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Toutes les familles heureuses de Hervé Le Tellier

Toutes les familles heureuses par Le Tellier

Ce court livre autobiographique m’a fascinée par la distance que parvient à mettre l’auteur entre son vécu et ses ressentis. Le ton est vif, piquant, parfois très drôle malgré le drame qui affleure.

J’ai été touchée par cette écriture et surtout par ce qu’on peut lire entre les lignes. Contrairement aux apparences et à ce qui est suggéré dans ce récit sans complaisance, je n’ai décelé aucune froideur, aucune « monstruosité » dans les réactions de cet homme confronté à des origines et une famille décidément hors normes en termes d’affect.

Une « étrange famille » donc, entre un père absent, un beau-père inconsistant et une mère défaillante… La lumière est clairement accentuée sur toutes les petites bassesses humaines, les failles, faiblesses et caractéristiques peu reluisantes des membres de sa famille. Cette famille qu’il n’a pas choisie mais qui est pourtant la sienne et malgré – à cause ? grâce à ? – laquelle il s’est construit. Un parti pris de l’honnêteté ou du verre à moitié vide ? Je l’ignore mais certains passages sont poignants et l’on ne peut que rallier le point de vue de l’auteur, même si cela reste son éclairage personnel bien évidemment.

« Manquer d’amour filial n’est pas qu’une insulte à la décence, c’est un coup de canif dans le bel édifice des sciences cognitives. »

« Je ne m’inscris nulle part. j’ai décidé de n’être rien – ce qui, je le confesse, demande peu d’effort – et de m’en réjouir, tant cela me paraît protéger du fantasme identitaire. J’ai conscience qu’on pourrait défendre l’absolu contraire, que l’ouverture aux autres n’est véritable que si l’on repose soi-même sur un solide socle. Mais l’appartenance est un terrain glissant, et l’équilibre mental du constructeur d’arbres généalogiques, cet être si désireux de dépendre, de descendre autant que de remonter, m’a toujours paru vacillant. L’arborescence prétentieuse de ces constructions familiales m’évoque ces empreintes de fuite que laissent dans la neige les animaux qui tentent d’échapper au prédateur. »

« On n’échappe jamais à ce qui nous a manqué. J’avais bien trop de mère déjà pour en vouloir une autre, mais je me suis rêvé d’autres pères. »

« Mais j’ai décidé que cette fêlure était peut-être aussi ma force, que c’était par ces craquelures que la vie entrait en moi. »

« Écrire, ce serait mon privilège, pour profiter du monde plusieurs fois, pour jouir sans fin de ma propre insatisfaction. »

« J’ai compris qu’un enfant n’a parfois que le choix de la fuite, et qu’au péril de sa fragilité, il devra à son évasion d’aimer plus fort encore la vie. »

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