on a 60 ans 😉

« Autrefois je me berçais de projets, de promesses ; maintenant, l’ombre des jours défunts veloute mes émotions, mes plaisirs. »

« Mon passé donne de l’épaisseur au présent. Intellectuellement on domine mieux les questions ; on oublie beaucoup, d’accord, mais même ce qui est oublié reste à notre disposition, d’une certaine façon. »

« Au galop mes jours s’échappent et en chacun d’eux je languis. »

Blog littéraire 2020

En l’absence des hommes de Philippe Besson, 10/18

J’ai découvert Philippe Besson par Arrête avec tes mensonges, que j’avais lu en une soirée, happée par son écriture à la fois dense et urgente. En l’absence des hommes est son premier livre, mais déjà tout son univers et sa patte d’écrivain sont là.

Il s’agit d’une histoire d’amour particulière en été 1916, une passion entre Vincent de l’Étoile, jeune aristocrate de 16 ans qui tente d’échapper à la morosité de ses journées en ébauchant une relation affectueuse avec un grand écrivain mondain, et Arthur, jeune soldat en permission qui subit l’horreur des tranchées et la violence des armes au quotidien.

Le grand écrivain n’est autre que Marcel Proust, et les liens platoniques qui se nouent entre Vincent et lui relèvent à la fois d’un attachement authentique et d’une sorte de fascination réciproque, en contrepoint de la passion physique reliant Arthur et Vincent.

C’est un texte fort, travaillé, mêlant récit et échange épistolaire, qui retranscrit parfaitement l’état de tension alors inhérent à la Grande Guerre.

J’ai tout de même préféré Arrête avec tes mensonges, plus actuel et moins mélancolique à mon sens…

« J’aime ce siècle qui commence, qui porte mes espérances, qui sera le mien. »

Blog littéraire 2020

L’attrape-soucis de Catherine Faye, Mazarine

Les premières pages de ce livre m’ont stressée ! Un jeune français de 11 ans dont la mère se volatilise en plein Buenos Aires et qui erre en s’accrochant aux laissés-pour-compte qu’il rencontre sur son périple… j’avoue avoir continué ma lecture avant tout pour savoir ce qu’il adviendrait de lui !

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Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°13

AU BOUT DE NOS RÊVES

« Et elle court toute la journée 
Elle court de décembre en été
De la nourrice à la baby-sitter
Des paquets de couches au biberon de quatre heures
Et elle fume, fume, fume même au petit déjeuner…
 »

(Jean-Jacques Goldman)

J’écoute d’une oreille distraite cette rengaine de mes treize ans, apprise alors par cœur tant j’aimais son auteur. Je fredonne encore la mélodie de ma jeunesse.

– On peut changer ? C’est nul les vieilles chansons.

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Blog littéraire 2020

La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès

« La vieillesse est une victoire ». Et ce livre aussi, à coup sûr. J’ai été saisie par les mots de Grégoire Delacourt, et plus encore peut-être par la postface si touchante de son livre, car il semble alors répondre en temps réel aux interrogations qui jaillissent à peine la dernière phrase lue. Effectivement, comment fait-il pour « se mettre à ce point dans la peau d’une femme » ? La finesse des ressentis, des émotions qui traversent la jeune fille, la mère, l’épouse, le féminin à tous les âges de la vie est troublante, percutante de vérité.

Il répond alors par une phrase de Sagan (ma dernière chronique d’ailleurs, la boucle est bouclée) « aimer c’est comprendre ». Monsieur Delacourt, laissez-moi vous dire que vous nous comprenez bien… 😉

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Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°12

LES ANGES AU PETIT JOUR

Ma vie d’infirmière est pleine de surprises. Je peux croiser en une seule journée plus de destins brisés ou d’histoires merveilleuses que vous n’en verrez peut-être jamais au cours de votre vie.

Tenez, aujourd’hui par exemple, en pédiatrie. On m’annonce l’entrée d’un bébé de six mois qui aurait fait un arrêt respiratoire. On ne sait pas encore pourquoi, aussi je m’étonne de l’expression radieuse de ses parents. Ce petit garçon est la copie conforme de son père. Mêmes oreilles en pointe, mêmes fossettes, mêmes yeux noirs et longs cils recourbés. C’est tellement saisissant que je m’en ouvre aux parents. Nouveaux sourires aux anges. Devant mon air dubitatif, ils s’excusent, s’expliquent, mi-gênés, mi-ravis. Le papa surtout, qui semble en adoration devant son fils, me regarde, ému. Lire la suite « Recueil de nouvelles – Extrait n°12 »

Écrire

Chronique Et entendre ton rire

Avatar de meuraieles lectures de Meuraie

et entendreCe livre m’a été proposée par son auteure, après ma lecture du premier tome. Je la remercie pour cette nouvelle lecture.

