Blog littéraire 2021

Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils

Un roman subtil et rare sur un thème pourtant éculé de la littérature, voilà pour moi ce qu’est parvenue à réaliser l’auteure de Histoire du fils, livre court et dense qui se lit d’une seule traite (en deux fois pour moi).

Au-delà de la relation entre une mère et son fils, il s’agit avant tout de l’histoire d’une famille issue du monde rural sur plusieurs générations que nous suivons de 1908 à 2008. La brièveté du roman est d’ailleurs surprenante au regard de cette longue durée – 100 ans !- mais l’auteure saisit les moments clés avec tant de grâce et de force qu’on se laisse happer au cœur du destin de chacun des personnages. Nous suivons particulièrement celui d’André, né de père inconnu, et de sa mère Gabrielle qui a confié à sa sœur Hélène le soin de l’élever.

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Blog littéraire 2021, Mes coups de coeurs ❤️

Petit pays de Gaël Faye

Petit pays – Poche 7,90€*

❤️ Coup de cœur ❤️ pour ce livre poignant, brut et poétique, dont l’intensité dramatique n’en finit plus de nous prendre aux tripes…Gaby est heureux. Comme tous les petits garçons du monde, rien ne lui fait plus plaisir que de profiter de joies simples en compagnie de ses parents et de sa petite sœur Ana.

Ils vivent au Burundi et rapidement nous comprenons qu’entre son père français et sa mère rwandaise réfugiée politique, rien ne va plus.

La grande force de ce livre est de nous faire partager le point de vue d’un enfant de 10 ans qui tente de comprendre la vie, celle de ses parents, de sa famille, de son pays…

Rien n’est simple mais au fond de la petite impasse où ses copains et lui vivent, ce petit monde préservé du malheur et des guerres, il se fabriquera des souvenirs inoubliables, à coup de mangues dérobées, de baignades dans la rivière, de fous rires et d’engueulades. La vie, comme elle devrait être. Malgré la séparation de ses parents, Gaby profite des joies de son âge.

Et puis comme il dit, les choses commencent, il ne sait pas trop de quelle manière. À 10 ans, et même à 11, on ne sait pas comment ces choses là arrivent. On ne sait même pas que c’est possible. Alors on apprend, vite. On décille les yeux sur la violence et les douleurs, sur l’indicible.

Entre deux coups d’état, la vie bascule peu à peu de l’autre côté du miroir, une vie auparavant impensable dans la petite impasse tranquille. Une vie où il faut dormir dans le couloir pour éviter les balles perdues. Une vie qui ne vaudrait plus grand chose selon que l’on est un Hutu ou un Tutsie.

La fracture vécue par ceux qui ont traversé de telles épreuves ne peut qu’être terriblement profonde. L’auteur restitue les événements avec une humanité si puissante que j’ai réellement lu les dernières pages en immersion totale, sans pouvoir m’arrêter.

Encore une preuve magnifique du pouvoir de la littérature, tellement plus fort et plus parlant que les images de l’actualité. 🙏

« On l’écoutait sans bouger, ou alors seulement les oreilles comme les hippopotames qui flottent dans les eaux du port. »

« Un vent chaud nous enveloppait, s’enroulait un instant autour de nous et repartait au loin, enroulant avec lui de précieuse promesses. Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas sur terre, un carré d’exil ou ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

« Gino comprenait toujours ce que disaient les grandes personnes. C’était son handicap. »

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »


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Blog littéraire 2020

La douleur de Marguerite Duras

La douleur

J’ai démarré cette lecture à l’instinct, sans en connaître ni le thème ni le véritable sujet. De Marguerite Duras, je n’avais lu que L’amant et j’avais moyennement aimé.

Or sans vraiment le chercher c’est le troisième livre en suivant que je lis sur le thème de la seconde guerre mondiale et de l’occupation allemande ! Le récit principal – ce livre contient plusieurs histoires et nouvelles – concerne un couple de résistants dont l’époux a été déporté en 1944 dans les camps de la mort nazis. Dès le début nous nous immergeons avec Marguerite dans la douleur de l’attente et du désespoir de retrouver un jour son compagnon. Nous comprenons peu à peu que même s’il revient, lui-même sera enseveli sous d’autres formes de douleurs relatives à l’indicible horreur de tout ce qu’il aura vécu et à une déchéance physique telle qu’elle lui permettra à peine de survivre. Il ne pourra plus être le même quoi qu’il en soit.

