Femmes, c’est vous qui tenez
entre vos mains le salut du monde
Léon Tolstoï
« Pour moi, le fauteuil n’est pas un obstacle, il ne définit pas qui je suis.
Ce n’est pas le handicap qui compte, mais la force que j’en retire. »
Aurélie Aubert (médaille d’or française aux jeux Paralympiques de 2024)

CHAPITRE 1
– Liz, calme-toi, je t’en prie, ça va aller, je suis là… C’est fini.
La jeune femme tressaille une dernière fois avant d’ouvrir les yeux pour de bon. Elle gémit doucement et s’accroche aux berges d’une réalité qui refait surface au fur et à mesure que les frontières du rêve s’éloignent. Elle n’est pas dans un télésiège devenu fou ni au fond d’un ravin glacé, elle est dans son lit avec Guillaume à ses côtés, en plein cœur de la nuit.
– Ça m’inquiète, ces cauchemars qui reviennent sans arrêt, murmure-t-il à son oreille. C’est la troisième nuit d’affilée. Comment ça se fait ? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas ?
– Non, non, pas du tout… Je suis désolée, je te réveille à chaque fois, tu te lèves dans deux heures en plus, c’est pas possible…
– T’en fais pas pour ça, j’ai l’habitude de ne pas beaucoup dormir, tu devrais le savoir. Je vais laisser la lumière allumée, au cas où, d’accord ?
– Merci.
Liz se tourne comme elle le peut sur le côté et vient se blottir tout contre le dos de Guillaume. Comment a-t-elle fait pour se passer aussi longtemps de sa présence à ses côtés ? Il est comme un prolongement d’elle-même, son double masculin. Elle n’est pas mystique, ne croit pas au concept romantique de l’âme sœur, mais celui-là, elle l’a dans la peau si fort et depuis si longtemps qu’elle ne peut imaginer le perdre à nouveau. Cela fait presque un an que sa vie a basculé au point de lui donner envie de mourir souvent, de lâcher prise parfois, mais au plus fort de sa détresse c’est toujours à lui qu’elle pensait.
Faire l’amour avec Thibault l’a libérée d’une angoisse primaire de ne pas y arriver, de ne plus rien ressentir, mais, même à ce moment-là, elle imaginait Guillaume à sa place. Depuis leur premier baiser dans le patio bruyant de son école de commerce un soir de gala, il est entré dans sa vie pour ne plus jamais en ressortir. Leur relation a été atypique, chaotique, voire incompréhensible pour la plupart de leurs proches, mais tout au fond d’elle-même, Liz sait depuis toujours qu’elle aime cet homme plus qu’elle-même, d’un amour qui l’a conduite jusqu’au sacrifice, puisqu’elle a tenté d’y renoncer pour le préserver de son malheur, de cette catastrophe sans nom qui s’est abattue sur sa vie un soir de février.
Ce cauchemar récurrent depuis quelques nuits n’est autre que le rappel de cet anniversaire sinistre qui approche à grands pas. Celui de la perte de ses jambes et d’une partie de son identité. La part sombre qu’elle cache à tout le monde la fait alors parfois retomber dans ses travers d’avant, cette manie de vouloir paraître forte à tout prix, de surjouer la fille qui se relève de tout, y compris de l’indicible, sans l’aide de personne, ou presque. Seule Samia perçoit encore certaines de ses fêlures malgré le soin qu’elle met à les colmater à la face du monde. Son amie a tellement souffert, ces derniers mois. Elle aussi est abîmée. Ses blessures sont invisibles, mais tout aussi profondes que les siennes.
La respiration de Guillaume est totalement silencieuse, comme s’il était aux aguets. Liz hume l’odeur de sa nuque.
– Tu dors ? chuchote-t-elle.
– Non. On est trop cons. Enfin, surtout moi.
– Pourquoi ?
– Comment j’ai pu oublier cette date ? Bien sûr que je comprends d’où viennent tes cauchemars. T’es sûre que tu veux pas revoir la psy ? Ça te ferait du bien.
