Blog littéraire 2024

Une bête au paradis de Cécile Coulon

Quelle écriture, à la fois sombre et puissante, magnifique, qui nous embarque immédiatement…

Blanche n’a que cinq ans lorsque ses parents meurent dans un accident de voiture. Déjà très proche de sa grand-mère Émilienne, dont elle s’inspire au quotidien en imitant ses gestes au cœur du domaine agricole du Paradis, la petite fille va grandir sous son regard abrupt et tendre, attachée dès ses premiers pas à cette terre et à ces animaux qui l’enchaînent autant qu’ils l’aimantent. Blanche aime profondément la vie au grand air, la rudesse de la campagne, l’exigence des bêtes. Elle est faite pour ça.

Lorsqu’elle tombe amoureuse d’Alexandre, Louis est jaloux. Louis est le commis de ferme que sa grand-mère a recueilli à l’âge de quinze ans alors qu’il se faisait tabasser quotidiennement par son père. Bien plus âgé que Blanche, il ne reste pourtant pas insensible à son charme, tout en sachant qu’elle lui est inaccessible. Tel un vieux chien de garde fidèle, il veille férocement au bonheur de sa protégée, mais cela n’empêchera pas le départ d’Alexandre vers de nouveaux horizons. Le beau jeune homme a soif d’aventures et souhaite gagner de l’argent, chose impossible s’il reste au village.

Blanche en sera terriblement malheureuse durant de longues années, durcissant son armure comme des cals aux doigts causés par une vie paysanne austère et éreintante, au fur et à mesure que le temps s’écoule. Aussi et contre toute attente, lorsqu’un jour Alexandre revient au pays, c’est d’abord la colère qui l’emporte. Mais elle ignore encore tout des desseins de son premier et seul amour…

Ce livre est stupéfiant de beauté et de violence, il y a du Giono dans certains descriptifs, qui sont toujours percutants, mais il y a aussi toutes les facettes de l’âme humaine, même si un accent est mis sur cette « bête » qui demeure, malgré le polissage des apprentissages, surtout lorsque des êtres entiers et purs se sentent trahis par ceux qu’ils aimaient le plus.

Peut-être pas pour les cœurs sensibles, mais cela reste un livre à dévorer, qui m’a fait penser à celui d’Adeline Dieudonné, La vraie vie, chroniqué ici même!

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