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Les cerfs-volants de Romain Gary

Les cerfs-volants

Les cerfs-volants – Poche 10€*

Somptueux. Intense. Si profondément humain. Les dernières pages m’ont tiré des larmes et la hauteur que l’auteur nous fait prendre est au moins celle des cerfs-volants d’Ambroise Fleury dans le ciel bleu d’avant la 2ème guerre mondiale.

Oncle du narrateur, cet ancien facteur passe son temps dans son atelier à fabriquer de magnifiques cerfs-volants aux effigies diverses, de Blum et Pétain aux libellules et autres poissons volants… Il passe aux yeux de tous pour un tendre et bourru doux-dingue que son neveu Ludo adore et dont les créations volantes reflètent symboliquement les espérances et l’accablement d’une France coincée entre la botte des allemands et les têtes brûlées de la résistance.

Au milieu de tout cela, Ludo poursuit son rêve doté de cheveux blonds, d’un joli minois et d’une insolence rare : Lila, son amour depuis toujours, jeune polonaise aristocrate qui l’a foudroyé d’amour dès l’enfance et qu’il n’aura de cesse de poursuivre malgré les innombrables obstacles qui se dresseront entre eux, depuis les prétendants nombreux de la demoiselle jusqu’aux aléas de l’histoire et les tragédies de la seconde guerre mondiale.

À chaque page le talent, la fantaisie, l’humour et la tendresse de Romain Gary font mouche.

L’intensité dramatique monte tout au long du roman et dépeint magistralement la résistance qui s’organise ainsi que l’innombrable palette du cœur des hommes à ce moment-là. Entre petites et grandes lâchetés, héroïsme et instincts primaires, l’Humain se montre tel qu’il est. Changeant, attachant, détestable, universel. C’est là tout le talent de ce brillant et grand auteur, nous faire accéder à l’essence de ce que nous sommes tous au fond de nous.

Un récit magnifique où l’espérance et le rêve maintiennent en vie les disparus. Tant que dans sa tête on ne renonce pas, tout est permis. Faire exister les absents dans son cœur les fait revivre tout court. Pour toujours.

Je vous en livre beaucoup de citations, mais comment faire autrement ? Si je m’étais écoutée j’aurais écorné toutes les pages 😉

« Nous étions encore tous les cinq proches des naïvetés de l’enfance – de ces naïvetés qui sont peut-être la part la plus féconde que la vie nous donne et ensuite nous reprend. »

« L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude. »

« Peut-être faut-il avoir aimé plusieurs femmes pour apprendre à en aimer une seule ? Rien ne peut nous préparer à un premier amour. »

« Le bonheur avait une présence presque audible, comme si l’ouïe, rompant avec les superficies sonores, pénétrait enfin aux profondeurs du silence, cachées jusque-là par la solitude. »

« Je n’étais pas venu pour parler, mais pour me rasséréner ; ce couple qui ne s’était jamais quitté me rassurait par sa permanence ; j’avais besoin de cette durée, de cette vieillesse à deux, de cette promesse. »

« Eh bien, tout arrive, dit-il, ce qui prouve que les rêveurs ont parfois le dernier mot et que tous les rêves ne se cassent pas toujours la gueule. »

« Je n’éprouvai aucune émotion ; mon cœur ne s’affola pas ; j’avais toujours su que la vie n’était pas dépourvue de sens, et qu’elle faisait de son mieux, même s’il lui arrivait de faillir. »

« Je luttai. Je ne voulais pas trahir. Le désespoir est toujours une soumission. »

« Je ne me doutais guère que, de tous nos cerfs-volants perdus, il y en avait un, venu de Pologne, qui monterait plus haut et serait plus près de changer le cours de la guerre que tous les autres qui étaient partis à la poursuite du bleu. »

« La fraternité a parfois une drôle de sale gueule. »


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La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