S’il lui avait fait une telle proposition quelques mois en arrière, elle aurait bondi. Mais ils ont tant cheminé, tous les deux, qu’il paraît impossible à Liz de rester enfermée dans le carcan protecteur de l’incompréhension. L’inquiétude de Guillaume n’est pas excessive, tout comme son besoin de trouver une solution à son anxiété. Il lui a prouvé maintes fois depuis son retour à ses côtés qu’il respectait son désir d’autonomie et sa farouche volonté de s’en sortir toute seule ; à elle maintenant de comprendre que vivre à deux implique aussi de faire une petite place à l’autre au coin de sa vie, sous peine de retomber dans leurs vieilles ornières et de voir leur relation s’y embourber pour de bon.
La proposition de Guillaume de recontacter la psychologue qui a su l’écouter et la guider de manière pertinente à travers les ruines de son ancienne vie n’est pas si mauvaise. Cela fait quelque temps qu’elle y songe elle-même. Presque un an après le drame, Liz sent qu’elle est à un carrefour de sa vie. Les répliques du tremblement de terre s’espacent, les secousses sont moins violentes à chaque fois, vient l’heure de la réparation. Après un tsunami, une fois l’inventaire des dégâts et des pertes achevé, il faut reconstruire.
Elle a la chance d’avoir à ses côtés les personnes qu’elle aime le plus au monde pour cela, Guillaume en premier lieu, ses parents, sa petite sœur, et, bien entendu, Samia. Le retour en France de cette dernière s’est fait dans la douleur avec la maladie de sa mère, mais il lui a permis de recentrer sa vie, de savoir à quel endroit elle voulait réellement se trouver. Et cela ne pouvait être ailleurs qu’aux côtés d’Adel, qui a rapidement obtenu sa mutation dans la région afin que Samia puisse accompagner Jamila jusqu’au bout.
Liz se repositionne tant bien que mal sur le dos. Le bas de sa colonne la fait souffrir, comme souvent en fin de nuit, mais elle essaie de ne pas déranger à nouveau Guillaume, dont la garde démarre dans trois heures à peine. Il la sent néanmoins se tortiller à ses côtés et se tourne vers elle, l’œil pétillant de malice.
– Arrête ton cirque, j’ai compris ce que tu voulais, petite coquine…
– Mais non, j’essaie d’être la plus discrète possible, je t’assure !
– Ah ? Faudra progresser encore un peu ma chérie… Entre les cris de ton cauchemar et ta danse de la joie dans le lit, je peux me brosser pour me rendormir.
Tout en la taquinant, Guillaume se place au-dessus d’elle, maintenant ses deux bras plaqués au-dessus de sa tête, son ventre nu venant se coller au sien.
– Alors ? marmonne-t-il, c’est qui le plus fort maintenant ?
– Tu oserais profiter de la faiblesse d’une pauvre femme paralysée ?
– Je vais me gêner…
Guillaume connaît Liz par cœur. Il lui a suffi de se tourner vers elle pour savoir qu’elle serait réceptive à ce câlin nocturne improvisé. Rien de tel contre les insomnies. Il leur a fallu du temps pour trouver leurs marques avec ce nouveau corps, ces contraintes inédites, et, malgré le nombre incalculable de fois où ils ont fait l’amour depuis leurs retrouvailles, incapables de se rassasier l’un de l’autre après ces longs mois de séparation, Guillaume n’est pas encore tout à fait habitué au handicap de Liz. Il l’aime profondément, il est toujours aussi fou du grain de sa peau, de son odeur, de son ventre et de ses seins, de cette alchimie magique qui perdure entre eux malgré tout, mais lui aussi doit faire son deuil de la Liz d’avant. Elle avait raison. Elle a changé. Et il ne peut pas faire comme si son infirmité nouvelle n’existait pas.
CHAPITRE 2
– Mais vous le faites exprès ou quoi ? Puisque je vous dis qu’on n’a pas les fonds ! C’est pour ça que je vous appelle, en fait ! Sans déconner, je parle français, non ?
Adel observe sa femme volcanique envoyer bouler un énième conseiller municipal et ferme les yeux d’un air las. Quand Samia s’emballe, elle n’écoute plus rien ni personne. Voilà plus d’un mois qu’elle et Liz ont décidé de relancer leur projet d’agence immobilière solidaire, mais, hormis la carte professionnelle de Liz et l’agrément de l’État en bonne voie d’obtention, elles ne parviennent pas à obtenir l’essentiel, à savoir les subventions nécessaires pour mener leur projet à bien. Liz vit encore sur ses réserves et Samia effectue des remplacements à la crèche de Valentine, mais il devient urgent pour elles de lancer leur agence. En dernier recours, elles renonceront à la gestion locative à caractère social, mais Liz y tient plus que tout.
