Dans les forêts de Sibérie – Poche 9€
Quelle poésie! Entre aphorismes inspirés, descriptions flamboyantes du paysage et quelques shots de vodka, Sylvain Tesson nous embarque avec lui dans sa retraite choisie de six mois au bord du lac Baïkal, dans une petite cabane de neuf mètres carrés, avec pour compagnons de voyage une solitude encensée… et deux sympathiques petits chiens.
Il y a aussi les ours, les phoques, les ombles sous la glace, les tempêtes, le vent rugissant, les craquements du lac gelé, et puis le réveil de la nature au printemps, la fonte des neiges… Il y a surtout le regard d’un homme à vif sur tout cela, indescriptible.
Plutôt que d’en parler, je préfère vous en citer quelques morceaux choisis :
« Un poêle en fonte assure le chauffage. Il deviendra mon ami. J’accepte les ronflements de ce compagnon-là. Le poêle est l’axe du monde. Autour de lui, tout s’organise. C’est un petit dieu qui possède sa vie propre. »
« Ses yeux grossis par les verres lui donnaient un air de batracien joyeux. »
« La forêt resserre ce que la ville disperse. »
« Pointillé des pas sur la neige : la marche couture le tissu blanc. »
« La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s’il y avait des progrès dans cette régression? »
Pas un oiseau ne crie. L’hiver a pétrifié la vie. Le monde attend son réveil. La neige, la chute d’eau, le nuages, le silence même sont en suspens. »
« Le luxe n’est pas un état mais le passage d’une ligne, le seuil où, soudain, disparaît toute souffrance. »
« La vie est une oscillation entre deux tentations. »
« Le bonheur d’avoir dans son assiette le poisson qu’on a pêché, dans sa tasse l’eau qu’on a tirée et dans son poêle le bois qu’on a fendu : l’ermite puise à la source. La chair, l’eau et le bois sont encore frémissants. »
« Les veinures de la glace. On croirait le fil d’une pensée. Si la nature pense, les payages sont l’expression de ses idées. »
« Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. »
« Ce qui est beau avec les saisons c’est que chacune laisse poliment sa place. »
« Parfois, les révélations proviennent du fond de soi. »
« Il ne s’agit plus d’un tressaillement devant les signaux du monde mais d’un élan intérieur, du jaillissement d’une idée, d’un fulgurant désir. »
« Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. »
« La vie ne devrait être que cela : l’hommage rendu par l’adulte à ses rêves d’enfant. »
« Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie. »
« Les canards, eux, évoquent la stabilité du ménage bourgeois. Ils glissent endimanchés, deux par deux, saluant légèrement de la tête les autres couples. »
« Le présent, camisole de protection contre les sirènes de l’avenir. »
« Les nuages du soir mettent des bonnets de coton aux montagnes ensommeillées. »
« Et si la liberté consistait à posséder le temps? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »
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