Blog littéraire 2023

Liv Maria de Julie Kerninon

Un portrait de femme remarquablement bien écrit, à la fois juste et pudique, tout en retenue.

Liv Maria grandit sur une île bretonne, entre un père norvégien qui lui fait aimer les livres, et une mère taiseuse dont elle admire la force et la ténacité. Un beau jour, suite à un événement malheureux, Liv doit s’exiler à Berlin. À dix-sept ans, elle tombe follement amoureuse de son professeur d’été, Fergus, un homme marié qui repartira pourtant en Irlande tout en lui promettant de lui écrire. Sans nouvelles de lui, le coeur de Liv Maria se brise.

Le temps passe, la jeune femme s’endurcit et poursuit sa route en menant une vie aventureuse et prospère en Amérique du Sud, au milieu des chevaux. Elle rencontre un homme qui sera son amant durant de nombreuses années, sans jamais rien lui offrir en retour, car déjà engagé par ailleurs.

Et puis un beau jour, lasse d’errer sans but, Liv Maria tombe amoureuse de Flynn, son futur mari et père de ses enfants, sans savoir que cette rencontre allait la renvoyer dans un passé qu’il devient alors interdit de révéler.

À travers l’histoire de Liv, ce sont de vraies questions de fond qui sont posées sur la vie des femmes, leur identité, le poids de leur vie propre et du secret, la façon dont elles s’appartiennent encore malgré l’injonction qui leur est faite de donner leur corps et leur âme à leurs proches… et comment s’en libérer?

Un dilemme qui fera écho à beaucoup d’interrogations que les mères de famille sont en droit de se poser dans la société actuelle.

Bref, un très beau livre que je vous recommande sans hésitation!

« Depuis plus d’une décennie, elle essayait de toutes ses forces d’être cette femme stable, cette épouse, cette mère de famille. Elle ne manquait pas de générosité, ni d’attention, elle était là et debout, elle faisait les choses, mais sous le vacarme de la vie quotidienne elle continuait d’entendre la ligne de basse de son propre coeur, de ce qui n’était qu’à elle. »

Blog littéraire 2023

La disparition de Josef Mengele de Olivier Guez

On ne sort pas indemne de lectures comme celle-ci.

On a beau savoir, se confronter à l’histoire d’un monstre hideux comme ce médecin nazi qui jusqu’à la fin de sa vie n’a jamais regretté les atrocités innommables ni les milliers de crimes perpétrés durant les années où il était surnommé l’Ange de la mort à Auschwitz, c’est comme regarder la mort en face. C’est désespérer à jamais de l’humanité.

Le récit démarre à l’arrivée de Mengele en Argentine, et relate de façon ultra documentée l’histoire de sa fuite, de sa presque renaissance et de la chasse aux nazis dont il fût – enfin – victime sur la fin de sa vie. Ce n’est pas pour autant qu’il regrettera ses actions passées, bien au contraire. Grâce à un improbable réseau de solidarité familiale et le soutien nauséabond de fanatiques du 3ème Reich, il parvient même à voyager et revenir en Europe avant de s’installer définitivement en Amérique du sud, où son exil aura finalement eu raison de lui, mais pas la justice des hommes, à laquelle il échappera toujours.

La vermine s’accroche, résiste, et fait des petits… un livre tel que celui-ci nous rappelle à quel point le devoir de mémoire est essentiel. Ne pas oublier, c’est le fondement de l’humanité, et l’un des grands pouvoirs de la littérature.

Blog littéraire 2023

La belle famille de Laure de Rivières

Un thriller psychologique qui m’a tenue en haleine du début à la fin…

L’auteure explore finement les mécanismes de l’emprise, des personnalités borderline et de la difficulté à vivre avec une personne atteinte d’un trouble invisible, qui n’émerge que dans l’intimité du foyer, et encore…

Manon Jackson est une jeune fille de vingt ans métisse, belle comme le jour, qui atterrit par hasard au sein d’une famille ultra catholique, limite intégriste. Au départ, elle devait simplement aider la mère de famille, qui sortait alors de l’hôpital pour une raison inconnue, à gérer ses cinq enfants en bas âge au quotidien.

Mais le décès subit de cette dernière précipite Manon dans une autre configuration, dans laquelle sa présence devient essentielle à la survie de cette famille en perdition. Elle travaille désormais comme nounou à temps plein chez les Leprince, et s’attache si fort aux enfants qu’elle ne peut plus envisager de partir, sacrifiant alors ses projets personnels et ses études en pointillés.

Au cours de l’été suivant, un lien inattendu s’installe entre elle et Thierry Leprince, et nous découvrons un nouveau visage à ce père de famille traditionnaliste, dont le comportement évolue d’une manière si insidieuse qu’on a du mal à identifier à quel moment tout bascule.

