Blog littéraire 2024

Pas pleurer, de Lydie Salvayre

À la fois roman historique et biographie, ce livre alterne entre la voix de Montsé, la mère de l’auteure, et celle de Bernanos, écrivain français révolté par la guerre d’Espagne et les exactions franquistes.

Montsé a 90 ans et des troubles de la mémoire qui lui font occulter tous les événements marquants de sa vie, sauf ceux qu’elle a vécus entre 1936 et 1939, qui furent à la fois les plus beaux et les pires de son existence. Tout en reprenant son phrasé particulier et souvent aléatoire, comme un genre de mixage entre deux cultures, française et espagnole, Lydie Salvayre tente de retranscrire l’histoire de sa mère, sans trahir ses souvenirs, ni transformer l’Histoire, celle avec un grand H.

Lors de l’été 36, c’est l’heure de l’insurrection républicaine face au fascisme de Franco, honteusement soutenu par l’Eglise catholique qui absout les crimes terribles commis en son nom. Montsé a quinze ans, et découvre la vie. L’aventure de la rébellion ainsi que tous les espoirs qui naquirent à cette époque-là l’emportèrent dans un souffle de liberté et d’euphorie qu’elle ne retrouva jamais plus au cours de sa vie. Elle rencontre alors un français, tombe amoureuse et se retrouve enceinte sans l’avoir voulu. Désemparée, elle rentre à son village et se voit contrainte d’accepter de se marier avec Diego, fils adoptif du riche Burgos, qui l’aimait en secret depuis longtemps. Le retour est amer, d’autant plus qu’entre son mari communiste et son frère anarchiste, la guerre aussi est déclarée.

Entre dénonciation de la barbarie et un certain désenchantement face à la folie des hommes, il s’agit aussi de l’amour d’une fille pour sa mère, qui tente de rendre hommage et d’arracher à l’oubli la flamboyance dramatique d’un passé révolu pour les autres, mais incrusté dans la mémoire vive de Montsé, au point qu’elle en a oublié tout le reste.

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