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Recueil de nouvelles – Extrait n°2

D’UNE MÈRE À SA FILLE

« Chacun n’est-il pas porteur, à des titres divers, réels ou imaginaires, d’un bébé abandonné ? » (Myriam Szejer)

La pleine lune, ce n’était donc pas un mythe. Maria serre les mâchoires, si fort qu’elle sent ses dents grincer les unes contre les autres. Le temps d’un feu rouge, elle laisse ses yeux se perdre derrière la vitre, embrasser la ville noire et humide, balayer les passants pressés et anonymes. La houle monte, à nouveau. Elle gémit faiblement. Croise le regard anxieux du chauffeur de taxi dans le rétroviseur.

– Ça va aller, Madame ?

– Oui… Je crois… Dépêchez-vous quand même, s’il vous plaît… Mon dieu, ça recommence…

Maria sent ses entrailles labourées par le feu des contractions, toujours plus vives, profondes, intenses. Elle cesse de respirer en attendant que le pic redescende, les yeux révulsés par la douleur. C’est innommable. Lorsqu’elle peut enfin expirer à nouveau, elle hurle pour apaiser la tension indicible qui s’empare d’elle à chaque fois que son ventre s’ouvre un peu plus de l’intérieur, laissant l’enfant se frayer un chemin en elle. L’enfant. Cet intrus qui a pris possession d’elle-même contre sa volonté, tout comme celui qui a planté en elle cette graine indésirable. Maria ne sait plus comment tout cela a pu arriver, comment ce cauchemar est-il devenu réalité. Depuis de longs mois maintenant, elle erre dans sa vie en funambule, flirte avec la mort, sur un fil tendu à l’extrême. Luc était si beau pourtant, il avait l’air si gentil. Elle n’a rien vu venir, vraiment. Ce tout premier soir où elle a accepté de se rendre chez lui, timidement, sonne comme son entrée dans une grotte de souffrances qu’elle n’a plus jamais quittée depuis.

A douze ans à peine, ses seins étaient formés, sa taille marquée. Quinze ans, elle attire le regard gourmand des hommes, se fait siffler dans la rue. Seize, dix-sept… Elle ne compte plus les invitations, silencieuses ou directes, que sa fraîcheur et ses formes rebondies attisent, toujours plus, chez la gent masculine. Maria ignore pourquoi elle attire ainsi les hommes, elle si sage, si réservée. Pourquoi la nature l’a-t-elle donc dotée d’un physique si peu en rapport avec son moi profond ? Elle aimerait tant, parfois, se faire oublier, se fondre dans le décor. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle soit si pulpeuse, tendre, désirable ? Luc était comme les autres en fait, comme ceux qui l’accostaient dans la rue, mais en pire. Parce que Luc lui a fait croire qu’il l’aimait avant de la saborder dans sa chair et dans son être. Aussi femme son corps soit-il, à dix-neuf ans elle était toujours vierge, si effrayée par ce désir sauvage et animal qu’elle pouvait lire dans le regard des hommes, qu’elle préférait renoncer, jusqu’à trouver « le bon », le gentil, celui qui saurait l’attendre, la rassurer, la câliner comme un enfant.

Luc aurait pu être cet homme désiré, doux et tendre, cet amant protecteur. Si seulement.

Maria a décidé de ne pas porter plainte, elle avait trop honte. Honte d’avouer qu’elle s’était fait berner, escroquer sur ce marché de l’amour qu’elle découvrait à peine. Une fois refermée la porte sur son joli minois, le regard du bel homme a changé. Lui aussi s’est transformé en bête, en animal insatiable, et s’est jeté sur elle comme un rapace sur sa proie, persuadé qu’elle attendait autant que lui ce rassasiement de leurs chairs. Maria s’est sentie faible, honteuse, petite fille. Elle a demandé à Luc d’arrêter, mais il a ricané, alors elle s’est tue, effrayée, et puis s’est laissé faire.

Elle a renié son corps, son âme, ses convictions. Elle s’est dissociée de l’intérieur, au point qu’elle n’a pas senti non plus les signaux troublants que lui a envoyés son ventre, quelques temps plus tard. Maria s’est emmurée dans une souffrance muette, elle a renié ses blessures intimes. Le temps d’un été, elle s’est oubliée, au sens propre, corps flottant au-dessus d’un quotidien dénué de sens et d’envie, privé de sensations et d’émotions. Elle n’a parlé à personne de cette agression, puisqu’avec un peu de recul il a bien fallu admettre qu’il s’agissait de cela. Luc a abusé Maria de tout le poids de sa certitude. Elle ne l’a plus jamais revu, mais a appris avec stupeur un beau matin qu’elle le portait en elle. Leurs cellules ont fusionné le temps de cet échange désastreux, quelle absurdité. Elle a caché le plus longtemps possible cette bosse infâme que son ventre a fini par former, sur les dernières semaines. Sa grossesse a été découverte si tard, bien au-delà des délais légaux pour avorter ! Plus de six mois se sont écoulés entre la déchirure de son hymen et la première échographie révélant l’insupportable vision d’un être inconnu d’elle dans son intimité, un intrus venu se loger là où elle aurait voulu oublier qu’elle existait. Le médecin a parlé de déni de grossesse, il a compris à demi-mot la situation de Maria et évoqué avec elle, pudique, les solutions qui se présentaient alors. Il n’y en avait pas trente-six. Soit elle acceptait de devenir mère du symbole de sa souffrance, soit elle renonçait. Elle a choisi la seconde option, se sentant profondément incapable d’assumer ce rôle de protectrice aimante alors qu’elle-même avait encore tant besoin d’amour et de réassurance. Elle voudrait oublier cet épisode ignoble, se débarrasser de cette marque au fer rouge qui a brûlé sa chair, détruit ses rêves, confirmé sa vision terrible du monde et ses angoisses existentielles.

Son rapport à l’existence ne peut pas se résumer à cela, elle va rebondir, elle n’a pas le choix. C’est ça où la Seine, froide et lugubre, qui l’engloutira de ses flots glacés comme les remous de ses tourments dont elle ne sait plus que faire. Un soir, elle a imaginé avaler toute sa pharmacie, pour en finir, pour trouver un apaisement qui ne venait jamais plus. Mais au moment de franchir le pas, elle n’a pas pu aller au bout de l’accomplissement du geste. Une force inconnue l’a retenue, ou une grande lâcheté, elle ne sait plus trop. Elle a posé la main sur son ventre, et l’espace d’un si court instant, s’est laissé envahir par un sentiment inconnu d’elle. Une douceur étrange l’a enveloppée, et l’enfant s’est autorisé à lui faire ressentir sa présence. Des petits coups discrets, ténus, presque désolés, ont vaguement ébranlé ses certitudes de vouloir en finir, avec lui, avec la vie. Elle s’est ressaisie, refusant de se laisser complètement attendrir. Et elle a refermé la porte de son armoire à pharmacie. Depuis ce jour, quelque chose s’est durci en elle, figeant dans un ultime assaut les tendres espérances de son adolescence écourtée. Maria est une rêveuse contrariée, petite fille sauvage prisonnière d’un corps incandescent qui trahit ses ressentis.

Sa longue plainte hurlante fait dresser ses cheveux sur la tête du malheureux chauffeur de taxi qui a accepté la course vers l’hôpital. Pourquoi ne l’a-t-il pas obligée à appeler une ambulance, ou les pompiers ? Maintenant, si ça se trouve, elle va accoucher là, sur sa banquette arrière, et il n’aura plus qu’à s’en repayer une. Il n’est même pas sûr que l’assurance fonctionne dans ce cas-là. Accouchement inopiné dans le taxi, que dire de plus ? Sans compter qu’il va peut-être devoir l’aider, en attendant que les secours arrivent.

Enfin, elle se tait. Il accélère, klaxonne, brûle les feux, les stops, manque de renverser un chien, un vieillard. Peu importe, il faut arriver avant le bébé ! A sa décharge, le ventre de cette jeune femme est si discret, pour quelqu’un sur le point d’accoucher, qu’il n’a pas compris tout de suite l’imminence de la naissance. Il la regarde à nouveau furtivement dans le petit miroir de son rétroviseur. Ses yeux sont fermés, son visage un peu moins crispé. Elle est si jeune, si belle. Pourquoi est-elle seule, pourquoi cette langueur désespérée dans son regard éteint ? Il n’a pas le temps de se poser plus de questions, les hurlements reprennent, glaçants. Il appelle l’hôpital pour les prévenir de l’urgence, et accélère, encore et encore, dans les rues désertes de la capitale.

La lumière blanche éblouit Maria, elle tente de détourner le visage, mais même en fermant les yeux le plafonnier l’agresse de sa froideur impitoyable. La voix douce de la sage-femme glisse sur elle, l’enveloppe comme une caresse.

– C’est très bien Maria, vous y êtes presque… Encore un effort, le dernier, il va falloir tout donner. D’accord ?

Une légère pression de la main signe l’aval de la jeune femme pour la requête de la soignante. Elles sont ensemble, Maria lui fait confiance et s’abandonne totalement entre ses mains. Elle s’en remet à elle pour la délivrer de son fardeau de douleur et d’angoisse. Enfin, tout cela va bientôt prendre fin. Elle respire rapidement, par saccades, ferme les yeux en attendant l’ultime assaut. Comment un si petit être peut-il lui faire autant de mal ? Elle se sent ouverte à tous les vents, déchirée de l’intérieur, écartelée. Elle est arrivée trop tard pour bénéficier de la péridurale, et subit dans son corps l’offensive lourde de la douleur insoutenable.

La sage-femme lui demande de rouvrir les yeux, de la regarder, de se concentrer sur elle. Elle ne veut pas la perdre, car elle sent que Maria est au bord de la conscience, de l’inconscience, et qu’un tout petit pas de côté la ferait basculer dans l’abîme.

