Blog littéraire

Dîner à Montréal de Philippe Besson

Quel plaisir de retrouver la plume si fine de Philippe Besson. Son analyse du sentiment amoureux, de la perte d’un être aimé et de retrouvailles inattendues, des années plus tard, sonne si juste.

Ce roman très intimiste est le dernier d’un triptyque dont j’avais lu le premier « Arrête avec tes mensonges » ; je découvrais alors cet auteur et l’avais immédiatement adoré. Je n’ai pas lu le 2ème mais ce n’est pas indispensable pour saisir les enjeux du récit.

Lors d’une séance de dédicaces à Montréal, le narrateur retrouve son amour de jeunesse, celui avec qui il avait vécu un amour clandestin, un élan si fort qu’il a marqué la vie entière de l’auteur et probablement influencé toutes les rencontres qui ont suivi. Ce texte raconté à la première personne est si troublant de vérité qu’on ne sait distinguer l’autobiographie de la fiction, ce qu’il explique d’ailleurs si bien lorsqu’il évoque la genèse de ses romans.

Lorsque l’on retrouve une personne qu’on a aimé follement vingt ans après la rupture, qu’en reste-t-il ? Comprendre les choix de l’autre après tant d’années, entendre les mots tant attendus, espérés… on retient notre souffle et on assiste, invités à leur table, à la nostalgie d’une évocation de ce qui fût pour l’un et l’autre, et pour des raisons différentes, un grand amour.

« Oui, évidemment, on écrit avec ce que l’on a vécu, ce qui nous a traversé, ce serait impossible de faire autrement, impossible, quel écrivain pourrait faire abstraction de ce qu’il est, de ce qui l’a construit, mais avec ce matériau, il faut s’efforcer de faire de la littérature ; la vie ça ne fait pas un livre, jamais, la vie réécrite ça peut en faire un. »

« Non, les romanciers ne pensent pas aux conséquences de ce qu’ils écrivent, encore heureux, ils ne doivent pas avoir conscience du danger, ils ne doivent pas se soumettre à la prudence, s’ils le font, ça donne des livres sans aspérités, sans risques, des livres pour ne pas déplaire. »

« – On ne se défait pas si facilement d’un sentiment comme celui-ci. Ça avait eu le temps de s’ancrer, de grandir, ça avait presque tout envahi. Mais pas comme une maladie, je sais ce que c’est la maladie, plutôt comme quelque chose de végétal, comme une plante qui prolifère, qui s’enroule. »

« Alors oui, je t’ai aimé longtemps, après. »

« Les histoires qui ont compté, quoi qu’on en dise, ne cessent jamais de nous hanter. »

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