Or, tous les hommes politiques et employés administratifs qu’elles ont pu approcher de près ou de loin leur font à chaque fois la même réponse, ils n’ont plus de budget disponible, il faut attendre l’année prochaine, monter un dossier plus conséquent, blablabla… Samia est sur le point d’exploser comme une Cocotte-Minute. L’association Cœurs de Femmes, qui a aidé sa mère et sa petite sœur à se soustraire à la dictature de leur foyer, est sur les starting-blocks pour collaborer avec elles, elles ont tant de demandes de relogement en attente, surtout en plein hiver, qu’elles ont fini par amener des matelas supplémentaires à même le sol dans les locaux qui avaient abrité Jamila le soir de sa fuite. Mais encore une fois, sans argent, rien n’est possible.
– Allez, ma chérie, arrête un peu, il est trop tard pour aujourd’hui, tu sais bien qu’ils finissent tôt à la mairie, tu vas finir par les énerver, à force…
– Non, mais je rêve, tu les défends, en plus ?
Ses yeux noirs brillent de colère. Samia saisit un couteau et entreprend de couper une tranche de pain si furieusement qu’Adel ne peut s’empêcher d’en rire.
– J’aimerais pas être à sa place, elle t’a rien fait, cette baguette !
Pour la peine, il reçoit un quignon de pain en pleine figure.
– Eh ! Ça va pas la tête ! Je vais porter plainte pour coups et blessures, viens ici, espèce de folle !
Il se lève et se met à lui courir après, Samia pousse un cri et contourne la table en éclatant de rire, le couteau à la main.
– Attends, stop, ne cours pas avec ce truc, on sait jamais…
Elle s’arrête net et repose doucement l’objet sur la planche à découper, le regard lointain.
– À quoi tu penses, tout d’un coup ? T’es avec moi, princesse ?
– Je pense à ma mère. Elle rigolait pas avec son mari pour un couteau de cuisine, elle… Elle se l’est planté dans le bras.
– Samia… Faut que t’arrêtes de ressasser tout ça.
– Que j’arrête ? Mais Adel, c’était ma mère… ma mama que j’avais pas vue pendant quinze ans, qui essaie de se foutre en l’air au moment où je la retrouve, et qui meurt même pas six mois plus tard ! Comment je fais pour pas penser à ça, tu peux me le dire ? Parce que moi j’y arrive pas. Je sais que je suis chiante, avec ce foutu projet d’agence qui avance pas, mais ça m’occupe l’esprit, tu comprends ? Je préfère être en colère contre des ronds de cuir à la con plutôt que d’en vouloir à mort à mon père et à mon frère… C’est pas parce que j’en parle pas que j’y pense pas. J’pourrai jamais oublier ce qu’ils m’ont fait, ce qu’ils ont fait à ma mère, à ma petite sœur. C’est pour ça aussi, l’agence solidaire, pour aider les femmes comme nous, qui se retrouvent dans une galère noire à cause de leur propre famille.
Tout en parlant, Samia vient se blottir contre le torse accueillant de celui qu’elle n’arrive pas encore à considérer tout à fait comme son mari. Quel rapport peut-il bien y avoir entre l’idée qu’elle se faisait du mariage, d’un époux, et son Adel ? Aucun.
Tous les maris qu’elle a connus, chez les autres, n’avaient rien à voir avec le sien. Mis à part son grand frère Sofiane, peut-être, et encore… Il est si raisonnable, le couple qu’il forme avec Alya est si calme, posé, adulte. Avec Adel, ils sont de vrais gamins à côté, toujours à se chamailler pour un oui ou pour un non, à se contredire, à se vanner, à se réconcilier sur l’oreiller, et surtout, à ne pas prendre la vie trop au sérieux.