Manon est ingénue, entière, pleine d’empathie, et nous aimerions penser comme elle que l’amour peut suffire. Mais la vie n’est pas un conte de fées… surtout lorsqu’on apprend que cette histoire chorale et addictive est inspirée de faits réels…

En bref, une très belle découverte !

Blog littéraire 2023

La valse lente des tortues de Katherine Pancol

Le tome 2 est un pavé comme le tome 1, mais cette fois-ci je connaissais déjà les personnages et leur histoire donc j’ai mis beaucoup moins de temps pour entrer en immersion dans l’univers un peu baroque de l’auteure.

J’ai retrouvé avec plaisir Joséphine, décidément très attachante, à qui j’ai pu facilement m’identifier… Tout comme dans le premier opus, elle poursuit ses efforts pour s’affirmer, oser être elle-même et s’autoriser à aimer et être aimée malgré les traumatismes du passé.

Iris, sa grande sœur parfaite, est toujours aussi odieuse malgré sa chute après la révélation publique qui l’a faite passer pour une usurpatrice aux yeux de tous, lorsque la fille aînée de Joséphine a annoncé que c’était sa mère et non sa tante qui avait écrit un best-seller en se faisant passer pour elle…

Les enfants grandissent, les personnages évoluent, les histoires d’amour fleurissent, quelques crimes mystérieux pimentent le tout, jusqu’à un dénouement assez inattendu…

Bref, même si pour l’instant j’en reste là (envie de lire autre chose après deux tomes de 700 pages chacun !), l’ensemble reste une trilogie bien sympathique pour les vacances.

Blog littéraire 2023

Free love de Tessa Hadley

Une histoire d’émancipation de la femme dans les années 60 en Angleterre, qui explore un choix de vie non conventionnel à une époque où la jeune génération souhaitait faire table rase du vieux monde et bousculer l’ordre établi.

Phyllis Fisher est une épouse modèle de la bourgeoisie aisée. Jolie femme au foyer et mère de deux enfants, elle s’étiole dans cette vie confortable et plan-plan, jusqu’à ce soir où elle rencontre Nicky, le fils de leurs amis. La vingtaine, d’une nonchalance insolente qui lui est inconnue, le jeune homme la fascine. Sans réfléchir ou en donnant l’impression de ne pas le faire, elle l’embrasse et se laisse happer par tout ce qu’elle redécouvre de sa sensualité endormie.

C’est le début d’une longue quête, celle de sa libération, mais aussi de l’affranchissement d’un système aliénant que Phyllis cherche à dépasser pour se reconstruire une vie dont elle sera seule responsable.

Le parallèle entre sa révolution personnelle et celle qui éclate en 1968 ajoute de l’intérêt à l’ensemble, mais je ne suis décidément pas très sensible à la littérature anglaise, qui cette fois encore m’a un peu perdue dans des détails sans fin qui pour moi noient la richesse psychologique de l’œuvre.

Mais ce n’est que mon avis ! 😉🙈

Blog littéraire 2023

Les ailes collées de Sophie de Baere

Un roman initiatique poignant et douloureux, sur l’acceptation, l’identité et les ravages du harcèlement …

Mais aussi une ode à l’amour de façon universelle, celui qui unit deux êtres quel que soit leur genre, par-delà les conventions et les années.

Lire la suite « Les ailes collées de Sophie de Baere »
Blog littéraire 2023

Underground Railroad de Colson Whitehead

Un roman dur et palpitant sur l’esclavage dans la Géorgie d’avant la Guerre de Sécession, couronné par le National Book Award 2016 et le Prix Pulitzer 2017.

Cora, seize ans, décide de s’enfuir de la plantation de coton où elle tente de survivre malgré les innombrables agressions et punitions sans objet dont elle est victime quotidiennement. Sa mère Mabel l’a précédée en l’abandonnant derrière elle ; pour Ridgeway, chasseur d’esclaves renommé qui a déjà laissé échapper Mabel, retrouver la fille de cette dernière est une question d’honneur, presque de vie ou de mort. Sa cruauté n’ayant d’égale que celle du maître de Cora, la vie de celle-ci tient à un fil. Activement recherchée en Caroline du Nord où elle s’établit quelques temps, la jeune fille subira une longue et terrorisante traque avant de fuir plus loin encore, dans l’Indiana.

Tout au long de sa route, elle se heurtera à une haine sauvage, un racisme primaire et bestial qui pousse la plupart des Blancs à lyncher ses semblables sans autre forme de procès.

Le chemin de fer clandestin offre alors une possibilité surprenante, celle de disparaître sous terre pour fuir les lieux les plus dangereux grâce à l’action d’une poignée d’hommes incroyablement courageux. La symbolique est forte, le fond de l’Histoire est vrai : il existait réellement à cette époque un réseau de routes secrètes appelé « Chemin de fer », que l’auteur a eu l’idée ingénieuse de concrétiser dans son roman pour illustrer la puissance de la libération des chaînes de l’esclavage.