– Maria, vous restez avec moi ! J’ai besoin de vous ! C’est maintenant, allez !! De toutes vos forces, poussez ! Sortez-le de vous cet enfant !

C’est ce dernier petit bout de phrase qui donne à Maria le courage de puiser en elle une introuvable puissance. Oui, elle va le sortir d’elle-même cet être indésirable dont elle n’a jamais voulu, elle va s’en débarrasser, enfin, et avec son départ toute sa souffrance et ses tourments vont la laisser un peu en paix. Elle souhaite par-dessus tout se retrouver, recentrer sa vie sur un avenir à nouveau envisageable. Le bouton est sur pause depuis bien trop longtemps. Elle doit revenir à elle-même, reprendre ses études, et le cours de son existence.

Dans un ultime cri, elle expulse l’enfant. La légèreté qui s’empare alors de son corps est indescriptible. Elle n’a plus mal, elle est seule, enfin. L’intrus s’en est allé. Les yeux toujours fermés, elle tente d’oublier le monde, de partir encore plus loin, emmenez-le, c’est terminé. Laissez-moi tranquille, je vous en supplie.

Elle sent une présence juste à côté d’elle. La sage-femme chuchote.

– Maria, vous avez été formidable. Je suis fière de vous. Pour vous deux, pour continuer votre histoire l’un sans l’autre, dites-lui au revoir, c’est le moment.

Maria tremble, quelques fines larmes sourdent à travers ses paupières closes. Elle inspire brièvement, entrouvre les yeux et aperçoit une petite forme, si petite, lovée dans une serviette blanche, au creux des bras de la soignante. Un remous démarre dans sa poitrine, elle n’en veut pas. Ne pas se laisser attendrir, surtout pas. Elle a déjà bien trop souffert comme ça.

– C’est une petite fille. Vous souhaitez lui donner un prénom ?

Nouveau remous, nouvelle lame plantée dans sa poitrine. Pour une raison obscure, Maria a l’impression que cela aurait été plus simple s’il s’était agi d’un garçon. Elle aurait moins cette sensation de trahison envers une partie d’elle-même. Elle n’a toujours pas regardé le bébé, elle n’y arrive pas.

– Comment vous appelez-vous ? demande-t-elle dans un souffle à la sage-femme.

– Marie-Agnès.

– C’est bien, c’est joli Marie-Agnès… Et puis vous entendez ? Il y a mon prénom dedans. Appelez-la comme ça s’il vous plaît.

La soignante acquiesce, respectueuse. Elle sait à quelles déchirures la jeune mère est confrontée, quels regrets risquent de s’emparer d’elle, à quels tourments elle s’expose. Elle a déjà accompagné suffisamment d’accouchements sous X pour comprendre qu’en la matière aucune règle, aucun cours, aucune théorie ne peut s’appliquer. Les seules ressources invocables sont celles que chacun trimballe en soi comme un condensé de vie, d’humanité, de transmission et d’empathie pour la détresse de l’autre. Celle de la mère, en premier, contrainte d’abandonner son enfant pour des raisons qui n’appartiennent qu’à elle, celle de l’enfant, ensuite, qui ne bénéficiera jamais du refuge absolu de l’amour maternel primaire, instinctif, pour sa survie physique et psychique. La sage-femme sait aussi à quel point son attitude à elle compte dans le devenir de la jeune mère, à quel point un mot maladroit, une proposition ou une remarque déplacée peuvent s’avérer destructeurs sur une estime de soi déjà réduite à néant par le geste accompli. La société actuelle valorise tant les mères, comment peut-on imaginer, accepter que l’une d’entre elles y renonce, renie cette maternité glorifiée, presque sanctifiée ? Le sujet reste tabou, même avec certaines de ses collègues, toujours mal à l’aise quand il s’agit d’accompagner un abandon.

Maria refuse toujours de regarder le bébé. Elle détourne ostensiblement la tête, mais Marie-Agnès sait qu’un temps peut être nécessaire. Et un silence, aussi. Alors elle décide de rester là, assise à côté d’elle, le nourrisson dans les bras, pour que sa mère n’ait aucun regret lorsqu’elle l’emmènera. Bien sûr, elle disposera d’un certain délai pour renoncer à son geste, elle pourra toujours alors revenir voir son bébé si elle en éprouve le besoin. Mais d’expérience, la sage-femme sait que si la mère n’a pas regardé son enfant à la naissance, s’il n’y a pas eu cet échange, même bref, en général elle ne revient pas.

Il semblerait que Maria se soit endormie. Cela fait presque deux heures que la soignante attend, il va être temps de ramener la jeune mère en chambre. Au moins, elle aura essayé. Elle se lève discrètement, et l’enfant émet un gémissement à peine audible.

La main de Maria se tend alors doucement vers la petite couverture, et d’une voix si basse que la sage-femme devine plutôt qu’elle ne l’entend, lui demande de poser la petite sur son ventre, juste une fois.

Comme au cœur d’un songe improbable, Maria ressent le poids si léger et si lourd en même temps, si chaud, de cette enfant à peine née, son enfant, sur sa peau. La densité de l’instant est telle que les deux femmes retiennent leur souffle, attentives à la réaction du nouveau-né, qui semble vouloir se blottir plus encore tout contre sa mère. Maria ne retient plus ses larmes, qui coulent en un flot ininterrompu. Une digue a lâché, quelque part au fond d’elle-même, et ce torrent d’émotions qu’elle redoutait tant monte enfin, forçant les barrages, inondant toute la plaine de sa morne vie. Il faut attendre que les eaux redescendent, colmater les brèches. Malgré tout, la blessure est si profonde que ce n’est pas une marée montante qui va tout réparer, sur un coup de baguette magique. La douleur reste là, la déchirure d’une vie. En cet instant précis, Maria touche du doigt ce que pourrait être son bonheur actuel s’il n’était pas entaché par son histoire violente, et pleure sur sa perte.

Elle observe attentivement la perfection du minuscule visage, le nez fin, les lèvres ourlées du bébé, les méandres délicats de ses oreilles transparentes, ses mains si petites, si improbablement petites… Elle est si belle. Maria contient à tout prix l’élan qui monte en elle, les yeux remplis de larmes.

– Pardon mon bébé… Mais je veux que tu aies une belle vie, loin de moi. Je suis incapable de m’occuper de toi comme tu le mérites, ça me fait trop mal de te regarder, de savoir d’où tu viens, et pourquoi tu es là… Je ne veux pas te faire porter le poids de ma haine, tu ne le mérites pas.

Elle embrasse délicatement le crâne légèrement duveteux du nouveau-né, et regarde la sage-femme, qui comprend. Sans un mot, celle-ci reprend délicatement l’enfant au creux du lange, et l’emmène loin de sa mère.

Cet aurevoir-là méritait d’être dit, elle a bien fait d’attendre.

*

Pensive, Maria regarde ses enfants courir dans le jardin. Quentin trébuche, et s’écroule en riant sur la pelouse. Son naturel joyeux n’en finit pas d’émerveiller sa mère. Elle toujours si mélancolique, rêveuse, comment a-t-elle fait pour avoir des enfants aussi heureux de vivre ? Peut-être grâce à leur père, éternel optimiste, qui l’a entraînée avec lui dans un sillon de bonheur depuis qu’elle l’a rencontré, voici plusieurs années maintenant ?

Quentin se tourne vers elle et lui fait un signe de la main, comme pour la rassurer. Maria sourit en réponse. Il est si gentil avec elle, comme sa sœur d’ailleurs. Cette relation douce, évidente que Maria entretient avec ses enfants sonne comme une réparation de ce qui aurait pu signer la fin de sa vie, de son autre vie. Elle a fait un choix cruel, et ne s’en est jamais complètement remise. Cette partie de son ventre qui a porté un autre enfant, qui a subi l’agression d’un homme et le saccage de son innocence, elle peut faire semblant de l’oublier, mais sa chair, son inconscient, eux n’oublient pas. Et ce fond de mélancolie qui la torture de longues heures durant, le jour, la nuit, jusqu’à ce que son quotidien prenant la happe et la délivre enfin, elle sait qu’il lui sera impossible de s’en extraire, jusqu’à la fin de sa vie. Pas un seul jour ne passe sans qu’elle ne songe à la petite Marie-Agnès. Sa fille. Son enfant qui vit loin d’elle, à quoi ressemble-t-elle maintenant ? Elle arrive à l’âge dangereux, douze ans, celui auquel Maria a commencé à ne plus se sentir en sécurité toute seule dans la rue. Secrètement, elle espère qu’elle n’a pas hérité de toutes ses qualités physiques, beaucoup trop avantageuses, et que son chemin vers la féminité sera plus simple que le sien. Qui l’accompagne, qui l’initie au quotidien ? Quelle souffrance de ne pas savoir…

Et pourtant, pour rien au monde Maria ne voudrait perturber sa vie. Cette petite fille qui a grandi loin d’elle, sans elle, a dû se construire un monde, une famille, peut-être ne sait-elle-même pas qu’elle a été adoptée ? Et quand bien même, elle ne veut pas savoir. Rencontrer cette enfant serait comme faire face à une image d’elle-même cauchemardesque, un passé noir qu’elle ne veut reconvoquer à aucun prix, une face sombre et amère d’elle-même soigneusement tue depuis toutes ces années. Personne ne sait ce qui lui est arrivé, personne ne connaît son histoire, pas même son mari. Pourvu que cette enfant ne cherche jamais à la recontacter. Maria sait qu’elle est protégée par l’anonymat de l’accouchement sous X, et jusqu’à la fin de ses jours elle portera seule cette croix. Elle n’a pas le choix.

– Marie-Agnès ?