Après l’enfer vécu au Maroc au mois d’octobre dernier, Samia a plus que tout besoin de légèreté dans sa vie. Son mariage avec Adel a été décidé rapidement afin de permettre à sa mère d’y assister, ou tout au moins de savoir que sa fille avait enfin trouvé un époux, puisqu’elle était en fait bien trop affaiblie pour être physiquement présente. Le jour J, les infirmières du service où elle était hospitalisée ont joué le jeu et permis à Jamila de voir la retranscription en direct de la cérémonie sur un portable, de sorte que Samia a pu découvrir les larmes de joie de sa mère avant que celle-ci ne s’endorme, vaincue par l’émotion. Elle lui aura au moins donné ce bonheur-là.
Jamila est décédée pile un mois plus tard, comme si elle avait attendu de voir sa fille aînée heureuse et en sûreté avant de les quitter. Ali lui a fait la promesse sur son lit de mort de ne pas choisir le mari d’Anissa à sa place et de la laisser poursuivre ses études chez Sofiane, au Maroc, puisqu’elle se sent si bien au sein de cette famille retrouvée. Alya l’a prise sous son aile et fera tout pour l’accompagner au mieux dans cette nouvelle vie. Un souci de moins pour Samia, que l’avenir de sa petite sœur préoccupait énormément. Elle peut désormais se consacrer au sien, et s’autoriser à vivre enfin un bonheur sans ombre avec Adel, hormis les oripeaux du passé qui l’encombrent plus qu’elle ne l’avait prévu.
Elle fait tout pour ne pas lui montrer à quel point elle se sent en décalage dans cet appartement parfait, dans cette vie de couple exemplaire, elle qui a toujours vécu seule, loin des siens et de toute ressource affective quotidienne depuis l’âge de seize ans. Adel connaît ses failles, mais il ne se rend pas forcément compte du gouffre qui peut se créer lors d’une enfance abîmée, d’une jeunesse explosée par la violence des siens.
La brèche est là, béante, et Samia n’est pas tout à fait sûre d’avoir à sa disposition les bons outils pour venir la colmater.
CHAPITRE 3
Déjà 6 h. On dirait que le temps fait exprès de s’accélérer aux pires moments de la journée. C’est bien la première fois depuis le début de sa carrière qu’elle se rendort après le déclenchement de son alarme, heureusement qu’un sixième sens lui a fait rouvrir les yeux. Tant pis pour son café, elle le prendra en arrivant au boulot. De toute manière, elle en boit trop, ce n’est pas bon pour elle, surtout en ce moment.
Avec un peu de chance, elle arrivera tout juste à l’heure, s’il le faut elle se changera après la relève, l’essentiel étant que ses nouvelles collègues ne partent pas en retard à cause d’elle après une nuit de travail éreintante. Déjà qu’elle a du mal à s’habituer à ce nouveau job, si, en plus elle se met les gens à dos…
Audrey soupire. Refait son chignon pour la troisième fois. Ses cheveux sont mous, cassants, elle n’arrive plus à les coiffer et se trouve une mine de déterrée malgré les couches de fond de teint qu’elle superpose pour masquer sa carnation pâlichonne et ses cernes bleutés. Elle a beaucoup maigri durant les deux mois qui ont suivi sa rupture avec Guillaume. Sa vie auparavant bien réglée a volé en éclats depuis qu’ils sont sortis ensemble. Les mauvaises langues des urgences avaient raison finalement, il était trop bien pour elle, elle s’est fait massacrer.
Ce jour-là, elle n’a pas compris tout de suite que Liz était revenue dans la vie de Guillaume. Lorsque l’infirmière d’orientation est venue le chercher en salle de pause pour une patiente qui le réclamait personnellement à l’accueil, ils étaient en train de boire un café et de plaisanter à propos des cadeaux stupides que l’équipe s’apprêtait à acheter pour le départ d’un infirmier à la retraite. Il lui a même fait un petit baiser rapide sur la bouche avant de quitter la pièce, un de ceux que l’on fait tendrement, machinalement tant on est sûr de se retrouver quelques minutes ou quelques heures plus tard et que rien ne menace votre relation, à court ou moyen terme.
Elle a fini son café et en a même pris un deuxième, car c’était sa première pause après six heures de travail ininterrompu ; il fallait encore tenir le coup. Mais Guillaume n’est pas revenu. Elle a pensé qu’il avait dû se faire alpaguer au passage pour un nouveau patient, les urgences étaient débordées ce jour-là, et les médecins bien trop rares.
