Blog littéraire 2025, Livre reçu dans une box

Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

Un court roman beau comme un diamant brut ; il y a un peu de Giono dans cette histoire…

À dix-sept ans, François vit à la ferme de son père violent, rustre et taiseux, en compagnie de deux frères aussi indifférents à son sort qu’on peut l’être. Sa grande soeur Maryse, dont la douceur lui manque cruellement, est partie depuis longtemps déjà. Elle a osé franchir cette rivière que le père lui interdit presque de regarder. Que s’est-il donc passé de si terrible, de l’autre côté, pour que le tabou soit encore à ce point pregnant dans leur vie à tous?

Le jeune homme est considéré par son entourage comme simplet, et la narration, parfois un peu enfantine, à la première personne, retranscrit à merveille ce côté à la fois naïf et lucide, sauvage, du désarroi qui s’empare régulièrement de lui. Il n’a personne à qui se confier, hormis les cochons qu’il garde et ceux pour lesquels il se prend d’affection, comme Oscar et Hyménée. Aussi, lorsqu’il se rapproche de Roger, le curé du village, et que celui-ci commence à lui apprendre à lire, c’est un monde nouveau qui s’ouvre à lui.

Petit à petit, de découverte en découverte, François comprendra quelle est son histoire et les tabous qui l’entourent. Avec humanité, tendresse et sensibilité, l’auteure nous démontre que personne n’est condamné d’avance, que l’accès à la connaissance et à la lecture sont autant de clés initiatiques pour découvrir le sens de sa propre existence, et qu’il vaut mieux, parfois, croiser une seule bonne personne que vivre des années auprès de la mauvaise.

Un livre qui se lit vite, mais qui imprègne l’âme…

Une lecture qui m’a été adressée par la box littéraire Kube

Blog littéraire 2024

Le petit-fils de Nickolas Butler

Résumé éditeur :

Après trente ans à travailler dans un petit commerce, Lyle vit désormais au rythme des saisons avec sa femme Peg, dans leur ferme du Wisconsin. Il passe ses journées au verger où il savoure la beauté de la nature environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils bien aimé, Isaac, se sont récemment installés chez eux, pour leur plus grande joie.
Une seule ombre au tableau : depuis qu’elle a rejoint les rangs des fidèles de Coulee Lands, Shiloh fait preuve d’une ferveur religieuse inquiétante. Cette église, qui s’apparente à une secte, exige la foi de la maison entière et Lyle, en proie au scepticisme, se refuse à embrasser cette religion. Lorsque le prédicateur de Coulee Lands déclare qu’Isaac a le pouvoir de guérison, menaçant par là-même la vie de l’enfant, Lyle se trouve confronté à un choix qui risque de déchirer sa famille.
Interrogeant les liens filiaux, la foi et la responsabilité, Le Petit-fils dépeint avec justesse, tendresse et amour le combat d’un couple de grands-parents prêts à tout pour leur petit-fils.

Mon avis :

Inspiré d’une histoire vraie, ce livre réaliste explore avec lucidité la lente dérive des gens fragiles vers les mouvements sectaires, et le danger réel que ces gourous des temps modernes représentent.

L’ensemble forme un très beau texte, touchant et juste, mêlant des réflexions universelles sur la maladie, la mort, l’amour parental, le deuil, la religion… Et de longues descriptions centrées sur le quotidien d’un couple vieillissant, pour qui l’angoisse de perdre leur petit-fils se surajoute à la douleur de voir décliner les proches et amis.

Ce n’est pas un coup de coeur pour moi, car j’ai trouvé malgré tout l’ensemble un peu trop descriptif, mais cela reste une lecture intéressante.

Blog littéraire 2024

Les gens heureux lisent et boivent du café – La vie est facile, ne t’inquiète pas de Agnès Martin-Lugand

Résumé éditeur

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre.
Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence.
C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.
Entre « Le Journal de Bridget Jones » et « Love Story », l’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions.
Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a pas d’autre choix que de faire avec.

