Blog littéraire 2024

Le train des enfants de Viola Ardone

Un livre émouvant sur le sort des enfants napolitains au lendemain de la deuxième guerre mondiale…

Nous sommes en 1946, Amerigo a huit ans, une verve et une débrouillardise impressionnantes, et une maman solo qui a bien du mal à trouver de quoi le nourrir; alors il met la main à la pâte avec son copain Tommasino, à deux ils inventent des combines pour grappiller quelques sous, mais ça n’est jamais suffisant.

Alors quand les camarades du parti communiste italien proposent d’organiser un transfert des enfants défavorisés vers le nord de l’Italie, bien plus prospère, au sein de familles volontaires pour les accueillir, la mère d’Amerigo n’hésite pas longtemps. Une fois passées les premières craintes, tout le monde se rend compte qu’il ne s’agissait pas d’un piège, et Amerigo découvre, émerveillé, que l’on peut manger à sa faim tous les jours, aller à l’école et surtout, avoir des chaussures neuves; car il a une passion pour les chaussures…

Il s’attache fort à ceux qui l’accueillent le temps d’un hiver, un peu trop fort même. Le retour à la réalité sera difficile et semé d’embûches, malgré la joie fugitive de retrouver sa mère, égale à elle-même, prisonnière d’un quotidien trop lourd.

Il y a du Petit Nicolas dans ce récit touchant, qui parvient à nous faire sourire malgré la gravité du thème; le rapport à la mort notamment est traité finement dans la quatrième et dernière partie du livre, qui à l’aide d’une ellipse inattendue nous propulse au mitan de la vie d’Amerigo, revenu visiter les quartiers de son enfance…

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Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Kadra

Après deux abandons de lecture (ce qui m’arrive pourtant rarement!)**, je vous présente ce roman court et déchirant sur les ravages de l’obscurantisme et du fanatisme religieux…

Nous sommes à Kaboul, ville afghane sinistrée, parmi les habitants qui vivent au quotidien sous l’enfer et la terreur des talibans.

Deux couples dont les destins vont dramatiquement se croiser démontrent à quel point la persécution religieuse vient corrompre l’âme et déshumaniser même les plus vaillants.

Atik le gardien de prison sombre peu à peu aux côtés de son épouse Mussarat rongée par la maladie, il n’espère plus grand chose et se laisse gagner par la torpeur collective, jusqu’au jour où est emprisonnée Zuneira. Cette dernière, d’une beauté troublante, vient réveiller des émotions enfouies chez Atik, au point que Mussarat l’encourage à la sauver d’une lapidation certaine.

Quant à Mohsen, l’époux de Zuneira, rien ne lui permet de s’affranchir d’une culpabilité terrible, celle d’avoir cédé à la folie collective et participé au martyre d’une femme en public. Sa femme ne lui pardonne pas cette trahison, qui signe leur descente aux enfers.

C’est un livre très sombre, qui dénonce une cruauté crasse encouragée par une doctrine permettant aux penchants des hommes les plus vils et les plus bas de s’exprimer. Une dénonciation nécessaire, mais douloureuse.

** Abandons de lecture : Le Maître du Castellar de Françoise Bourdon (bourré de clichés) et Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel (belle écriture mais trop sinistre pour moi)

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Regardez-nous danser de Leïla Slimani

Deuxième volet d’une trilogie familiale et politique dont j’avais beaucoup aimé le premier opus (le 3ème n’est pas encore sorti), Regardez-nous danser prend la suite avec brio.

On retrouve Amine et Mathilde Belhaj dans les années 60-70, ce couple franco-marocain dont la rencontre et l’installation à la médina puis au bled, dans des conditions assez rudes, avaient été le thème du Tome 1.

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Kiffe kiffe demain de Faïza Guène

Un petit roman qui se lit vite, le monde des cités vu par une ado de quinze ans qui oscille entre rébellion, colère et tendresse.

Doria vit seule avec sa mère dans un HLM en banlieue parisienne, entourée de personnages aussi divers que Mme Burlaud, l’assistante sociale, Nabil le nul qui lui tourne gentiment autour, ou encore Hamoudi, un grand de la cité qui la traite comme sa petite sœur.

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On était des loups de Sandrine Collette

Un court livre saisissant, âpre et cruel sur les réalités de l’âme humaine et de la vie sauvage…

Je ne conseillerais pas forcément cette lecture à tout le monde, âmes sensibles s’abstenir, car j’ai moi-même éprouvé des sentiments ambigus à sa lecture, notamment envers le protagoniste principal dont au début du livre je comparais les réactions à celles d’un animal, et encore…

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Après toi de Jojo Moyes

Sous le charme du Tome 1 Avant toi, j’ai tenté de prolonger l’aventure avec le Tome 2…

Nous retrouvons Lou deux ans après la mort de Will, dont elle ne parvient toujours pas à faire le deuil. Certes, elle vit désormais à Londres, dans l’appartement que Will lui a légué, mais elle a beaucoup de mal à suivre ses dernières recommandations, qui l’enjoignaient à profiter de la vie et voir du pays. En réalité, elle tente juste de survivre à un boulot de serveuse dans un aéroport qui l’oblige à porter un costume ridicule, et participe à un groupe de soutien pour ceux qui ont perdu un proche.