Elle a donc jeté son gobelet vide à la poubelle, s’est recoiffée brièvement, a vérifié ses messages sur son portable qu’elle a remis dans sa poche et a rejoint ses collègues. Deux box étaient en train d’être nettoyés, elle a accueilli la nouvelle arrivante avec le sourire et lui a demandé de lui présenter son bras pour lui poser un cathéter. Bref coup d’œil sur les prescriptions connectées de l’ordinateur portable dans le box, préparation des tubes de sang correspondant, kit de matériel, repérage de la veine. « On pique, soufflez, c’est fini. » La routine.
Et puis Guillaume est revenu de l’accueil. Elle lui a souri avant qu’il ne l’aperçoive, mais s’est figée instantanément. Son visage n’était plus le même. Euphorique, irradiant. Quel genre de patiente avait donc bien pu le mettre dans cet état ?
– Ça va ? lui a-t-elle demandé en le croisant.
Il a eu l’air de se rappeler son existence au moment où elle est apparue devant lui. Son expression a changé aussitôt, il avait l’air gêné. Il a fui.
– Oui. On se voit tout à l’heure ?
Elle n’a même pas eu le temps de lui répondre qu’il avait déjà disparu au coin d’un couloir.
Vaguement inquiète, elle a tout fait pour chasser le mauvais pressentiment qui envahissait son cœur et s’est consacrée pleinement à l’enchaînement de ses soins, ne prenant même pas le temps d’aller aux toilettes. Elle n’a pas recroisé Guillaume durant les heures suivantes, comme s’il s’était arrangé pour prendre en charge les patients dont elle ne s’occupait pas. Il m’évite. Non, je suis parano. Où est-il ? En plus il est de garde cette nuit, je dois absolument le voir avant de partir. Allez, stop, tout va bien, je suis folle.
Un coin de blouse s’envolant au détour d’un couloir, un profil fuyant, l’éclat de sa voix à travers une porte, c’était tout ce qu’elle était arrivée à grappiller avant de passer sa relève à la fille de nuit.
– Si tu vois Guillaume, dis-lui que je suis partie, OK ? Il est occupé.
Sa collègue a acquiescé, mordillant distraitement son stylo tout en réfléchissant aux réglages de morphine qu’elle allait devoir calculer pour le box 4, un petit monsieur âgé atteint d’un cancer du foie en phase terminale. Certaine qu’elle ne lui transmettrait rien du tout, Audrey a fini par rejoindre sa voiture, le cœur lourd, s’obligeant à se rappeler avec quelle assurance Guillaume lui avait annoncé, ici même, qu’il la choisissait, elle. Il ne pouvait pas se rétracter aussi vite, c’était impossible.
Hélas, la brève lune de miel ayant suivi ce dénouement heureux aura été de courte durée.
Lorsque le jeune médecin est rentré de sa garde au petit matin, harassé par une nuit éprouvante, Audrey ne dormait pas. Elle avait somnolé par intermittence, guettant le retour de Guillaume afin qu’il la rassure enfin, la prenne dans ses bras, lui fasse l’amour et la traite d’idiote pour avoir imaginé Dieu sait quoi. Au lieu de cela, il a filé sous la douche sans un regard pour elle, sans s’apercevoir qu’elle était réveillée malgré sa posture assise dans le lit. Elle a donc allumé la lumière et attendu qu’il vienne la rejoindre.
– Tu ne dors pas ?
Il était si beau, à demi nu dans la lumière tamisée de leur chambre. Elle l’aimait tant. Au lieu de s’allonger à ses côtés et de l’embrasser dans le cou avant de lui mordiller les seins, comme il aimait à le faire lorsqu’il la rejoignait au petit matin, encore chaude de sommeil, il s’est assis sur le bord du lit en lui tournant le dos, la tête basse.
– Il faut que je te parle, Audrey.
Comme elle a alors détesté cette phrase. Muette, elle voulait crier, le supplier de se taire, de ne pas aller plus loin. Elle a voulu lui caresser le dos pour stopper le processus, mais sa main s’est figée en cours de route. Elle a suspendu son geste lorsqu’il lui a asséné le coup de grâce. Sans anesthésie.
– J’ai retrouvé Liz. Je suis désolé.
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