Résumé éditeur

« Alors que j’étais inconsolable, il m’avait mise sur le chemin du deuil de mon mari. J’avais fini par me sentir libérée de lui aussi. J’étais prête à m’ouvrir aux autres. »
Depuis un an que Diane est rentrée d’Irlande, elle a tourné la page sur son histoire tumultueuse avec Edward, bien décidée à reconstruire sa vie à Paris. Avec l’aide de Félix, elle s’est lancée à corps perdu dans la reprise en main de son café littéraire.
C’est là, aux « Gens heureux lisent et boivent du café », son havre de paix, qu’elle rencontre Olivier. Il est gentil, attentionné, et surtout il comprend son refus d’être mère à nouveau. Car Diane sait qu’elle ne se remettra jamais de la perte de sa fille.
Pourtant, un événement inattendu va venir tout bouleverser : les certitudes de Diane quant à ses choix, pour lesquels elle a tant bataillé, vont s’effondrer les unes après les autres.
Aura-t-elle le courage d’affronter un autre chemin ?

Mon avis :

Que dire?…. J’ai téléchargé les deux tomes sur ma liseuse en un seul coffret, donc j’ai enchaîné ces deux lectures en espérant y trouver la profondeur que j’espérais… et ce ne fût malheureusement pas le cas.

Le thème d’un double deuil aussi terrible que celui-là (l’héroïne perd son mari et sa fille) n’a pour moi pas forcément sa place dans un roman qui traite plutôt d’une reconstruction après une rupture, pas d’une perte aussi massive que celle-ci, et je n’ai pas aimé non plus les innombrables clichés ou références aux codes de la romance pure, qui, pour moi, n’avaient pas lieu d’être dans un tel cadre.

Mais ce n’est que mon avis 🙈

Blog littéraire 2024

Comment font les gens? de Olivia de Lamberterie

Un roman court et percutant, comme un arrêt sur image de la vie bien remplie d’une femme d’aujourd’hui, un peu comme vous, un peu comme moi, qui nous fait prendre du recul sur ce sentiment d’impuissance que l’on ressent face à une actualité qui nous dépasse, une société devenue folle et narcissique, le temps qui file et emporte nos vieux et le rire de nos enfants…

La plume d’Olivia de Lamberterie, dont j’avais adoré Avec toutes mes sympathies, est vive, enlevée, urgente, comme le quotidien de son héroïne Anna, pressée de toutes parts entre sa mère à l’Alzheimer rebelle qui en fait voir de toutes les couleurs à la directrice de sa maison de retraite, ses filles en pleine adolescence, sa cheffe exigeante et un mari dont la trahison sera d’autant plus intolérable qu’il constituait (presque) le seul élément stable de sa vie…

Les notifications incessantes agressent Anna, les exigences et la médiocrité du monde moderne la consternent, l’absurdité des injonctions paradoxales récurrentes de nos vies la poussent à effectuer un pas de côté et à s’interroger, en compagnie d’amies bienveillantes, sur le sens de tout cela…

En existe-t-il seulement un? Le but n’est-il pas de tenir, tout simplement, de ne pas se renier malgré le courant si fort qui nous emporte dans un tourbillon incessant duquel il devient urgent de s’extraire en… lisant ce livre, par exemple? …

Une parenthèse talentueuse, bienveillante et pleine d’empathie pour les femmes, que je vous recommande fortement ❤️

Blog littéraire 2024, Livre reçu dans une box

Mon petit de Nadège Erika

Résumé éditeur :

Mon petit – Poche 7,70€

Belleville dans les années 90 : chez Grand-Maman dans la cité HLM de la rue Piat, Naëlle porte des robes à col claudine, apprend qu’il faut dire les « intempéries » et non « un temps de merde », va manger chez Madame Ah qui expose des canards sans tête dans son restaurant chinois.
Porte de Montreuil : chez Jeanne, sa mère, infirmière, libre et bohème, abonnée aux huissiers, c’est dîners Banania-biscottes, tourne-disque et les Jackson Five à fond.
Entre les deux, avec ses frères et sœurs, Naëlle fait la navette, grandit, pose des questions qui restent sans réponse, rencontre des hommes jamais comme il faut, tombe amoureuse de Gustave, de ses yeux verts et de ses nouvelles Nike.
Les éclats de rire, l’amour des femmes et leur silence sont toujours là. Le drame fait comme s’il attendait son heure…

Mon avis

Un livre original et poignant, qui m’a été proposé par la box littéraire Kube, et qui a bien rempli sa mission, à savoir me faire découvrir des pépites que je n’irais pas forcément dénicher moi-même 😉

Le quartier de Belleville est un élément central de ce roman doux-amer, tendre et tragique, qui s’attache aux pas de Naëlle, depuis son enfance à demi-préservée du chaos grâce à sa Grand-Maman à la fois décalée et terriblement rassurante, jusqu’à sa vie de jeune femme abimée par un drame que je n’avais pas vu venir.