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Blog littéraire 2024, Mes coups de coeurs ❤️

Avant toi de Jojo Moyes

Avant toi – Poche 8,20€*

J’ai adoré ce livre, ne sachant pas trop à quoi m’attendre au départ j’ai finalement été conquise par cette histoire d’amour hors normes et si bien racontée…

Louisa Clarke est une jeune femme sans ambitions particulières, qui vient de perdre son boulot de serveuse et cherche un nouvel emploi alimentaire afin d’aider ses parents à subvenir aux besoins de la famille.

Elle postule sans y croire chez lez rupins, comme dit sa mère, pour assister Will Traynor, ex golden boy londonien brillant aujourd’hui cloué dans un fauteuil roulant suite à un accident de la voie publique, dans sa vie quotidienne devenue un enfer.

L’accueil que lui réserve Will est glacé, il faudra de longues semaines avant que la fantaisiste Lou ne parvienne à lui arracher quelques sourires, puis des confidences, et enfin sa confiance. La mère de Will a prévenu la jeune femme : son fils leur a accordé six mois, aux termes desquels il est déterminé à mettre fin à ses jours grâce au suicide assisté, légal en Suisse.

Loin des clichés attendus, la relation qui se tisse entre Will et Lou est authentique et pose de vraies questions sur la place du handicap dans la société, le regard des gens, l’euthanasie, le libre arbitre et le droit à décider de sa vie…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant happée par une histoire, avec l’envie d’y revenir rapidement dès que je le pouvais, tant l’auteure parvient à nous immerger dans le quotidien de ses protagonistes et nous charmer avec des personnages hyper touchants…

Si vous ne l’avez pas encore lu, foncez! Pour ma part, je viens de télécharger le Tome 2 sur ma liseuse 😉


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Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

La carte postale de Anne Berest

La carte postale – Poche 9,90€*

Coup de coeur ❤️ pour ce livre bouleversant qui a eu le succès qu’il mérite!

Lélia reçoit une étrange carte postale anonyme, sur laquelle sont maladroitement écrits quatre prénoms : Éphraïm, Emma, Jacques et Noémie… Ce sera le point de départ pour sa fille Anne, l’auteure du livre, d’une enquête intime et terriblement poignante sur l’histoire de sa famille, depuis une lointaine Russie des années vingt jusqu’à leur déportation à Auschwitz en 1942, sans oublier la période de la libération et des années de silence qui ont suivi.

À travers ce livre autobiographique, c’est ce silence et les tabous du passé que l’auteure veut briser, quitte à bousculer un peu Lélia, sa mère, qui a elle-même subi toute sa vie la douleur de sa propre mère Myriam, la grand-mère de Anne donc, seule survivante de la Shoah.

La quête de vérité et d’identité qui anime tout le récit ressuscite les vies injustement oubliées d’Ephraïm, Emma et leurs enfants, et nous permet d’entrevoir une fois de plus quelle fût l’horreur des persécutions antisémites de cette époque.

L’écriture est sobre et pudique, la narration fine et intelligente, et l’ensemble nous transporte à travers les âges et les destinées de ces hommes et femmes dignes dans la tempête, entre devoir de mémoire, compassion pour ces vies brisées et réflexion sur le sens à donner aux répétitions du passé.

🌟 À lire absolument! 🌟

« – L’indifférence concerne tout le monde. Envers qui, aujourd’hui, es-tu indifférente? Pose-toi la question. Quelles victimes, qui vivent sous des tentes, sous des ponts d’autoroute, ou parqués loin des villes, sont tes invisibles? Le régime de Vichy cherche à extraire les Juifs de la société française, et y parvient… »


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Blog littéraire 2023, Mes coups de coeurs ❤️

Son odeur après la pluie de Cédric Sapin-Defour

Son odeur après la pluie – Poche 8,90€*

Je le savais, je le pressentais… ça ne m’arrive pas souvent pourtant, de verser des larmes sur un livre 💖 mais là ! …

Il s’agit d’une ode à l’amour authentique qui peut unir l’humain à l’animal. Avec pudeur et tendresse, l’auteur confie ce que seuls les heureux compagnons d’un chien peuvent connaître, ce lien si particulier qui ne sombre ni dans le sentimentalisme ni dans le comblement d’un manque quelconque. Il est, c’est tout.

Grâce à des mots choisis empreints de poésie mais non dénués d’humour, Cédric Sapin-Defour nous embarque dans l’histoire de sa rencontre avec Ubac, ce bébé Bouvier Bernois qui entre dans sa vie un beau matin et qui bouleversera l’air de rien son rapport au monde. Avec un chien, on peut être seul sans l’être tout à fait. Les balades innombrables qu’ils font ensemble ravivent une sensibilité perdue, une autre façon de considérer la nature. Sans parler de cette présence continue et de l’élan de vie qui en résulte.