La jeune fille se retourne, agacée. Elle déteste qu’on l’appelle ainsi. Depuis son plus jeune âge, c’est Marie-A., ou Marie, à la limite. Seuls ses professeurs et quelques anonymes l’appellent par son prénom complet, qu’elle trouve trop alambiqué pour sa nature vive et fantasque. Elle se sent si différente de sa famille, de ses parents. Ils sont adorables avec elle, mais leur anxiété permanente pèse lourd sur leurs relations. Peut-être est-ce parce qu’ils l’ont eue si tard, après quarante ans ? Sa mère l’a longtemps appelée « mon petit miracle » ou « ma merveille », comme si Marie-A. avait débarqué dans leur vie alors qu’ils n’espéraient plus être parents. Et c’est un peu le cas. La jeune fille sait que ses parents auraient adoré avoir une tribu d’enfants à aimer, mais la nature ne leur a pas permis de réaliser ce rêve. Seule Marie-A. est arrivée, après un long parcours de fécondation in vitro, de fausses couches et d’échecs à répétition. Bébé précieux, donc, elle a passé toute son enfance et une bonne partie de son adolescence à tenter de s’affranchir de leur joug surprotecteur. Aimant, oui, toujours, et Marie-A. se sent profondément attachée à ses parents, même si elle a parfois souffert de la confusion qu’engendraient chez ses amis leurs cheveux gris et leurs attitudes frileuses. Combien de fois a-t-elle entendu cette question : « C’est ton papi ? Ta mamie ? » posée en toute innocence à la sortie de l’école. Heureusement pour elle, Marie-A. est dotée d’un sacré caractère, et personne ne s’est jamais avisé de se moquer d’elle à ce propos.

La personne qui vient de l’interpeller lui tend une enveloppe.

– On m’a dit de vous remettre ceci.

La jeune fille a à peine le temps de remercier son mystérieux messager, qu’il a déjà tourné les talons, un masque d’indifférence sur le visage. Elle ne reconnaît pas non plus l’écriture penchée qui a tracé son prénom en entier sur l’enveloppe kraft qu’elle tient maintenant entre ses mains, perplexe.

Olivia se rapproche d’elle, curieuse. Les deux amies se sont rencontrées au début du collège, et ne se sont plus jamais quittées. Ce coup de foudre amical les a soutenues durant toute leur scolarité, et continue de les porter en cette veille de résultats du bac et du stress qui l’accompagne.

– C’est quoi ?

– Aucune idée.

– Allez, ouvre !

L’impatience d’Olivia fait sourire Marie-A. Elle lui tend l’enveloppe, indifférente. Probablement encore une déclaration d’amour enflammée, elle en a l’habitude… Elle a déjà vécu plusieurs aventures amoureuses, de quelques jours à quelques mois, et c’est toujours elle qui y a mis fin. Ces relations la distraient, mais ne lui apportent pas la satisfaction qu’elle en espère au départ. Sa réputation de briseuse de cœur l’ennuie un peu, car elle ne se voit vraiment pas comme telle, ce n’est tout de même pas de sa faute si les garçons tombent amoureux d’elle au premier regard ! Pour l’instant, ce sentiment de domination lui convient, la rassure. Elle se sent à chaque fois maîtresse de la situation, et chérit son indépendance lorsqu’elle voit certaines de ses amies sombrer dans le désespoir à cause d’une rupture ou d’une infidélité. Mieux vaut encore ignorer ce grand frisson que de tomber si bas. Un petit pincement la dérange parfois tout de même, quand elle croise des couples au regard brillant, ou qu’elle se laisse emporter par une jolie romance au cinéma ou en littérature. Mais elle est si jeune ! Elle a la vie devant elle pour découvrir le grand amour.

– Vas-y, puisque tu es si pressée de savoir, ouvre-la, toi !

Olivia ne se fait pas prier et déchire rapidement l’enveloppe. Elle soulève la feuille de papier pliée en deux, en parcourt les premières lignes et fronce les sourcils avant de jeter un bref regard à Marie-A.

– C’est super bizarre, tu devrais lire toi-même, je crois.

Son amie soupire en lui reprenant le courrier des mains. Une écriture fine et serrée, qu’elle a un peu de mal à déchiffrer, danse devant ses yeux. Dès les premières lignes, elle sent que sa vie prend une autre couleur. Plus sombre ou plus claire, elle ne le sait pas encore, mais au fond d’elle les fondations vacillent.

« Marie-Agnès,

Je choisis de prendre contact avec toi par courrier, parce qu’il me semble que ça sera plus simple ainsi. Je m’apprête à te révéler quelque chose que tu sais peut-être déjà, mais si ce n’est pas le cas assure-toi d’avoir un proche avec toi car tu vas forcément être bouleversée par ce qui suit.

Tu vas avoir 18 ans, et il est temps pour toi de savoir, d’avoir le choix. Je ne mets en aucun cas en cause l’amour que te portent sûrement tes parents et la relation qu’il y a entre vous. Ce sont eux qui t’ont élevée, aimée, qui ont pris soin de toi durant toutes ces années et que tu dois considérer comme ton papa et ta maman.

Mais tu dois savoir aussi que ce ne sont pas tes parents biologiques. La femme qui t’a mise au monde l’a fait sous secret, elle ignore que je t’ai retrouvée. Elle m’en voudrait sûrement si elle savait pour cette lettre et son contenu, mais aujourd’hui la vérité doit être dite.

Je te laisse le temps de réfléchir à tout ça, de t’en remettre, et si tu souhaites en savoir plus appelle-moi dès que tu te sentiras prête. Sinon pardon d’avoir dérangé ta vie. »

Une lueur d’angoisse apparaît dans les yeux d’Olivia, qui voit son amie pâlir et changer de visage au fur et à mesure qu’elle poursuit sa lecture.

– Qui t’a envoyé cette lettre ?

– Je ne sais pas… Il y a juste un numéro de portable… C’est une blague tu crois ?

– Franchement… Ça serait de mauvais goût, et puis on voit bien que c’est une écriture d’adulte, même la façon d’écrire, tu ne penses pas ?

Marie-A. reste un moment silencieuse, ce qui est rare chez elle. Sidérée par ce qu’elle vient de lire, elle se sent incapable d’émettre le moindre avis sur ce tremblement de terre invisible qui gronde au fond de sa poitrine. Et si c’était vrai ? Si elle n’était pas la vraie fille de ses parents ? Ils ont eu tant de mal à l’avoir, soi-disant, ils sont si âgés ! Et elle se sent tellement différente d’eux, tout cela sonne tellement vrai ! La jeune fille visualise un précipice sous ses pieds. Elle a l’impression qu’une main gigantesque vient d’attraper sa vie et la secouer dans tous les sens avant de la remettre à l’endroit. De l’extérieur, effectivement, rien n’a changé, tout est lisse. Elle a toujours cette apparence de jeune fille soignée, belle comme le jour, lumineuse. Ses longs cheveux noirs coulent toujours en cascade parfaite le long de son dos, ses yeux d’ébène joliment maquillés observent le monde sans ciller, sa taille fine et ses hanches rebondies continuent d’appeler le regard des hommes, qu’elle sait remettre à leur place d’une phrase bien sentie. Mais au fond de son âme, un incendie vient de s’allumer, qu’elle n’aura de cesse d’éteindre avant de savoir où est la vérité, sa vérité.

Effrayée par l’éclat dur de ses yeux noirs, Olivia tente d’en savoir plus sur les intentions de son amie. Elle a l’impression de plonger par effraction au cœur d’une vie d’adulte, d’un seul coup, sans en avoir les codes, et se sent perdue, totalement inefficace pour l’aider. Elle s’en remet à Marie-A.

– Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Aucune idée. Ça n’a pas l’air d’être un canular, de toute façon. Alors autant tirer les choses au clair tout de suite.

– Tu vas en parler à tes parents ?

– Eux seuls pourront me dire ce qui est vrai, enfin j’espère, parce que sinon toute ma vie j’aurais un doute sur qui je suis vraiment…

Les deux amies échangent un regard intense. Olivia prend Marie-A. dans ses bras.

– Moi, en tous cas, je n’ai aucun doute sur qui tu es… Et je t’aimerai toujours !

 

*

 

– Allez Marie-Agnès, encore un petit effort !

– Arrêtez de m’appeler comme ça !

– Oh, pardon, mais c’est ce prénom qui est inscrit sur votre dossier et …

– Marie-A., ça suffira. Ça recommence, je peux pousser maintenant, c’est bon ?

– Allez-y, donnez tout Marie-A. !

La jeune femme contracte ses muscles et concentre ses efforts sur ce petit être qui fait partie d’elle depuis neuf longs mois. Elle appréhende ce moment où elle va se sentir vide de lui, elle a tellement aimé vivre cette grossesse, les petits coups de l’intérieur, discrets d’abord, puis de plus en plus affirmés, au point parfois de la réveiller en pleine nuit. Elle pose alors une main sur son ventre, qu’elle caresse doucement, et son bébé vient se lover sous sa main, répondant à sa prière muette d’entrer en contact avec lui. Sentir croître la vie en elle est la plus merveilleuse expérience qu’il lui ait jamais été donné de vivre. Elle l’impétueuse, la farouche Marie-A., passionnée, hyperactive, a su se poser et attendre sereinement que la nature fasse son œuvre en elle. Sentir son ventre s’étirer à l’infini, s’alourdir du poids précieux de ce petit être en devenir, fruit de son amour entre elle et son compagnon, le seul qu’elle soit parvenue à aimer vraiment, enfin, au bout de tant d’années d’errance sentimentale. A trente-cinq ans, elle a fini par déposer les armes, rendre sa tenue d’amazone, de guerrière des sentiments, toujours sur la défensive, presque haineuse envers les hommes qu’elle ne parvenait pas à aimer, elle ignore pourquoi. David a fendu l’armure, et elle lui sait gré d’avoir su patienter, dialoguer, l’apprivoiser des heures, des jours durant, et lui rendre confiance en sa capacité à aimer et se faire aimer.

