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Marx et la poupée de Maryam Madjidi

Marx et la poupée par Madjidi

J’aime les livres sur le thème de l’exil, du déracinement, de la difficulté à trouver sa place entre deux mondes, l’un qui rejette et l’autre qui accueille mal voire pas du tout. Comment se construire entre deux identités, deux cultures ? Comment construire son rapport au monde lorsqu’on ne sait pas auquel on appartient, ni celui dont on se sent le plus proche, et le cas échéant comment ne pas culpabiliser, comment ne pas trahir les uns ou les autres en cherchant juste à être soi-même et ne pas se laisser engloutir dans des abîmes de nostalgie d’un pays perdu à jamais, de racines au vent, d’une errance qui ne trouve nulle part où s’ancrer ?

Le récit de Maryam est un peu décousu, à l’instar des souvenirs qui jaillissent tels quels ou de pensées, d’émotions indociles et authentiques, et nous découvrons au fil de ses confidences les difficultés de l’intégration d’une famille persane communiste, réfugiée politique dans les années 80 au cœur de Paris. L’auteure nous livre d’abord son point de vue d’enfant avec une sensibilité et une sincérité touchantes, et partage avec nous l’évolution de cette double appartenance qui la distinguera toujours, pour le meilleur ou pour le pire.

L’écriture est vive et possède la double caractéristique d’être à la fois poétique et ancrée dans le réel, ce qui donne à la lecture une grande fluidité.

Dans la veine de Leïla Slimani, Alice Zeniter ou encore Abnousse Shalmani, prix Goncourt du Premier roman en 2017, Marx et la poupée est un livre à lire 😉

« Abbâs, c’est une étoile filante : il n’aura pas une longue vie parce que son cœur, un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner. Un jour, son cœur explosera et j’espère que le monde sera éclaboussé de son amour. Moi je le regarde et je lis tout ça dans ses grands yeux noirs intenses de vie. »

« Et puis on avait une étrange manière de marcher sur le chemin de la vie : un pied en France et un pied là-bas. Petites marionnettes désarticulées. On ressemblait à des enfants ayant grandi trop vite, vieux avant l’heure. Ils me tendaient un miroir dans lequel je ne voulais pas me voir. Je ne voulais pas être différente. Je voyais une balafre sur leur visage. La balafre de ceux que l’exil a coupé en deux. Je voulais la gommer et réécrire mon histoire à grands coups de normalité, d’unité, de francisation. »

« Alors le pays enveloppe la petite fille de son manteau royal de lys et d’élite. Ils marchent ensemble vers un grand édifice de liberté, d’égalité et de fraternité. Des bouts de papier dansent au-dessus de leur tête : bulletins scolaires élogieux, félicitations méritées, poèmes applaudis tourbillonnent joyeusement et accompagnent leurs pas. Le persan, assis un peu à l’écart sur un banc, les regarde s’éloigner. Vieille femme pensive, encerclée d’une épaisse solitude, balayant du bout de sa canne quelques feuilles et déchets et les vieux rêves du passé. »

« Elle se souvient et voit son père au milieu du champ de blé flamboyant. Il travaille la terre et elle l’imagine métamorphosé en arbre pour l’éternité. Elle est assise à ses pieds et caresse l’écorce. Elle lui raconte les choses de la vie dans cette langue qu’elle seule parle encore. »

« Mais toujours l’Iran m’appelle, voix en sourdine, présence derrière mon dos, il me tapote l’épaule pour me rappeler à lui. Par devoir, par culpabilité, par peur de ne plus revoir les vieux, par rituel, par amour peut-être aussi, je me sens poussée à y retourner régulièrement. »

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