Nouvelles

Recueil de nouvelles – Extrait n°11

ÂMES VOYAGEUSES

Dans le train de ma vie, j’ai eu de la chance. Tellement de personnes formidables y sont montées ! Et puis en sont descendues aussi, toujours trop tôt. À chaque fois on a envie de dire « Attends un peu, reste encore avec nous, tu descendras à la station suivante… »

Mais voilà, Jean d’Ormesson nous a pourtant prévenus. Même si on croit qu’ils voyageront toujours avec nous, nos parents et nos grands-parents finissent quand même, un jour, par descendre de notre train. On le sait. On le sait, non ?

Ce qu’on sait moins, c’est où ils vont, après. Parce que le voyage continue forcément, ça ne peut pas s’arrêter comme ça. Dans quel train remontent-ils donc ?

Ma grand-mère adorée, avec tes yeux pleins de soleil, celui que les gens du nord ont dans le cœur, comme tu aimais à le dire, tu as occupé les plus beaux wagons du mien, en tous cas.

Mes émotions d’enfant sont à jamais reliées à nos câlins, à nos fous rires, à ta joie de vivre contagieuse et cette générosité de l’âme qui te rendait si belle. Des odeurs de gâteaux, de lavande et de linge propre flottent sur mes souvenirs. Et de douceur, aussi. Et tant d’amour. Je t’entends rire, là, juste au-dessus de mon épaule.

Comment donc font les enfants qui n’ont pas de train, au départ ? Quand leurs parents ne les laissent pas monter, quand il n’y a pas de rendez-vous, pas de billet, ni de réservation… Parfois, la maman dit qu’il n’y a pas de train du tout. Alors elle écrit « X » sur la destination du voyage. Et toute sa vie, ce bébé va chercher son train. C’est difficile, de chercher un train, quand on ne sait même pas où est la gare, ni dans quel pays il faut aller. Parfois encore, on oblige l’enfant à descendre à une station inconnue, ou bien on le met tout seul dans un vieux wagon rouillé, qui sent mauvais et qui ne protège ni du froid, ni de la faim, ni des coups et des aléas du voyage.

Alors moi je remercie mes parents de m’avoir laissé monter dans leur train, et j’accueille mes enfants dans le mien. Et j’espère que tout le monde en descendra le plus tard possible. Parce que si Jane Birkin aimerait que la Terre s’arrête pour descendre, moi je voudrais parfois aussi qu’elle s’arrête, mais pour que tout le monde remonte.

Vous me manquez, tous autant que vous êtes, mes passagers, mes anges, et je vous remercie aussi Monsieur d’Ormesson, à travers votre texte, de m’avoir fait un peu voyager avec vous.

Bon vent, bon vol là-haut, tout près des étoiles.

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