Apprendre qu’elle avait été adoptée, à l’aube de sa majorité, lui a porté un coup qu’elle n’a pas vu venir, et qui n’a fait qu’accentuer sa défiance primaire vis-à-vis des hommes. Elle n’a pas trouvé d’autre solution que de les dompter, quitte à leur faire du mal, pour se préserver, rester en sécurité dans sa tour d’ivoire où l’amour partagé n’a jamais eu le droit de siéger.

Ce soir-là, lorsqu’elle est revenue du lycée, effondrée, son enveloppe de papier kraft à la main, ses parents l’ont écoutée, ont lu le courrier, puis se sont assis l’un après l’autre, en silence, dans leur petite cuisine bien ordonnée. Tsunami invisible, les éclairs lancés par les yeux de leur fille leur ont alors intimé l’ordre de délivrer la vérité, enfin. Elle y avait droit. C’est sa mère qui a pris la parole en premier.

– On te l’aurait dit un jour, ma chérie… Tu peux en être sûre. Mais vois-tu, les années passant, ça devenait de plus en plus compliqué, on avait tellement peur que tu nous en veuilles, et puis on a fini par ne même plus y penser. Tu es notre fille, c’est la seule chose qui compte …

Elle s’était mise à pleurer sous le poids du mensonge et de la culpabilité. Son père, assis à côté d’elle, les yeux pleins de larmes, semblait avoir pris dix ans d’un coup. Passé le choc, Marie-A. les a soudain trouvés si âgés, courbés, malheureux, qu’elle n’a pas pu leur en vouloir, pas au prix de rajouter du chagrin au chagrin. Elle a pris sur elle, forte, déterminée, et leur a assuré qu’elle ne voulait rien savoir de plus. Qu’ils étaient ses seuls vrais parents, et qu’elle les aimait de toutes ses forces.

Ça ne change rien, avait-elle assuré, les yeux brillants et le cœur battant de tous ces possibles, de tous ces impossibles aussi, qu’elle voyait d’un coup se dessiner devant elle. Qui suis-je, alors ? Vertigineuse interrogation, qu’elle s’est efforcée de remiser bien loin d’elle, sous des couches de non-dits, de bienséance et d’oubli volontaire, empilées année après année, Noël après Noël, dans les réunions de famille.

D’où me viennent donc ces yeux de braise, cette bouche pulpeuse, ce caractère enflammé ? De qui ? Et surtout, la question centrale, pourquoi m’a-t-on abandonnée ? Qu’ai-je donc en moins que les autres pour n’avoir pas été digne d’amour à ma naissance ? Cette souffrance-là était trop intolérable, alors Marie-A. l’a aussi remisée au placard, tant bien que mal, assouvissant ses désirs de revanche sur les pauvres amoureux transis qui ont croisé sa route chaotique. Jusqu’à l’apaisement, venu dans les yeux de David, qui l’a enfin regardée vraiment, qui a cherché à savoir quelle enfant apeurée se cachait derrière tous ces garde-fous, quel était son secret. Parce qu’il y en avait un, il en était sûr, et c’est cette certitude qui a fini de faire tomber les dernières défenses de Marie-A. Elle a abdiqué, rendu les armes, et enfin avoué ce qui la rongeait en silence depuis toutes ces années.

Apprendre qu’elle attendait une fille a été à la fois une grande joie et une inquiétude sans nom. Comment saura-t-elle transmettre tout ce qu’elle n’a pas reçu ? Bien sûr, sa mère adoptive l’a aimée sans restriction, mais elle ne l’a pas portée en elle, elle ne l’a pas enfantée. Dans quelle mesure les gènes hérités influencent-ils notre manière d’être au monde ?

C’est la question que Marie-A. se pose en observant sa fille, petit être lové contre son sein qu’elle boit avidement, déjà. Quelle merveille. Cet élan puissant, animal, comment se fait-il que sa mère ne l’ait pas ressenti lorsqu’elle-même est sortie de son ventre ? Comment est-ce possible ? La jeune mère se sent déjà louve, prête à tuer si on voulait lui enlever cette enfant à peine née, comment sa mère a-t-elle pu de son propre chef la confier à d’autres, la rejeter, la renier. Quelle douleur, quelle incommensurable douleur de ne pas savoir.

Marie-A. a l’impression qu’une brèche s’est ouverte en elle avec la naissance de sa fille, qu’il lui sera impossible de colmater tant qu’elle n’aura pas eu ces réponses-là, existentielles, fondatrices. Au-delà d’une quête identitaire, elle a foncièrement besoin de comprendre. C’est son histoire, son origine du monde à elle. Elle doit savoir.

David se penche sur les « deux femmes de sa vie », comme il dit, et embrasse Marie-A. dans le creux de l’oreille. Il la regarde par en-dessous, un peu inquiet. Il ressent son inquiétude, son ambivalence, aussi, dans cette joie nouvelle d’être mère. Il sait quels tourments la hantent, ou les devine. Lui qui est issu d’une famille aimante, simple, aimerait tant porter avec celle qu’il aime le fardeau de son histoire. La langueur qu’il lit dans ses yeux lui est insupportable.

– Chérie, parle-moi. Sors de ta tête tout ce qui ne devrait pas y être, là, maintenant.

– C’est-à-dire ?

– Eh bien tout ce qui ne ressemble pas à des petits pieds adorables, une fontaine de lait maternel ou des langes en forme de cœur…

La jeune femme éclate de rire.

– La paternité te rend poète, dis-moi ?

– Et lucide. Je sais à quoi tu penses, Marie-A. Alors libère-toi, avec moi ou avec le psy, peu importe. Tes parents vont bientôt arriver. Une naissance bouscule toujours tout le monde, dans une famille, on change tous de statut. Mais pour vous, c’est encore plus compliqué, on ne va pas se mentir. Et je veux retrouver ta flamme, tes yeux brillent moins depuis ce matin, ça m’attriste.

– Viens par ici, toi.

La jeune mère attrape gentiment son compagnon et niche sa tête au creux de son épaule. Son roc, son refuge absolu, le complice des bons comme des mauvais jours. Elle lui doit au moins l’honnêteté, à défaut d’autre chose.

– Tu as raison. C’est compliqué pour moi.

Un long silence s’écoule dans la petite chambre ouatée de la maternité. Rose, blanche et douce, l’atmosphère est aseptisée comme le sourire des soignantes, lisse et convenu. Nul ne se doute qu’au-dessus du petit berceau en plexiglass flottent autant de tourments.

Marie-A. soupire.

– Cette recherche que j’ai refusé de lancer il y a toutes ces années, quand j’ai appris que j’étais née sous X, je me demande aujourd’hui si je ne devrais pas la faire quand même. Pour elle.

Elle pointe sa fille du menton.

 – J’ai eu beau passer outre cette curiosité que j’ai pu avoir, faire comme si ça n’était pas important… L’amour de mes parents m’a toujours suffi pour grandir, et aujourd’hui, c’est aussi grâce à eux si j’en suis là, si j’ai trouvé ma place dans la société… Si je suis capable d’aimer, aussi, même si ça n’a pas été simple…

David sourit brièvement, sans répondre. Il sent que sa compagne est au départ d’un long chemin, et ne veut pas influencer sa quête.

– Mais un jour, pour Marie-Amélie, les questions viendront aussi, sûrement… Je ne veux pas de tabou dans notre famille, je veux pouvoir répondre à toutes ses interrogations. On n’en est pas là, bien sûr, mais j’ai la sensation d’être le maillon cassé d’une chaîne imaginaire, tu vois ? Et je voudrais réparer le collier.

– Que vas-tu faire, alors ?

Nouveau silence, lourd de réflexions.

– Je crois bien que je vais contacter l’organisme officiel qui s’occupe de l’accès aux origines. Mes parents m’en avaient parlé à l’époque, ils m’avaient dit que je pourrais le faire seule dès que je serais majeure. Je vais lancer la procédure. Je veux savoir qui était ma mère, et pourquoi elle m’a abandonnée. Comment a-t-elle pu ?

Marie-A. prononce cette dernière petite phrase dans un souffle, épuisée d’avoir pris en quelques minutes une décision lourde de plusieurs années. Au même moment, quelques coups discrets retentissent contre la porte.

– Entrez !

Ce sont ses parents, émus et fiers de découvrir leur petite-fille. Depuis tout ce temps, eux aussi ont fini par penser que Marie-A. avait renoncé, accepté. Le sourire qui élargit leur visage enjoint à cette dernière de ne rien leur dire. Ça sera entre elle et sa fille. Entre elle et sa mère, aussi, ou pas.

– Bonjour maman. Je te présente la nouvelle petite princesse de cette famille, Marie-Amélie !

Sa mère se penche, attendrie, sur le nouveau-né. Les odeurs de lait et de calendula se mêlent à son parfum poudré de dame âgée. Ses parents ont tous deux quatre-vingts ans, et même s’ils ont toujours paru vieux à leur fille, aujourd’hui c’est encore plus évident. Le temps passe, et les courbe aussi un peu plus.

– Elle est si jolie, si parfaite… Comme elle te ressemble ! Elle est toute brunette, comme toi.

Ces compliments caressent les oreilles de Marie-A., tout comme la ressemblance soulignée entre elle et sa fille. C’est doux, rond, ça sonne juste. Elle se sent vraiment à sa place de mère, et l’espace d’un instant joue à croire qu’ils sont une famille normale, sans secret des origines, sans tabou, où la transmission se fait naturellement, joyeusement, de mère en fille.

Protectrice, elle joue la fille parfaite, comblée par cette maternité un peu tardive. A trente-huit ans, elle s’est enfin autorisée à pouponner.