Une lecture marquante et nécessaire, qui éclaire et dénonce de façon magistrale la problématique raciale aux États-Unis.

Blog littéraire 2023

Grandir un peu de Julien Rampin

Un roman doux, frais, pétillant, qui se lit comme on boirait une limonade bien fraîche lorsqu’il fait un peu trop chaud …

Raymonde a 87 ans, un look improbable, une gouaille fort sympathique et une petite chienne qui s’appelle Pétasse. Elle a aussi et surtout son petit-fils Lucas, la trentaine nonchalante et de magnifiques cheveux blonds ; et puis Jeanne, qui vient de quitter son mari et postule à son annonce pour lui servir de dame de compagnie.

Tout ce petit monde fonctionne à merveille, les blessures des uns venant réparer celles des autres… Lucas qui préfère les garçons et ne s’est jamais vraiment remis du profond rejet de son père, Jeanne l’invisible qui souffre de ne pas avoir d’enfants, Raymonde qui apprivoise tant bien que mal l’arrivée du grand âge…

Jusqu’au jour où… la vie les pousse dans leurs retranchements, et les fait grandir… encore un peu.

Une plume sensible qui nous parle de la vie avec tendresse et légèreté, sans s’appesantir, définitivement du côté lumineux.

« Cette fin, qui nous guette tous, avait sur lui l’effet d’un baume. Rien ne pouvait être réellement grave : l’idée de la mort déposait un voile sur les choses. À la fin, plus rien n’avait d’importance.« 

Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

La doublure de Mélissa Da Costa

La doublure – Poche 10,40€*

Fascinant. Je savais pour l’avoir lu maintes fois sur les réseaux qu’il s’agissait d’un roman sombre très différent des codes habituels de Melissa Da Costa, dont j’ai par ailleurs aimé tous les livres, mais je ne m’attendais malgré tout pas à ça ! Cette noirceur, cette perversité croisée avec une certaine naïveté, l’univers des paradis artificiels et des relations toxiques… bref, j’ai été tenue en haleine d’un bout à l’autre du livre, peut-être justement parce que j’ai été réellement surprise par cette volte-face inattendue et talentueuse de la part d’une auteure décidément surprenante.

Evie est une jeune femme simple, elle vient de se séparer de son petit ami et cherche un boulot sur les quais à Marseille lorsqu’elle est abordée par Pierre Manant, un homme charmant qui l’invite à monter sur son yacht et lui propose de devenir l’assistante de sa femme Clara, alias Calypso Montant, une artiste peintre obsédée par la noirceur.

Evie accepte et entre alors dans la vie de ce couple richissime et glamour sans percevoir l’engrenage dans lequel elle met le doigt. Après lui avoir demandé de la remplacer lors de ses représentations publiques, Clara fait en sorte qu’Evie devienne aussi son double dans la vie privée, sa part lumineuse, y compris dans ses relations avec son mari. Le climat toxique s’accentue de jour en jour, entretenu par les soirées festives au cours desquelles Pierre initie Evie à la cocaïne. Rapidement accro, celle-ci ne sait plus démêler pour qui ni pour quoi elle accepte de faire tout ce que Clara lui demande. Elle tente de se rebeller pour échapper à la toile dans laquelle elle est empêtrée mais l’artiste torturée ne l’entend pas de cette oreille.

La tension monte alors jusqu’à en devenir insoutenable, et… je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais sachez que ce livre s’adresse quand même à un public averti ! Pour le coup, amateurs de feelgood passez votre chemin, celui-là n’est pas pour vous 😉


* En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. 

Blog littéraire 2023

Comme un enchantement de Nathalie Hug

Effectivement, ce livre est un enchantement!

Une petite merveille de poésie, à mi-chemin entre la fable et le roman, contant le destin d’Eddie, orpheline trentenaire qui a décidé à l’âge de seize ans, celui où elle a perdu ses parents, de renoncer à toute forme d’attachement. Ne pas souffrir, faire l’autruche, se protéger contre une quelconque relation durable, tels sont ses credos lorsqu’elle apprend fortuitement qu’elle se trouve être l’unique héritière d’un vieux château en ruines au fin fond d’une vallée oubliée de la région de Parme.

Le castello est hanté, lui serinent les habitants du village qui ne comprennent pas son obstination à vouloir faire renaître de ses cendres le vieil édifice resté désert depuis la mort de son unique occupant, Giuseppe Giangrandi, le grand-oncle italien d’Eddie.

Mais la jeune femme est tombée sous le charme de ces lieux envoûtants et fera tout pour convaincre son séduisant notaire de la laisser accepter cette succession pour le moins atypique.

En parallèle, nous comprenons rapidement que le petit Jo, tombé raide amoureux d’Eddie lorsqu’il était ado, fera tout pour la conquérir grâce aux multiples coups de pouce d’un destin facétieux.

L’ensemble est riche de descriptions savoureuses, l’écriture tendre et légèrement décalée, bref un joli petit moment de lecture.