Blog littéraire 2025

Les rêveurs de Isabelle Carré

Les rêveurs – Poche 8,70€

Un roman autobiographique sincère et lucide, forcément très autocentré, qui lève le voile sur une réalité que l’on a tendance à occulter : les stars de cinéma ont d’abord été des enfants inquiets et des ados perturbés, comme tout le monde, finalement… Plus ou moins selon le terreau dans lequel on naît, et à ce niveau-là, l’actrice Isabelle Carré n’a pas été très gâtée.

Entre une mère dépressive et un père insécurisant au possible, elle tente, tant bien que mal, de se frayer un chemin jusqu’à l’âge adulte tout en affrontant ses propres déceptions. La plus grande sera de devoir renoncer à être danseuse étoile, car malgré son acharnement au travail, elle n’aura pas ce talent-là. Elle en a d’autres, qu’elle découvrira un peu plus tard sur les planches d’un théâtre. La deuxième fracture (ou la première? On ne sait pas trop, car la chronologie n’est pas du tout respectée et nous emmène au petit bonheur dans des souvenirs qui semblent surgir sur la page au fur et à mesure que la narratrice se les remémore) : celle de sa tentative de suicide suivie d’un internement à l’hôpital des enfants malades, dont elle gardera à la fois une force et une fragilité, tout en continuant à se demander « comment font les gens » pour arriver à vivre.

Entre une nostalgie qui affleure à chaque page et une belle écriture, le tout forme un ensemble touchant, un peu longuet quand des chapitres entiers sont consacrés à la description de l’appartement qui l’a vue grandir, mais très authentique et qui ne cherche pas à embellir les choses.

Une autre façon de voir l’actrice, sans fard, bien loin des paillettes et des feux de la rampe…

« Ce parfum n’existe plus. Ils l’ont arrêté au début des années quatre-vingt-dix. On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance. »

« Pourquoi n’ai-je jamais su quitter les lieux que j’aimais? Pourquoi est-ce si difficile de les laisser, d’accepter qu’on ne pourra pas les revoir car ils ne nous appartiennent plus, la porte s’est claquée pour toujours, le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d’être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu’ils permettent de s’y attarder encore, d’entrer à nouveau dans ces pièces de l’enfance, sans autre clé que le désir constant d’y revenir. »

« Le temps n’est rien, il ne compte pas. Rien n’a disparu, rien ne disparaît vraiment. Tout est là pour toujours. Et leur histoire reprend, presque quarante ans après, là où elle s’était arrêtée. »


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