L’écriture est fluide et tonique, sans artifices, et vous embarque au coeur d’une réalité parfois difficilement soutenable, mais qui donne la force de l’authenticité à ce récit qui sent le vécu.

Blog littéraire 2024

Coeur du Sahel de Djaïli Amadou Amal

Résumé éditeur :

Faydé vit dans les montagnes dans l’extrême-nord du Cameroun. Pour que sa mère, ses frères et sa sœur ne soient pas dans le besoin, son beau-père ayant disparu au cours d’une razzia de Boko Haram, la jeune adolescente décide de partir à Maroua, la ville la plus proche, où elle sera domestique. Comme ses comparses, elle devra se faire à sa nouvelle vie, citadine et difficile pour les filles. Mépris de classe, mauvais traitements, viols… Comment Faydé parviendra-t-elle à se frayer son chemin dans un environnement, où son destin semble tracé à l’avance ?
Djaïli Amadou Amal signe, avec Cœur du Sahel, un nouveau roman sur la condition de la femme dans le Sahel à travers la vie non plus des « Impatientes » mais de leurs domestiques, marquant encore plus son engagement contre les injustices faites aux femmes.

Mon avis :

J’avais beaucoup aimé Les Impatientes de la même auteure, et j’ai retrouvé avec plaisir les grandes lignes qu’elle défend, à savoir le droit de chaque être humain au respect et à la dignité.

L’histoire de Faydé, jeune fille intelligente obligée de se faire embaucher comme domestique par une maison où les moeurs semblent sortis du siècle dernier – et encore -, est emblématique des injustices faites aux femmes issues de classes sociales défavorisées et d’ethnies différentes. C’est la double peine. Aussi, lorsqu’elle s’éprend de Boukar, qui fait partie de la famille de ses employeurs, Faydé ne s’attend pas à ce qu’il la remarque, encore moins à ce qu’il s’éprenne d’elle, étant donné qu’il doit épouser sous peu une jeune femme du même milieu que lui. Mais Boukar perçoit chez Faydé une intelligence qui le charme, lui le professeur, et ne s’arrête pas à leur différence de statut social, ce qui heurtera profondément ses semblables.

Patriarcat, polygamie, esclavage moderne, terrorisme… Les thèmes abordés sont forts et nombreux, à tel point que j’ai été parfois désarçonnée par le style d’écriture un peu naïve pour aborder de tels sujets, mais l’ensemble reste une lecture touchante qui nous rappelle à quel point il convient de se battre encore pour que le monde progresse.

Blog littéraire 2024

Ton frère de Minh Tran Huy

Un ouvrage pudique et tendre adressé par l’auteure sous forme de longue lettre à Serge, son fils cadet, pour lui dire l’amour blessé d’une mère face au handicap de son enfant.

Paul, dix ans, est atteint d’autisme sévère. Il n’a aucune autonomie, se met régulièrement en danger, dérange ses semblables par ses cris et son comportement agité, épuise ses parents jour et nuit, sans aucun répit … Serge a trois ans, il est la joie de vivre incarnée et a déjà réalisé bien plus d’acquisitions que son frère, dont l’âge mental restera coincé pour toujours aux alentours de dix-huit mois.

Ce récit authentique et fort se lit presque d’une traite. Alternant entre l’histoire de ses origines asiatiques, son couple, sa carrière, et l’arrivée de cet enfant qui a bouleversé tous ses repères, tout son univers, cette écrivaine et critique littéraire ne craint pas de livrer autant l’amour puissant qu’elle ressent pour ses enfants, que ses difficultés à accepter le handicap de Paul, dit Polo. Elle aborde sans tabous les lacunes du système français face au grand handicap, le regard sans pitié de la société qui peut juger « monstrueux » les enfants comme le sien, les voisins antipathiques, le regret de ne pas pouvoir mener une vie comme tout le monde… et tout simplement, le défi immense que représente l’acceptation de cette cette maternité hors-normes.

