Blog littéraire

Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese

Les étoiles s'éteignent à l'aube par Wagamese

Si vous aimez Steinbeck et la littérature américaine, n’hésitez surtout pas à vous plonger dans cette splendide odyssée à travers l’ouest du Canada, entre le Pacifique et les chaînes montagneuses.

J’ai été saisie par ce périple initiatique dans lequel Franklin Starlight, un jeune homme de seize ans, recherche ses origines en accompagnant son père Eldon jusqu’à sa dernière demeure. Ce dernier souhaite être enterré comme un guerrier, dans la tradition des indiens ojibwé dont il est issu. Mais Eldon est détruit par l’alcoolisme et son fils peine à le mener en haut de la montagne. Peu à peu, nous découvrons pourquoi Eldon a eu tant de mal à vivre une vie digne de celle de ses ancêtres, l’origine de toutes ses failles et les multiples épreuves auxquelles il a été confronté.

À l’inverse, son fils Franklin est impressionnant de droiture, de dignité et de force ; il semble à lui seul incarner ce que ses origines indiennes ont de plus beau. Capable d’affronter un ours adulte comme de vivre du produit de sa pêche, le jeune garçon débrouillard a tiré un bel enseignement des années passées auprès du vieil homme, comme il l’appelle, celui qui sans être son père l’a élevé et a pris soin de lui depuis sa plus tendre enfance. Les raisons de l’abandon paternel sont révélées peu à peu au fil du récit, et font voir Eldon sous un nouveau jour à Franklin en même temps que son déclin inéluctable. Eldon est en train de mourir et les deux hommes vont cheminer tant bien que mal au milieu de cette nature sauvage, un paysage rude et magnifique qui accompagne à merveille les mots rares et douloureux que le père prononce à l’intention de son fils à la lueur d’un feu de camp. On ne sait pas si ces mots permettront le pardon ou l’apaisement. On sait juste qu’ils étaient nécessaires.

« Le père regarda le garçon avec humilité. Il y avait dans ses yeux une profondeur que le garçon n’avait jamais vue, un malheur, un espace désolé dans lequel toute la lumière semblait s’infiltrer et disparaitre, ce qui le mit mal à l’aise, alors il détourna les yeux. »

« — D’accord. Mais tu sais pas ?

Sais pas quoi ? demanda le vieil homme.

On en est un peu tous les deux au même point, lui et moi.

Vraiment ?

Ben, il connaît rien à c’que c’est d’être père et moi je connais rien à c’que c’est d’être fils. Ça fait qu’on est presque pareils, il me semble.

Le vieil homme serra solennellement les lèvres, puis il se pencha pour poser les deux mains sur les épaules du garçon. Il le regarda droit dans les yeux et le garçon se sentit mal à l’aise.

Tu sais tout ce qu’il faut savoir sur ce qu’est être un fils. Tu peux me faire confiance. »

« Ils marchaient avec les raquettes pendant deux heures, faisaient un feu et buvaient du thé fort, et dans ce monde froid et stérile, le garçon en venait à voir Noël comme un moment où la nature et sa vacuité étaient parfaites. De temps à autre le vieil homme lui racontait une histoire. Mais c’était l’émotion du silence au milieu duquel ils marchaient qu’il préférait. La nature endormie. L’atmosphère ouatée dans laquelle même les sons étaient absorbés et se matérialisaient dans l’immense blancheur inviolable de l’hiver. Dans sa tête, c’était ça Noël. »

« Lorsqu’ils passèrent la limite des arbres au niveau de la crête, les derniers nuages s’étaient écartés et le soleil avait repris possession du ciel à l’ouest. Les nuages étaient à présent pommelés de nuances mordorées et il pensa que c’était bien la seule cathédrale qu’il lui faudrait jamais. »

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