Résumé de l’auteure :

Mathieu et Clémence partent en mission humanitaire au Burkina Faso en tant que médecin et infirmière. Le danger terroriste est partout, et lorsque Clémence s’attache à un nouveau-né orphelin, elle ignore ce que la vie lui réserve.
Dans le Sud de la France, leurs amis Paul et Julia obtiennent un agrément pour être famille d’accueil et reçoivent Alice, une enfant qui ne parle plus.
Rien à priori ne semble réunir ces deux petites filles blessées, chacune sur un continent, qui croisent sur leur chemin de belles âmes. Et pourtant…
Comment l’amour se mesure-t-il face à la violence et aux risques du monde ? Les couples y survivront-ils ? Les enfants pourront-ils rire à nouveau ?

Mon avis :

J’ai tout bonnement adoré ce roman!

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Blog littéraire 2020

Un certain sourire de Françoise Sagan, Pocket

Un certain sourire

Ce roman court se déguste comme une petite friandise sucrée salée, tendre et acidulée. Léger et profond à la fois, le ton moderne contraste avec certaines expressions désuètes et charmantes qui donnent à l’ensemble la classe et la distance d’une photo noir et blanc.

Et pourtant, le fond de l’histoire est universel. Une jeune étudiante qui s’ennuie avec son petit ami tombe amoureuse d’un séduisant quadragénaire, marié et comptant bien le rester, tout en profitant des charmes de cette relation joyeuse et (parce que ?) éphémère. Trouver un équilibre dans cette situation, par nature faite pour ne pas durer, est impossible. Et puis les attentes ne sont pas les mêmes, les espérances et les désillusions non plus. On n’aime plus de la même façon à 40 ans qu’à 20… et la petite Dominique va l’apprendre à ses dépens.

J’aime bien la plume de Françoise Sagan, sa sensibilité à fleur de peau, sa sincérité. Et je pense que nous pouvons tous nous retrouver à un moment donné dans les tourments délicats de cette vie « tranquille et déchirante » qu’elle décrit. Rien de grave, aurait-on envie d’ajouter à la dernière ligne de son roman… Vraiment ?

« Je souffrais. Je me disais que je souffrais, avec curiosité, ironie, n’importe quoi, pour éviter cette évidence lamentable d’un amour malheureux. »

« Le désespoir, c’était ce grelottement, ce demi-rire intérieur, cette apathie obsédée. Je n’ai jamais tant souffert. Je me disais que c’était le dernier sursaut, mais qu’il était dur. »

Blog littéraire 2020, Mes coups de coeurs ❤️

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin, Albin Michel

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Les oubliés du dimanche – Poche 9,20€*

Gros coup de cœur ! Ce roman m’a bouleversée, une montée en puissance rare qui prend aux tripes et vous coupe le souffle sur les dernières pages…

Au départ j’ai acheté ce livre uniquement parce que j’avais adoré Changer l’eau des fleurs de la même auteure, avec la crainte de ne pas retrouver cet univers familier qui m’avait séduite, mais rapidement l’envoûtement a fonctionné à nouveau, grâce notamment à un scénario riche, des personnages hauts en couleur et une trame foisonnante. Tout comme dans Changer l’eau des fleurs, on ne s’y perd pas, au contraire même on s’attache à tout ce petit monde, aux rituels, aux habitudes, aux détails de la vie quotidienne qui donnent du relief aux grands rebondissements des destinées individuelles.

Valérie Perrin a réellement un don pour raconter les histoires, de vraies histoires, avec des analepses, des rebondissements inattendus, des secrets (et quels secrets ! accrochez-vous 😉), des non-dits qui nous tiennent en haleine d’un bout à l’autre du livre. On y revient vite parce qu’on n’a pas le choix, on veut savoir ce qu’il advient de ces personnages simples auxquels on s’attache fort. J’adore cette façon de les serrer au plus près tout en leur donnant de la hauteur pour que l’on puisse aussi comprendre les grandes lignes de leur vie.

En un très bref résumé, Justine est aide-soignante dans une maison de retraite, elle est jeune, sensible, à l’écoute des personnes âgées qu’elle adore et s’attache particulièrement à l’une d’entre elles, Hélène. Au fur et à mesure du livre, on découvre en parallèle le passé de la vieille dame à l’époque de la seconde guerre mondiale, sa grande histoire d’amour avec Lucien, et l’histoire dramatique de la famille de Justine, qui a perdu ses parents et son oncle dans un accident de voiture lorsqu’elle était enfant.

La plume de Valérie Perrin, légère et sensible, réaliste et poétique, juste, nous embarque complètement.

Une auteure à suivre et un vrai bon moment de lecture que je ne peux que vous recommander !

« Sous le chêne, elle s’arrête d’abord à quelques centimètres de l’oiseau. C’est la mouette. Sa mouette ! Celle qui la suit comme une ombre depuis qu’elle est petite. Celle qu’elle observe dans le ciel, quand elle veut se laver les yeux des phrases qu’elle ne parvient pas à lire. Celle qu’elle dessine avec l’ombre de ses doigts contre le mur de l’atelier. Elle existe vraiment. Elle n’est pas le fruit de son imagination. »

 « Il faut toujours mettre de la vérité dans ses rêves, ou le contraire. »


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