L’ensemble est extrêmement bien écrit, touchant, fort, sans complaisance et pourtant porteur d’une grande force de résilience. Cette famille durement touchée surmonte et sublime ses difficultés tous les jours, et apprend à cheminer vers toujours plus de lumière.

Une très belle lecture que je vous recommande fortement ❤️

Blog littéraire 2024, Livre reçu dans une box

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

Un brin déroutant, ce livre original et très touchant m’a bien plus interpellée que je ne l’aurais cru au départ…

Eleanor Oliphant est une jeune femme trentenaire solitaire et atypique, enfermée dans des routines rassurantes que viennent à peine troubler les micro événements de sa vie quotidienne. Comptable dans une agence de design, régulièrement moquée par ses collègues, elle trace une route singulière, ponctuée de réflexions désopilantes sur ses semblables, de soirées et de week-ends en solo en compagnie d’une bouteille de vodka, mais aussi d’appels hebdomadaires à maman, que l’on perçoit rapidement comme une personne menaçante au sein de son univers restreint.

Et puis… Eleanor fait la connaissance de Raymond, du service informatique, qui ne semble pas se formaliser du décalage de la jeune femme avec le monde, ni de son habitude de dire ce qu’elle pense au moment où elle le pense, sans filtre ni respect des codes sociaux dont elle semble dépourvue, un peu à la manière des personnes Asperger. Un lien assez unique se forme entre eux, et le lecteur au départ désarçonné par ce personnage un peu loufoque finit par s’y attacher drôlement, d’autant plus qu’au fur et à mesure de l’avancée du récit il en apprend de plus en plus sur le destin dramatique d’Eleanor et comprend de mieux en mieux ses réactions, ses petites manies, et tous les mécanismes de défense qu’elle a élaborés au fil des années pour mieux se protéger de l’indicible.

Bref, une petite pépite littéraire qui m’a finalement beaucoup plu!

Blog littéraire 2024

Le pianiste de Wladyslaw Szpilman

Résumé éditeur :

Septembre 1939: Varsovie est écrasée sous les bombes allemandes. Avant d’être réduite au silence, la radio nationale réalise sa dernière émission.
Les accords du « Nocturne en ut dièse mineur » de Chopin s’élèvent. L’interprète s’appelle Wladyslaw Szpilman. Il est juif. Pour lui, c’est une longue nuit qui commence …
Quand, gelé et affamé, errant de cachette en cachette, il est à un pouce de la mort, apparaît le plus improbable des sauveteurs : un officier allemand, un Juste nommé Wilm Hosenfeld. Hanté par l’atrocité des crimes de son peuple, il protégera et sauvera le pianiste.
Après avoir été directeur de la radio nationale polonaise, Wladyslaw Szpilman a eu une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il est mort à Varsovie en juillet 2000. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que l’on redécouvre enfin ce texte étrangement distancié, à la fois sobre et émouvant.

Mon avis :

Ce récit éprouvant, dur et poignant, raconte l’histoire du ghetto de Varsovie à travers celle d’un jeune pianiste qui tente de survivre à l’horreur auprès des siens. Jour après jour, nuit après nuit, la menace se densifie, l’étau se resserre autour d’eux, jusqu’à un funeste matin où ses proches sont déportés vers les camps de concentration dont ils ne reviendront jamais. Lui échappe de peu à son destin, tout comme les innombrables fois où la mort rôde à ses côtés pour finalement l’épargner. Il mène une lutte quotidienne et sans pitié, et semble-t-il sans fin, pour simplement survivre à l’enfer.

Malgré cela, alors qu’il est prêt à se donner la mort pour échapper aux griffes des nazis au milieu des ruines, Szpilman rencontre un officier allemand qui, au lieu de le dénoncer, met tout en œuvre pour lui sauver la vie. L’aide providentielle de cet homme qui semble être l’un des rares encore doué d’humanité au sein de l’abomination, lui permettra de sortir vivant des atrocités dont il a été le témoin.

Un témoignage sobre, digne, révoltant. Mais nécessaire.