La goûteuse d'Hitler

La goûteuse d’Hitler – Poche 8,90€*

♥ Coup de cœur ! ♥ Mais quel roman !! Impossible de le lâcher, plus on avance dans la lecture plus on est hameçonné…

Rosa Sauer est une jeune berlinoise née en 1917, amoureuse de son mari Gregor qui a choisi de combattre l’ennemi en s’engageant dans l’armée au tout début de la seconde guerre mondiale. En 1943, ses parents étant morts, elle choisit de rejoindre ses beaux-parents Joseph et Herta à la campagne, près du quartier général d’Hitler, pour attendre ensemble le retour de Gregor. C’est alors qu’elle est recrutée d’office par les nazis pour devenir une goûteuse du Führer, celui-ci craignant qu’on veuille l’empoisonner.

Elle partagera désormais son quotidien avec neuf autres femmes, chacune avec son caractère et son histoire. Leur sort commun les contraindra à s’aimer, se détester, se soutenir ou se trahir, la peur de mourir à chaque coup de fourchette en toile de fond.

L’irruption du lieutenant SS Ziegel à la caserne et dans la vie de Rosa bouscule alors ses certitudes et introduit dans sa vie des nuances qu’elle n’aurait jamais envisagé auparavant.

Ce livre est difficile à résumer tant sa richesse est grande. L’auteure décrit à merveille les émotions de Rosa en guidant le lecteur suffisamment pour qu’il ne se perde pas mais en lui laissant une liberté d’interprétation qui lui permet de construire ses propres représentations à travers les yeux de l’héroïne, et c’est ce qui la rend si profondément humaine. En pointillés surgissent aussi les grands questionnements de cette période si sombre de l’Allemagne, la culpabilité et l’héroïsme, le pire et le meilleur. L’Humain, donc.

Une œuvre foisonnante réellement fascinante, je vous le recommande sans hésitation, même si vous n’aimez pas les livres historiques tant la « petite histoire » domine la grande…

« Nous avons vécu douze ans sous une dictature, presque sans nous en apercevoir ? Qu’est-ce qui permet à des êtres humains de vivre sous une dictature ? Il n’y avait pas d’autre voie, voilà notre alibi. »

« La capacité d’adaptation est la principale ressource des êtres humains, mais plus je m’adaptais et moins je me sentais humaine. »

« Enfermées dans la caserne, nous étions des soldats sans armes, des esclaves de rang supérieur, nous étions quelque chose qui n’existe pas et en effet, hors de Rastenburg, personne n’a jamais su que nous existions. »


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Écrire

~ Futur Tome 2! ~ ☆ L’Étoile du nord ☆

Pour vous remercier du bel accueil que vous avez fait à mon Étoile du nord et pour vous faire patienter jusqu’en 2021, je vous livre en cadeau les deux premiers chapitres du tome 2 (ainsi qu’un avant-goût de la future couverture!), tout frais pondus ou presque puisque j’en suis maintenant au chapitre 15 ! ☺

J’espère que vous retrouverez avec plaisir les émotions de Charles ♥

Belle lecture !!

1

Pourquoi est-elle si belle ? C’est presque douloureux, tant de grâce. C’est indécent.

Elle est seule au milieu de la scène, petite icône solitaire et droite, juchée sur ses pointes, la couronne fière. Elle claque dans ses mains à l’orientale et offre son visage à un prince imaginaire. Charles se concentre sur ses yeux. De loin, on dirait qu’elle pleure.

Sa voisine de droite remue sans cesse sur son fauteuil et il en éprouve une gêne incommensurable. Il compte dans sa tête pour se calmer, pour ne pas l’insulter. De précieuses secondes s’égrènent avant qu’il n’y parvienne. Au prix d’une accélération dangereuse de son rythme cardiaque, il se soustrait aux frottements bruyants des vêtements sur le velours du fauteuil, aux accents écœurants du parfum musqué, à cette proximité envahissante, insupportable, comme celle de tout le public présent autour de lui dont il devine les ombres inquiétantes vaguement mobiles.