Une fois rentrés à la maison, passé le tourbillon des multiples ajustements nécessaires au débarquement d’un bébé dans la vie d’adultes habitués à une routine simple, les questions reviennent rapidement, lancinantes.

Et puis un matin, Marie-A. franchit le pas. Elle profite d’une courte sieste de sa fille pour lancer une recherche sur internet. Elle trouve les coordonnées du conseil national pour l’accès aux origines personnelles, le Cnaop, télécharge le formulaire correspondant, et commence à le remplir. Elle bute sur certaines questions, et hésite franchement sur la dernière. Elle doit indiquer dans quel but elle effectue sa recherche actuelle, et seulement deux réponses lui sont proposées, à savoir connaître l’identité de la mère/du père de naissance, rencontrer (avec leur accord) sa mère/son père de naissance.

Une onde d’angoisse envahit la poitrine de Marie-A. Que souhaite-t-elle réellement au fond, et pourquoi, pour qui ? Certes, la naissance de sa fille est venue rebattre les cartes, et bousculer toutes ses certitudes. Mais est-ce vraiment pour elle qu’elle se lance dans cette recherche ? N’est-elle pas seulement un prétexte, une légitimation de son désir jusque-là interdit d’accéder à ses origines, par pudeur, par respect pour ses parents, par peur aussi, une peur terrible et envahissante de connaître la vérité, sa vérité, peut-être encore pire que ce qu’elle imagine ? Qui sont ses parents ? Qui est-elle ?

La jeune mère prend sa tête entre ses mains. Au même moment, un petit cri monte du berceau à côté d’elle. Soulagement, elle lâche aussitôt son ordinateur et se délivre momentanément du déchirement qui s’opère en elle. Elle va le faire, elle va couper ce cordon qui la relie à ses parents, les seuls qu’elle connaisse, les seuls qui l’aiment et qu’elle aime en retour. Qu’est-ce qu’il lui prend d’aller fouiller comme ça dans un passé qui ne la concerne plus, et auquel elle ne pourra rien changer ? Quelle importance, après tout, de savoir si sa mère était brune ou blonde, si elle était une fille-mère ou une pauvre femme sans ressources qui l’a laissée au coin d’une rue… Mais c’est tellement plus que ça ! Une voix en elle crie, s’insurge, l’implore de l’écouter, et espère aussi, espère tant que ses parents ont agi sur un malentendu, qu’ils étaient beaux et qu’ils s’aimaient d’un amour impossible, qu’ils espéraient la récupérer un jour… La petite fille en elle y croit encore, un peu. Comme dans les contes où tout devient possible, où une fée surgie de nulle part vient réaliser les rêves de chacun. Qui sait ? Quelle naïveté… Elle le sait pourtant, mais ne peut s’en empêcher. Depuis toutes ces années, depuis qu’elle a appris le secret, une pensée magique la protège de l’abîme dans lequel elle pourrait sombrer en imaginant des origines ténébreuses. Elle se raccroche à cet espoir infime d’avoir raison d’espérer encore.

Elle propose le sein à Marie-Amélie, qui s’en empare aussitôt. Une infinie tendresse la relie à ce petit être, un amour qu’elle ne se pensait pas capable d’éprouver un jour. La puissance animale qu’elle ressent en pressant sa fille contre elle la renvoie une fois de plus au questionnement primaire qui la taraude.

Et son père ? Le formulaire demande si elle souhaite connaître l’identité de son père, ou le rencontrer. Centrée sur sa mère, peut-être par mimétisme, elle ne s’est pas vraiment posé la question de savoir si ce père-là avait une importance pour elle. Bien sûr, elle est issue de lui autant que de sa mère, au niveau des gènes en tous cas, mais c’est sa mère qui a accouché, qui a renoncé à elle après l’avoir mise au monde. Maintenant qu’elle sait ce qu’une naissance implique, c’est avant tout elle qu’elle veut rencontrer.

Une fois Marie-Amélie rendormie, elle se penche à nouveau sur ce fameux formulaire. Il faut en finir, une bonne fois pour toutes. Elle coche toutes les cases, imprime, signe et cachète le tout avant de risquer de changer encore d’avis.

Lorsque David rentre du travail, il aperçoit immédiatement l’enveloppe blanche posée ostensiblement sur le buffet de l’entrée. Il embrasse sa compagne tendrement, et lui indique qu’il la postera le lendemain, si elle le souhaite.

– Non, je dois le faire moi-même. C’est important.

– Je comprends. Tu sais que je suis avec toi dans toute cette histoire.

– Peut-être que ça s’arrêtera là de toute façon, si ma mère n’a pas laissé son identité disponible, je ne saurai jamais…

– N’y pense pas, nous verrons bien.

Les jours passent, puis les semaines. Presque un mois s’est écoulé depuis que Marie-A. a posté sa demande au Cnaop. Marie-Amélie prend un rythme de croisière, grossit et grandit, déjà, commence à la suivre des yeux… Marie-A. s’émerveille tous les jours devant les progrès de sa fille, et commence tout doucement à se détacher de cette quête qui l’avait envahie le jour de sa naissance. L’important, n’est-ce pas cet amour infini qu’elle éprouve pour sa fille ? La confiance absolue qu’elle lit dans ses beaux yeux noirs, qui ressemblent tant aux siens ?

C’est elle qui a choisi son prénom. Contre toute attente, alors pourtant qu’elle avait souffert, enfant, de ce prénom composé qui ne lui ressemble guère, elle a tenu absolument à ce que sa fille soit nommée dans la lignée du sien. Transmission intuitive ou réparation du manque de repères au niveau de son ascendance, David n’a pas cherché plus loin à comprendre et a fini par accepter ce choix. Il aurait préféré un prénom plus court, plus simple, mais après tout, pourquoi pas ? La consonnance distinguée du prénom élu lui convient, et lorsqu’il a déclaré sa fille à la mairie, c’est avec fierté qu’il l’a épelé à l’employé municipal.

Le portable de Marie-A. vibre dans sa poche, forcément au mauvais moment. Elle est en train de tirer son lait, et sa fille se réveille.

– David, tu peux répondre s’il te plaît ?

Son compagnon saisit le téléphone, s’éloigne un peu pour s’extraire du bruit environnant. Pourquoi ses épaules s’affaissent-elles d’un seul coup, pourquoi ce regard en coin vers elle ? Marie-A. le dévisage intensément. Mes parents ? parvient-elle à articuler de loin. David fait non de la tête, puis un signe de la main pour nuancer sa réponse. Alors la jeune femme comprend. C’est le Cnaop. Elle n’entend pas les questions que David pose à son interlocuteur, et ses yeux baissés sur le piston du tire-lait s’emplissent de larmes. Quelle imbécile elle a été. Bien sûr que sa mère n’a pas laissé ses coordonnées, elle ne voulait pas d’elle de toute façon. Lorsque David s’approche d’elle, elle n’ose pas le regarder, elle a trop honte. Honte de ne pas être digne de l’amour de sa mère. Elle a mal à l’intérieur, et se sent comme une petite fille abandonnée, pour le coup, réellement.

Son compagnon la prend doucement par les épaules.

– Mon amour, ils ont retrouvé ton dossier… Et ta mère…

Marie-A. lève alors les yeux vers lui. Que veut-il lui annoncer, pourquoi ses yeux sont-ils si tristes ?

– Ta mère est décédée. Je suis désolé, si désolé pour toi. J’aurais tant voulu que tes recherches aboutissent.

Un grand vide s’opère à l’intérieur de Marie-A., un souffle froid balaie ses dernières espérances et la laisse hagarde, au-delà de la déception ou d’une frustration quelconque. Ceux qui ne connaissent pas ce non-enracinement ne peuvent pas comprendre. Telle une fleur jetée à la mer, elle dérive au gré des vagues, sans attaches. Va-t-elle se laisser couler tout au fond ?

– Il y a longtemps ? parvient-elle à murmurer.

– Quelques années. Mais elle ne n’est pas opposée de son vivant à la révélation de son identité. Tu vas pouvoir connaître au moins son nom, et peut-être même une partie de son histoire, selon les éléments qu’ils vont retrouver. La dame que j’ai eu va te rappeler dans les jours qui arrivent.

Un bref soulagement s’empare de Marie-A. Tout n’est donc pas perdu. Elle aura malgré tout quelques éléments de réponse à ses questionnements sans fin.

Le soir, au moment de poser sa fille dans son lit, elle la retient un court instant dans ses bras, la hume, enfouit son visage dans les replis si doux de son petit cou tendre et fragile, et lui promet de ne pas s’abîmer dans cette quête, dans cette perte d’espoir. S’il n’y a pas d’ascendance, il y a au moins une descendance, et elle est magnifique, plus précieuse que n’importe quelle histoire de famille. Retrouver ses origines n’a pas de sens si on y perd les siens, si le présent n’a plus de saveur qu’au travers des absents. Pour toi, je serai forte, lui glisse-t-elle en secret, forte pour deux, pour trois même, s’il le faut ! Toi au moins, tu sauras d’où tu viens, ma petite fleur, sans fêlures au coin de l’âme… Je t’aime, mon bébé, je t’aime tant.

Les semaines qui suivent, Marie-A. se sent convalescente. Son corps malmené par son accouchement récent danse avec les remous de son moral en dents de scie. Elle navigue, tantôt frêle esquif à la dérive sur une mer démontée, tantôt vaisseau amiral qui pourfendrait les flots de sa cuirasse inaltérable. Son amie Olivia l’aide beaucoup à surmonter cette passe difficile. Elle-même maman de trois enfants, elle s’attendrit de voir son amie de toujours se démener au cœur de cette maternité nouvelle, et partage les doutes qui l’assaillent depuis ce jour où elle a appris, avant même la première concernée, le secret de sa vie dans cette enveloppe de papier kraft.

