Novembre 2018

En avant-première!

Vous vous souvenez ? Je vous ai fait choisir le titre de mon prochain roman, actuellement en cours d’écriture, et je viens vous en donner quelques nouvelles…

« Et entendre ton rire » me transporte, littéralement, dans des contrées magnifiques où il me tarde de vous emmener… En Afrique, mais aussi aux confins de l’enfance, et des amours perdues, puis retrouvées… ou pas…  Je suis impatiente de vous faire partager tout ça, alors en attendant je vous en livre en exclusivité un petit extrait ! Bonne lecture 😉

– Je voudrais qu’elle se sente bien avec son prénom, et que ça signifie quelque chose pour elle. Quel dommage que sa mère soit partie avant qu’on ait pu lui demander.

– Oh tu sais, elle n’avait sûrement pas eu le temps, ni l’envie, de la nommer. C’est fréquent ici, de ne pas donner de prénom au début. Certains attendent presque un an !

– Mais pourquoi ?

– C’est ce que je t’ai dit, pour ne pas attirer les mauvais esprits, pour être sûr que l’enfant va vivre… C’est comme ça !

Oui, c’est comme ça. Mais aujourd’hui, à un mois de vie, ce bébé va avoir droit à un prénom. Clémence est certaine maintenant que la petite fille va s’en sortir, elle n’est plus du tout dénutrie, et même si elle reste petite pour son terme, sa courbe de croissance est parfaitement harmonieuse.

Les femmes présentes commencent à lancer des propositions.

– Elle pourrait s’appeler Astou, comme ma mère !

– Ou Hawa, celle qui attend, ça lui irait bien ? Puisqu’elle attend des parents !

– Assa, pour être guérisseuse !

Clémence a la tête qui tourne. Rien ne lui convient. Pourtant elle sait que le dernier mot lui reviendra. Même si rien n’est officiel, tout le monde ici respecte sa présence, et même son ascendance sur la petite. C’est elle qui s’en occupe le plus, et c’est elle qui a fermé les yeux de sa mère, tous s’en souviennent. Le respect des morts, la transmission, ce sont des valeurs fondatrices ici.

Elle se penche vers Minata, qui ne dit rien depuis tout à l’heure.

– Qu’en penses-tu ?

– C’est elle qui va décider.

– Mais elle ne parle pas !

Minata rit doucement.

– Mais si elle parle, écoute-là autrement qu’avec tes oreilles, c’est tout !

Clémence observe l’enfant, bien éveillée il est vrai, calée au fond du tissu, dans la chaleur de son ventre. Leurs regards se cherchent, et se croisent, une fois de plus.

– Alors, comment as-tu envie de t’appeler ? Tu veux me le dire ?

La jeune femme chuchote doucement. Les femmes autour d’elle ont cessé de parler, et observent la scène attentivement. Clémence les impressionne toujours un peu, à cause de ses yeux. Peu nombreuses sont celles qui arrivent à soutenir franchement son regard. Avec le temps, elles ont fini par s’y habituer, mais un reste de trouble persiste encore.

Le bébé soutient quelques secondes ce regard bleu, puis se perd au-dessus de la tête de Clémence.

– Tu regardes le ciel, c’est ça ? Peut-être que tu cherches ta maman ? Elle est sûrement là tu sais, tout près de toi.

Frémissement dans l’assemblée. Clémence parle à la morte ! Les yeux s’écarquillent, les épaules s’arrondissent. On attend fébrilement la suite. Sans se soucier le moins du monde du trouble qu’elle suscite, la jeune femme continue de chuchoter en s’adressant à l’enfant.

– Si tu regardes le ciel, c’est que tu vois les anges ? Et ton prénom, tu le vois, dis ?

Minata sourit, maintenant elle sait que la petite fille aura le prénom qui convient. Clémence est connectée.

– Le ciel, c’est aussi l’éternité…

Soudain, elle regarde Minata.

– Tu te souviens comment tu l’avais appelée, la première fois qu’on l’a vue ?

– Non, je ne sais plus mon trésor.

– Petite fleur ! Il n’y aurait pas un prénom Burkinabé qui associe la fleur et le ciel, ou l’éternité ?

Les traits de Minata sont maintenant parfaitement détendus. Elle a eu raison de faire confiance à sa jeune amie. Elle n’aurait pas trouvé mieux.

– Ayana. Ça signifie exactement fleur éternelle.

Des larmes montent doucement dans les yeux de Clémence.

– Oh… Comme c’est joli. Ça lui va si bien. Bienvenue sur terre, Ayana. Ma petite fleur d’éternité.

Des chants s’élèvent alors, venus du fond des temps. Les femmes célèbrent l’existence de l’enfant du Sahel.

Petite rose des sables, fleur d’éternité, son identité, symbolique et à venir, est désormais ancrée.

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