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Blog littéraire 2020

Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir

Petit traité de vie intérieure

À mi-chemin entre philosophie, spiritualité et développement personnel, voilà un petit livre qui fait beaucoup de bien ! Frédéric Lenoir prône la sagesse au sens noble du terme, la « Voie du milieu » de Bouddha…  et nous incite à faire un pas de côté par rapport aux tunnels de nos obligations, au quotidien, à nos rapports parfois compliqués aux autres, au poids de nos émotions qui envahissent tout, à un passé compliqué ou un avenir effrayant… et nous rappelle que « exister est un fait, vivre est un art ».

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La petite fille de Monsieur Linh, de Philippe Claudel

La petite fille de Monsieur Linh – Poche 7,90€*

Merveilleux livre, un portrait tout en finesse et la pudeur d’une écriture simple pour décrire sobrement et magnifiquement la nostalgie, la douleur, le deuil mais aussi la beauté de l’être humain dans ce qu’il a de plus vrai, presque de sacré.

Monsieur Linh est un vieux monsieur qui fuit son pays en guerre, sa petite-fille de six semaines sous le bras, tous deux presque seuls rescapés de leur village en ruines. Au bout d’un long voyage en mer, une terre d’accueil, étrangère et hostile. Mais au milieu de la dévastation et de la peine d’avoir tout perdu, une petite lueur brille. La rencontre avec un autre être humain, qui ne parle pas la même langue que lui, ou plutôt si, le langage universel des déracinés sur terre, des êtres ébréchés qui laissent passer la lumière.

Cette rencontre va permettre à Monsieur Linh de se raccrocher à l’essentiel finalement, le lien à l’autre. Et de ne jamais perdre totalement espoir malgré la vie qui va et lui enlève peu à peu tout ce en quoi il espérait.

La fin m’a tiré des larmes mais je ne peux en dire plus…

Extrêmement touchant, poétique et surprenant, ce court récit m’a enchantée.

Un livre qui me donne envie d’écrire, c’est toujours très bon signe en ce qui me concerne 😉

♥ Bref, vous l’aurez compris, un gros gros coup de cœur ! ♥

« Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes vers le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement sur des épaules. »

« Les mots viennent sur les lèvres de Monsieur Linh, ses vieilles lèvres, minces et craquelées. Et les mots sont un baume qui adoucit ses lèvres, ainsi que son âme. »


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La nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun

La Nuit sacrée

La nuit sacrée est un roman de Tahar Ben Jelloun publié en 1987 qui a obtenu le prix Goncourt la même année.

On y découvre le destin d’Ahmed, une jeune fille marocaine dont le père a falsifié l’identité afin de la faire passer pour un homme aux yeux de tous, y compris au sein de sa propre famille.

C’est Ahmed devenue Zahra qui narre son histoire à partir du moment où à 20 ans, lors de la 27ème nuit du ramadan, son père meurt et la libère involontairement de sa prison.

Elle s’enfuit alors, quittant sa mère à moitié folle et ses sœurs inexistantes, et son périple commence. Il y sera question d’identité bien sûr, mais surtout de la place de la femme et du poids des traditions dans la société marocaine, tout au long d’une sorte de quête initiatique au cours de laquelle l’héroïne rencontrera bien des épreuves.

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Blog littéraire 2020

Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq

(nc) extension du domaine de la lutte

Bon. Je voulais découvrir cet auteur depuis longtemps, mais avec toutes les polémiques qui entourent son œuvre je ne savais pas par où commencer. J’ai donc décidé de lire son premier roman, Extension du domaine de la lutte, court récit désabusé d’un informaticien solitaire de 30 ans qui observe à la loupe ses congénères et élabore des théories sur la marche du monde.

Une chose est à peu près sûre : je ne réitérerai pas l’expérience, qui malheureusement confirme tous mes a priori. Alors bien sûr, l’écriture est talentueuse, les descriptions percutantes, et parfois même dans les meilleurs moments du livre j’ai aimé sa façon faussement naïve de croquer les personnages, un peu à la façon de David Foenkinos (mais la comparaison s’arrête vraiment là!!). Quelques rires, donc, lorsqu’il caricature des chefs d’entreprise ou des personnages de société qui nous ont tous agacés à un moment ou à un autre… Si le cynisme en était resté à ce second degré tout au long du livre, j’aurais pu l’aimer.

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