Elle lui rend visite aujourd’hui, et comme toujours s’impatiente de savoir quelles sont les dernières nouvelles. Sa frange blonde balayant ses yeux bleus, elle se penche sur son amie en soufflant sur sa tasse de thé brûlante.

– Elle ne t’a pas encore rappelée ?

– Qui donc ?

– Mais enfin, la dame du Cnaop ! Tu m’as bien dit qu’elle devait te recontacter un de ces jours ?

– Oui… Ou peut-être est-ce à moi de la rappeler, je ne suis pas sûre.

– Marie-A. ! Tu es sérieuse ? Depuis tout ce temps, tu attends, alors qu’il te suffirait de décrocher ton téléphone pour savoir ?

– Pour savoir quoi ? Pour mettre un nom sur des non-souvenirs ? Je n’en vois pas l’intérêt finalement.

Marie-A. est tendue, fermée. Elle se sent dans un mauvais jour aujourd’hui, et même si elle est toujours heureuse de voir Olivia, ses questionnements l’agressent.

– Tu veux que je le fasse à ta place ?

– Quoi ?

– Que j’appelle cette dame ? Après tout, c’est bien moi qui avais ouvert cette lettre, il y a vingt ans…

Une lueur passe dans les yeux de Marie-A. Son amie parvient toujours à ses fins avec elle. Comme des sœurs, elles se connaissent par cœur et savent anticiper les réactions de l’autre. Olivia a su deviner avant elle ce dont elle avait besoin à ce stade de sa quête ; qu’on la pousse un peu, qu’on la prenne en main pour ne pas essuyer seule d’autres déceptions et aller tout de même au bout du processus. Un capitaine ne lâche pas son navire ainsi, certes, mais il a parfois besoin d’un bon second pour poursuivre l’aventure sans faillir.

Marie-A. lui tend son téléphone.

– D’accord. Le numéro du Cnaop est dans mes contacts.

Une lueur déterminée dans le regard, Olivia s’empare du téléphone et tapote vivement sur le clavier sans une once d’hésitation. Marie-A. sourit, elle a l’impression de revenir à ses années lycée où elle lui faisait appeler un petit ami à sa place pour lui annoncer qu’elle rompait. Dieu sait qu’elle en a brisé, des cœurs, de cette façon-là !

– Bonjour Madame, je vous appelle au sujet du dossier n°36B827… Oui, c’est bien cela. Je vous remercie.

Marie-A. écarquille un peu les yeux, l’enjeu est tout de même de taille, passé ces informations-là, elle n’aura plus rien de tangible à explorer. Elle observe Olivia écouter gravement son interlocutrice, puis griffonner rapidement un nom au stylo sur le dos de sa main. Elle lui dit poliment au revoir, et rend son téléphone à Marie-A.

– Déjà ?

– Elle n’a pas retrouvé grand-chose, c’est pour ça qu’elle ne t’avait pas encore rappelée.

Marie-A. se rembrunit, elle en était sûre. Décidément, elle va de déception en déception dans cette histoire. Elle n’arrive pas à démêler ce qu’elle ressent depuis qu’elle a appris le décès de sa mère biologique. Une lame de tristesse, comme un grand chagrin d’enfant, l’a submergée le soir même, et elle a pleuré longtemps au creux de son oreiller, sur ses rêves d’enfant évaporés. Puis sa fille s’est réveillée, elle l’a nourrie, l’a observée longuement, et a décidé qu’il était temps pour elle de vivre sa vie d’adulte, et de mère, justement, sans espérer d’autre réconfort que celui venant du plus profond d’elle-même. La solution est en toi, lui a glissé une petite voix improbable. Tu portes tout, tes tourments, tes attentes, tes chagrins, mais aussi ton futur et toutes ses joies. Accepte-les, quelles que soient les blessures du passé. Marie-Amélie a ouvert ses beaux yeux noirs juste à ce moment-là, et l’a fixée jusqu’au fond de son âme, comme seuls savent le faire les nouveau-nés.

– Que t’a-t-elle dit, alors ?

– Elle m’a donné le nom de ta mère. Maria Delacourt.

– Maria ?…

Marie-A. porte les mains à sa bouche, stupéfaite, le souffle court. Ses yeux s’emplissent de larmes sans qu’elle puisse maîtriser ce flot d’émotions qui jaillit d’elle, venant de loin, de si loin qu’elle en retrouverait presque des sensations archaïques, d’un autre temps. Un sentiment intense de filiation descend sur elle, et colore son passé d’un sens nouveau. Elle sourit à travers ses larmes.

– Tu te rends compte, Olivia ? Depuis toute petite, je demande qu’on m’appelle Marie-A., comme elle, sans le savoir ! C’est donc elle qui a choisi mon prénom ?

– Oui, c’est inscrit dans le compte-rendu de la maternité. C’est ta maman qui t’a prénommée Marie-Agnès.

– Et en l’ignorant, j’ai reproduit l’histoire avec Marie-Amélie… Elle aussi porte Maria en elle… J’espère vraiment que c’était une belle personne…

– Il semblerait.

Olivia sourit tristement.

– La seule information que Maria a souhaité laisser est qu’elle était très jeune lorsqu’elle t’a eue, à peine vingt ans, et très malheureuse. Elle aurait voulu pouvoir te garder, mais c’était trop douloureux pour elle, on n’en sait pas plus. Voilà. Il n’y a pas plus que ça, pas de photos d’elle non plus.

Marie-A. soupire, sonnée.

– Bon, eh bien, c’est déjà ça… Je viens d’en apprendre plus en quelques minutes qu’en vingt ans d’élucubrations de toutes sortes… Merci, mon Olivia, tu as eu raison d’insister.

– J’ai toujours raison, tu devrais le savoir à la fin.

Son amie cligne de l’œil, mais Marie-A. sait qu’elle plaisante pour masquer une trop grande émotion. Lorsqu’elle prend congé, la brève étreinte qui les unit exprime avec pudeur l’intensité des moments qu’elles viennent, une fois de plus, de partager.

*

– Maman !

La petite fille brune aux cheveux bouclés se jette dans les bras de sa mère en riant. Ses fossettes rieuses et son sourire enjôleur font le bonheur de ses parents, et de tout son entourage proche. Le caractère enjoué et facile de sa fille émerveille chaque jour Marie-A., qui la couve tendrement du regard en scrutant dans ses yeux la couleur de sa journée. En maternelle, les enfants n’expriment pas grand-chose sur leurs émotions vécues à l’école, et Marie-A. tente chaque fois de deviner quelles nouvelles expériences, agréables ou non, sa petite fille a bien pu découvrir loin d’elle. Plus Marie-Amélie grandit, plus elle lui ressemble. Leurs similarités physiques sont si saisissantes que parfois même des inconnus le lui font remarquer, en pleine rue, ou dans les magasins. Marie-A. s’en amuse, et s’en réjouit. Cette ressemblance improbable lui procure une profonde satisfaction, comme si la preuve éclatante de leur filiation venait réparer la sienne, tourmentée de tant d’inconnus, de blancs, de X, elle qui n’a jamais vu le visage de sa mère, pas même en photo.

Les questionnements à propos de ses origines se sont apaisés avec les années, allant et venant comme le ressac d’une mer, au gré de son humeur et de son moral du jour. Elle s’est à nouveau rapprochée de ses parents, aussi, parce qu’elle sent que bientôt la grande vieillesse lui ôtera cette douceur qu’elle éprouve à les retrouver, sans arrière-pensées, sans craintes, dans la joie simple du partage et du bonheur d’être ensemble. Elle a évoqué une seule fois avec eux le fruit de ses recherches, et sa mère, émue de savoir que Marie-A. regrettait de n’avoir pu mettre au moins un visage sur le nom de sa génitrice, lui a confié, rougissante, que c’est à partir de son adoption qu’elle a commencé à se teindre les cheveux en brun. Pour qu’il y ait au moins cette ressemblance-là entre elles.

Marie-A. en a ressenti une émotion intense, une grande tendresse pour sa mère, cette maman au grand cœur qui l’a choisie pour fille, et s’est sentie à ce moment-là si profondément aimée qu’elle en a oublié sa blessure initiale de longs mois durant.

Et puis un jour, en rangeant la cave pour y remiser les affaires de bébé de Marie-Amélie, elle est tombée sur un carton oublié, dans lequel étaient entassées toutes ses lettres d’amour et d’amitié adolescentes. Mue par une curiosité soudaine, elle a cherché fébrilement cette enveloppe kraft qui avait bouleversé sa vie. Ne sachant qui en était l’auteur, ni elle ni ses parents n’avaient poussé plus loin les investigations, et la lettre était tombée dans l’oubli. En remettant la main sur cette relique du passé, lourde de tant d’espérances et de désespérances, Marie-A. s’est sentie à nouveau fragile, adolescente, entre deux mondes. Elle a alors rangé la lettre, la remisant avec son maigre dossier Cnaop, et ne s’en est plus jamais préoccupée.

Mais ce matin, sans qu’elle sache pourquoi, un nouvel élan s’empare d’elle. Peut-être est-ce cette nouvelle difficile qu’elle vient d’apprendre ? Son père est malade, les examens révèlent un cancer du côlon à un stade relativement avancé, et la menace d’une mort possible plane comme un oiseau de mauvais augure sur les repères de vie de Marie-A.

David est son roc, certes, mais ses parents représentent une pierre angulaire de son existence, la détermination de son être propre, un repère absolu d’identité, d’autant plus fort en ce qui la concerne qu’en dehors d’eux tout est flou et insécurisant. Sa mère biologique reste un fantôme inconsistant dans le chemin de sa vie, dont elle a pourtant constitué à la fois le départ, et la première pierre de son jardin. Elle a plus que jamais besoin de stabilité, de solidité autour d’elle, et vit très mal cette annonce.