C’est pourquoi aussi l’inéluctable fin fait tant de mal. Il y a quelque chose de l’enfance dans ce chagrin entier qui nous envahit à la perte d’un animal, quelque chose de pur et dénué de ressentiments, quelque chose qui renvoie à l’innocence et à la beauté du monde.

Bref, vous l’aurez compris, j’ai été très – très ! – touchée par ce livre magnifique que je conseille à tout le monde, car au-delà des compagnons à quatre pattes, il s’agit de la vie, de l’amour et de la mort, contés avec talent, d’une façon à la fois singulière et universelle.

« Prendre un chien, c’est accueillir un amour immarcescible, on ne se sépare jamais, la vie s’en charge, les déclins sont illusoires et les fins insoutenables. »

« Pour cette réalité et le cran requis à son acceptation, je porte à tout être adoptant un chien de façon loyale une admiration immédiate et définitive. »

« À cette minute précise, ce chien m’a choisi. Numéro douze entre dans ma vie. Avec l’aisance gracieuse des êtres attendus. »

« Nous nous regardons, aimantés, sans cligner, et ce jeu d’enfants où le premier baissant les yeux perd la partie, prétexte à tant d’idylles naissantes, débute pour ne s’achever qu’à la seconde où l’un d’entre nous les fermera pour toujours. Ce chien ne me lâchera jamais de son œil attentif et je sais que par les lucarnes de l’âme, au-delà de voir, il regardait et savait tout de moi dont ce que je m’efforçais à rendre invisible. »

« J’ai essayé avec ramener, démener, malmener. Ça n’a jamais agi. Quand bien même rehaussés du ton de l’escampette, les suffixes ne font pas illusion. Statisme absolu chez mon compagnon. En revanche, parce qu’il y a dedans un bout de promesse, « on va se promener ? » à demi chuchoté et la vie remue jusqu’au tournis. Ce mot est le sien, celui de ses élans. »

« À vivre auprès de lui s’installe cette lente certitude que nos âmes s’alignent jusqu’à se ressembler et l’idée qu’elles se rejoignent n’est pas si répugnante ; ce pas vers l’autre, n’est-ce pas cela une relation ? »

« Qui s’est déjà rendu au cœur d’un chien ? »

« La seule scission du temps dont j’étais déjà conscient est qu’il y avait eu un avant Ubac et désormais Ubac ; l’amour, ça coupe la vie en deux. »

« Nos journées n’étaient que ça, un égayant protocole pointillé d’imprévus. Comment font les gens pour garnir ces minutes d’un nouveau matériau ? »

« Etre heureux ensemble occupait tout mon temps, que vais-je faire de cette masse confisquée ? Nous le savions, c’était écrit, à contaminer infiniment nos existences, le gouffre serait sans fond, mais que fallait-il faire, nous retenir ? Nous cousions nos vies. »

« Si je ne le pouvais pas plus, je n’avais pas tout à fait fini de t’aimer. »

« Dans la nature où nous vivions inséparés d’elle, je t’apercevrai dans les traits d’un autre, dans l’aboiement d’un chiot né aux alentours de mi-juillet, dans le survol de l’aigle ou dans les grincements d’un mélèze. Ton esprit sera là, ta force aussi. »

« C’est irracontable le bonheur, il ne peut s’agir que d’une vacance de la peine. »


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Blog littéraire 2023, Livre reçu dans une box

Le cœur cousu de Carole Martinez

Un récit lyrique et fantastique, à mi-chemin entre conte et roman d’initiation…

Soledad est née dans un village du sud de l’Espagne au siècle dernier, et nous conte les aventures de sa mère Frasquita, avec pour point de départ la transmission entre plusieurs générations d’une boîte aux pouvoirs fascinants et inquiétants. Pour Frasquita, ce sont des fils et des aiguilles magiques qui lui permettent de réparer autant les tissus que les âmes, de rattacher les ombres aux vivants, mais qui la propulsent aussi dans un monde où la mort rôde en permanence.

Sorcière ou fée, elle accomplira son devoir sans relâche, transmettant à son tour la mystérieuse boîte à ses filles, qui découvriront l’une après l’autre ce qui sera leur chance ou leur malédiction.

Entre voyage initiatique et combats collectifs, l’auteure relie sans cesse le cœur de son histoire à la condition humaine et à la chair meurtrie des hommes et des femmes, que les dons surnaturels de cette famille étrange ne permettent pas de soustraire à un destin tragique.

C’est une lecture étonnante, un surprenant périple dans le monde de l’art, du vivant, à la croisée d’un monde fantastique et pourtant si réel, qui m’a autant inquiétée qu’intriguée…

À lire si vous êtes curieux et avez envie de découvrir de nouveaux univers!

Une lecture qui m’a été adressée par la box littéraire Kube