Mue par elle ne sait quel instinct, elle s’empare du vieux courrier écrit à la main, et en relit attentivement les quelques lignes à la fois sobres et indécentes. Et si le numéro de téléphone inscrit sous la dernière phrase était toujours valable, après tant d’années ? Certaines personnes gardent le même toute leur vie, pourquoi pas ?

Sans réfléchir, le cœur battant la chamade, elle compose les chiffres indiqués sur le papier jauni. Une voix impersonnelle lui répond. Le numéro que vous demandez n’est pas attribué

Frustrée, elle regarde à nouveau la lettre, d’un peu plus près. Avec le temps, ce six a bien pu devenir un cinq après tout… Elle retente, pour la dernière fois, se promet-elle.

Une sonnerie retentit, puis une autre. Elle tombe sur un répondeur impersonnel, et raccroche vite, comme si elle était en train de franchir une limite interdite. Tourmentée, Marie-A. se lève, et se poste devant la fenêtre, le nez vers le ciel, cherchant une solution au fin fond des nuages. Un rayon de soleil traversant provoque une si jolie lumière, juste à ce moment-là, qu’elle se sent profondément apaisée, sans trop savoir pourquoi. Pensive, elle penche un peu la tête, une mèche de cheveux noirs enroulée autour de son index. Son téléphone sonne.

Rapidement, elle le saisit sans prendre le temps de regarder le numéro affiché.

– Oui ?

– Vous venez de m’appeler, qui êtes-vous ?

– …

– Allo ?

– Oui, excusez-moi… Je ne sais pas si vous êtes la personne que je recherche, je n’ai qu’un numéro, pas de nom…

La voix masculine, un peu rocailleuse, lui répond avec une pointe d’amusement bienveillant.

– Eh bien, ce serait plus simple si vous me disiez qui vous êtes, et ce que vous recherchez ?

– Voilà, cela va vous paraître invraisemblable, mais j’ai reçu une lettre il y a plus de vingt ans, signée d’un seul numéro, le vôtre. Une lettre où l’on m’apprenait que…

– … Que vous n’étiez pas la fille de vos parents.

La voix a changé de tonalité. Blanche, tremblante, traversant les ondes jusque dans les oreilles de Marie-A., qui doit s’efforcer de ne pas vaciller tant cette réponse directe la percute fort. C’est donc le bon numéro, et la bonne personne. Après tant d’années. Pourquoi donc n’a-t-elle jamais appelé avant ? Peut-être qu’elle va enfin en apprendre plus sur sa mère, sur cette jeune fille égarée qui l’a un jour abandonnée dans la détresse.

Un long silence suit la phrase assourdissante que l’inconnu vient de prononcer. Les deux interlocuteurs ont chacun besoin de retrouver leurs esprits.

Enfin, la voix reprend, et la jeune femme sent des larmes retenues serrer les cordes vocales de son propriétaire.

– Eh bien, Marie-Agnès, tu en as mis du temps…

– Qui êtes-vous ? chuchote-t-elle en réponse, bouleversée.

– Je ne veux pas te parler au téléphone, il faut qu’on se voie. Donnons-nous rendez-vous, si tu veux bien.

Marie-A. parcourt du regard la salle du vieux café. Elle a accepté immédiatement cette rencontre improbable, à peine le temps de laisser un message à David pour lui expliquer ce nouveau retournement de situation et lui demander de récupérer Marie-Amélie à l’école à sa place. Le mystérieux étranger à la voix grave doit se trouver quelque part, assis sur une banquette en moleskine, ou peut-être plus au centre, accoudé à une petite table rectangulaire ? Non, comme elle il doit avoir envie d’intimité, de lui parler à l’abri des regards. Depuis ce matin, elle élabore mille scénarios dans sa tête, et en vient à la conclusion qu’il doit sûrement s’agir d’un ami proche de sa mère biologique, mis dans le secret à l’époque, peut-être même l’a-t-il aidée pour son accouchement ?

Soudain, elle se fige sur un monsieur d’une soixantaine d’années, dont le visage semble statufié par l’émotion. Il la dévisage avec tant d’intensité qu’elle se dirige vers lui sans réfléchir. Parvenue à sa hauteur, elle esquisse un demi-sourire et hoche la tête.

– Bonjour, je suis Marie-Agnès. Et vous ?

– Oh, tu n’as pas besoin de te présenter… Seigneur, quelle ressemblance, pardonne-moi mais l’espace d’un instant j’ai réellement cru voir ta mère entrer dans ce café, je suis bouleversé.

Marie-A. s’assoit sans un mot, le cœur battant. Alors comme ça, elle ressemble trait pour trait à sa mère, comme Marie-Amélie avec elle. Le fil invisible de leur filiation secrète continue de tisser sa toile autour d’elles, mais Marie-A. n’a plus peur. Elle ne sent que bienveillance dans les yeux de cet étranger, et l’émotion qui s’empare d’eux ne serait pas si douce s’il avait des choses si terribles à lui révéler.

Pourtant, c’est en tremblant d’anxiété qu’il prend sa tête entre ses mains, et baisse des yeux remplis de honte sur sa tasse vide.

– Vous avez une photo d’elle ?

– Oui, bien sûr, j’en ai même plusieurs. Tiens, celle-ci elle est pour toi.

Il lui tend une photo légèrement jaunie par le temps, où le visage éclatant de sa mère lui apparaît pour la première fois. Un flot d’émotions s’empare de la jeune femme, encore.

– C’est incroyable, murmure-t-elle en essuyant furtivement ses yeux. On dirait moi. C’est tellement troublant… Quel âge avait-elle sur cette photo ?

– Quarante-deux ans.

Marie-A. sourit. Encore une coïncidence, ou bien ? C’est son âge aujourd’hui. Elle repose la photo, et lève à nouveau les yeux vers son interlocuteur, l’observant un peu plus attentivement. Bel homme, ses rides et quelques tâches de vieillesse sur le front n’entachent pas l’expression vive de son regard bleu. Quel rôle a-t-il donc joué dans la vie de sa mère pour se retrouver là ce soir, face à elle ? Il ressent son interrogation muette, et reprend la parole.

– Je t’ai écrit cette lettre, il y a plus de vingt ans, pour tenter de réparer un peu ce que j’avais brisé. Parce que j’étais un petit con quand j’étais jeune, et ta mère… Marie-Agnès, je te préviens, tu vas peut-être avoir envie de quitter cette table et t’enfuir en courant quand je t’aurais révélé toute l’histoire, mais tu me rappelleras, n’est-ce pas ?

Marie-A. se recule un peu, plissant les yeux. Elle ne comprend plus rien.

– J’ai connu ta mère en première année de fac, elle était étudiante et moi je vendais des pizzas pour gagner ma croûte. J’avais quelques années de plus qu’elle, et dès que je l’ai vue, j’ai succombé à son charme, elle était si belle… Si sensuelle aussi, je n’aurais jamais cru que, enfin… Elle était d’une innocence désarmante, mais ça je ne l’ai compris qu’après…

– Après quoi ?

– Je me suis mal comporté avec elle. Elle était amoureuse de moi, et je n’ai pas compris qu’elle était encore si fragile, si jeune finalement ! Ses copines étaient tellement dévergondées, je croyais qu’elle était pareille !

– Bon sang, vous allez finir par cracher le morceau, que lui avez-vous fait ?

– Je l’ai forcée. J’aurais pu aller en taule pour ça. Elle n’a jamais porté plainte, mais j’ai gâché notre vie à tous les deux, et peut-être même la tienne par-dessus le marché.

– Mais… Vous voulez dire que… Enfin, elle est tombée enceinte après ? De vous ?…

Des liens odieux se font dans la tête de Marie-A., qui réfléchit à toute vitesse. Effectivement, sa première impulsion et la nausée qui l’envahit la poussent à fuir, immédiatement, cette réalité insupportable. Elle serait donc le fruit d’un viol. Où est son sac, où sont ses clés, elle doit partir, retrouver David, sa fille, se raccrocher à une réalité acceptable, sa vie, ses parents, vite…

L’homme en face d’elle l’observe, et pose doucement sa main sur son poignet.

– Marie-Agnès, je savais que tu voudrais t’enfuir, mais laisse-moi au moins te raconter la suite. S’il te plaît.

En pleine tempête intérieure, elle lève à nouveau les yeux vers lui, tout en réalisant que cet homme est son père. Elle lit sur son visage une telle détresse, un tel espoir aussi, qu’elle repose son sac et attend, sur la brèche, qu’il reprenne le fil de son récit.

– J’aurais pu rayer de ma vie cet événement, oublier que j’avais été le dernier des charognards, mais je n’ai pas pu. C’est l’unique fois de ma vie où j’ai forcé une femme, et crois-moi je n’aurais pas assez de toute mon existence pour regretter mon geste. J’ai découvert complètement par hasard qu’elle était enceinte, je l’ai aperçue en ville, et je connaissais si bien sa silhouette que j’ai tout de suite compris. Je l’ai suivie, je voulais être sûr. Comme je te l’ai dit, je connaissais son entourage, et même si elle a mené ça toute seule, les gens savaient aussi. J’ai continué de la surveiller de loin, sans qu’elle le sache. Je pense que ma culpabilité me rongeait déjà. Et puis j’ai découvert que sa grossesse était finie, mais qu’elle n’avait pas d’enfant. Je me suis longtemps demandé si elle avait perdu le bébé, ou bien si elle l’avait abandonné. J’ai perdu sa trace pendant plusieurs années, et puis un jour on m’a reparlé d’elle, le monde est petit, on vivait toujours au même endroit, alors forcément… J’ai appris qu’elle était mariée, qu’elle avait deux enfants. Je n’ai pas pu m’empêcher de la recontacter. Moi, de mon côté, je n’avais rien construit, je ne pouvais pas. Tu es mon unique enfant, Marie-Agnès.

Elle frémit, ne sachant que ressentir face à toutes ces révélations. Anesthésiée de l’intérieur, sidérée, elle ne songe néanmoins plus à se sauver. Il poursuit encore.

– Bien sûr, sa première réaction a été comme la tienne, elle m’a rejeté, ce qui est bien compréhensible. Mais après avoir compris mes intentions, elle m’a autorisé à la revoir, et même si je ne saurais jamais dans quelle mesure elle a accepté mon pardon, nous avons pu mettre des mots sur tout ce qui était arrivé, et je crois que ça lui a permis de réparer un peu ce qu’elle avait vécu à cause de moi. C’est à ce moment qu’elle m’a révélé le secret de ta naissance. Elle a tellement regretté de t’avoir abandonnée… Mais c’est ma faute, j’avais brisé votre lien avant même qu’il n’existe. Je te demande pardon, Marie-Agnès, du fond du cœur.

– Appelez-moi Marie-A. Plus que jamais… Ecoutez, il va me falloir du temps pour accepter toutes ces révélations, moi aussi j’ai une famille à préserver et à chérir, ils n’y sont pour rien dans tout ça.

– Pas plus que toi. Avant de nous quitter, je dois te donner quelque chose. Ta mère m’a si joliment parlé de toi, avant de mourir, que je lui ai demandé un jour de me l’écrire, moi qui n’avais pas eu d’enfants… Je te donne sa lettre, je pense que c’est ce qu’elle aurait souhaité, au fond, que tu la lises, sans jamais oser franchir le pas. D’ailleurs, c’est à toi qu’elle s’adresse.

L’homme lui tend une petite enveloppe, se lève, règle les consommations, et se tourne une dernière fois vers elle.

– Au fait, je m’appelle Luc. Et cette rencontre est un des plus beaux jours de ma vie. Au revoir Marie-A.

 Le temps est si doux, en cette fin d’après-midi. Le murmure du vent dans les arbres vient à peine troubler la quiétude de l’instant. Le ciel rose, parsemé de nuages pommelés, se pare peu à peu de l’or cuivré du soleil rasant sur les tombes. Elles s’étendent à l’infini dans ce petit cimetière de campagne, presque pittoresque tant les stèles y sont travaillées et entretenues, fleuries, ornées de photos et de couronnes aimantes.

Marie-A. marche doucement dans ces allées qu’elle connaît maintenant par cœur. Depuis toutes ces années, elle s’y rend au moins une fois par mois, le plus souvent seule. Elle aime l’atmosphère paisible qui règne en ce lieu tranquille, où le temps suspendu semble confier aux humains pressés la mission de bien réfléchir sur le sens qu’ils veulent donner à leur vie.

Aujourd’hui, ils sont nombreux à être venus. Cela fait vingt ans jour pour jour que Maria est partie, et même si Marie-A. ignorait encore jusqu’à son existence quand elle est décédée, elle a depuis longtemps appris à la connaître.

Emue, elle s’assied sur un petit coin, toujours le même, en face de la photo, et le marbre froid se réchauffe peu à peu sous son poids. Les beaux yeux sombres de sa mère la contemplent gravement, elle lui ressemble tant. Marie-A. sort de sa poche la lettre toute froissée, et relit son contenu, encore, même si elle le connaît par cœur depuis toutes ces années.

« Mon enfant chérie, ma toute petite fille,

J’aimerais tant pouvoir revivre ma vie riche de tout ce que je sais aujourd’hui. Mes choix seraient si différents. J’avais tant à apprendre encore le jour où tu es née. J’avais si peur, j’étais si jeune, accablée par le poids de mon histoire, et seule, si seule.

Malgré tout, jamais je ne me pardonnerai ce geste. Je ne me suis pas autorisée à t’aimer quand tu es sortie de moi, et pourtant… Quand la sage-femme t’a posée sur mon ventre, si tu savais tout ce que j’ai ressenti, quelle vague d’amour aurait alors jailli si je l’avais laissée éclater, tu étais si belle, mon amour d’enfant, si fragile, aussi, tu étais parfaite. Ne doute jamais de toi, tu es sûrement aujourd’hui la plus belle des personnes, et je serais si fière d’être ta maman.

Je prie chaque jour pour que ta vie soit belle, pour que tes blessures ne soient pas trop grandes de ne pas m’avoir connue. Ne jamais avoir pu te serrer dans mes bras, ne jamais avoir pu t’embrasser sera le plus lancinant des regrets de toute mon existence.

Je sais aujourd’hui que je suis malade, et sûrement condamnée, l’avenir le dira. Alors si je n’ai pas la chance de te connaître un jour dans cette vie, sache que je serais toujours là pour toi, de là-haut. Je veillerai sur toi du mieux que je le pourrais. Regarde les étoiles scintiller, écoute le bruit des vagues, le vent dans les arbres, et pense à moi. Je serai là, tout autour de toi.

Je t’aime.

Ta maman »

Au moment où elle termine sa lecture, Marie-A. sent une présence derrière elle. Elle se retourne, pourtant elle est seule, sa fille est loin derrière avec ses cousins.

Un papillon magnifique vient se poser sur sa main, et la chaleur qu’elle ressent en cet instant lui chavire le cœur.

– Oui maman, tu es là. Je le sais bien. Et je t’aime aussi.

 

★  L’AVIS DES LECTEURS sur le site monbestseller.com : ★ 

Vos livre me touchent vraiment. Merci beaucoup Publié le 11 novembre 2019 sur MBS par Ranoelison Hoby

Bonjour Victoire, Merci pour ce magnifique récit. Je suis encore bouleversée par l’émotion que dégage cette histoire. J’aime votre plume qui glisse avec douceur sur les joies et les souffrances de la vie. Merci encore pour ce partage. Très belle journée. Publié le 24 août 2019 sur MBS par Elisa Galam

J’ai lu ce récit d’une seule traite même si c’était court,c’était bouleversant très bien écrit merci Victoire Publié le 3 août 2019 sur MBS par Christel73

Bonjour je suis Julie Clément et là, à l instant, je suis comme un enfant capricieux qui trépigne et frappe des points pour montrer qu il n est pas d accord. Non Victoire ça ne va pas d écrire si bien et de soulever les lecteurs dans tant d émotions, pour finalement en rester là… S il y avait moyen de donner une suite à ce récit ce serait alors une réelle victoire. Je te mets 4 étoiles parce que je suis trop frustrée de devoir en rester là, sur ma faim. Tu as une belle perspective dans le domaine de l écriture. Publié le 21 juin 2019 sur MBS par Julie Clément

Que d’ émotion . J’ai adoré. Publié le 17 juin 2019 sur MBS par marie claire andré

Trop belle histoire j’en ai les larmes aux yeux. Bravo l’auteur d’avoir su déclencher autant d’émotion par votre style simple mais si expressif . En effet le choix des mots de la syntaxe en fait un écrit emprunt d’humanisme , de sincérité et d amour dans sa plus large signification. Ça aurait fait un très bon roman si vous aviez fait plus long et entretenu le suspense. Amicalement Publié le 15 juin 2019 sur MBS par ghanoucha

Je suis très touchée. Publié le 14 juin 2019 sur MBS par Aminata90

La thématique de votre nouvelle n’aurait jamais dû m’intéresser et encore moins m’attirer, mais voilà, j’ai cliqué sur « lire le livre », ajusté mes paramètres habituels et une heure plus tard, je ressors de cette lecture avec une émotion un peu particulière qui me chatouille les yeux. Votre histoire est plus que jolie, vos personnages sont plus qu’attachants, même le moins noble et le tout forme un ensemble cohérent qu’on aurait voulu certainement encore un peu plus long pour se repaître des émotions qu’il déclenche. Merci pour ce petit délice qui touche forcément au cœur. Publié le 11 avril 2019 sur MBS par Baghou

Un récit court, bouleversant, je l’ai lu d’une seule traite rapidement. Vous avez une très jolie plume, et un indéniable talent! Merci pour cette lecture. Publié le 9 avril 2019 sur MBS par Solange77

Une belle nouvelle, Victoire, qui décrit avec efficacité le déchirement d’une mère qui accouche sous X et l’incomplétude qui colle à la peau d’un enfant né dans ces conditions. C’est étrange, d’ailleurs, car je suis en train de lire le dernier roman de Jean-François Dion qui traite, entre autres, du même sujet. Dans la forme, j’aurais bien vu un saut de page entre les 17 et 18, 23 et 24, afin de marquer le changement de contexte qui m’a un peu décontenancée du fait de la similitude des prénoms. Merci infiniment pour ce nouveau partage. Amicalement, Michèle Publié le 4 avril 2019 sur MBS par Lamish

Merci Victoire Sentenac pour cette nouvelle que je viens de dévorer avant même d’aller prendre mon petit déjeuner ! Comme tes autres écrits, une plume fluide, harmonieuse, scintillante comme les étoiles qui brillent dans mon cœur sensible lorsque je te lis. C’est une très jolie histoire que tu nous racontes, et je suis entrée en lien étroit avec Marie-A, toutes les Marie-A… J’ai aimé cette phrase où tu parles d’amour impossible… une quête d’amour impossible tant il est vrai que dans nos vies quelquefois, il s’agit bien d’une inaccessible étoile que cette quête improbable que nous pouvons pourtant trouver ailleurs, autre part, dans un autre partage d’âme. Car l’Amour existe bel et bien. Belle journée ensoleillée chère Victoire. Thalia Publié le 4 avril 2019 sur MBS par Thalia Remmil

2 réflexions au sujet de “Recueil de nouvelles – Extrait n°2”

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